Les audiences publiques du Bureau du coroner ont repris, lundi, afin de faire la lumière sur les décès dans les centres d’hébergement durant la pandémie de COVID-19. Application tardive de l’état d’urgence sanitaire, système informatique inefficace, délais trop longs de confirmation des cas et pénurie du personnel ressortent de cette première journée d’audiences portant sur le CHSLD Yvon-Brunet de Montréal.

Myriam Boulianne
Myriam Boulianne La Presse

« Quand on n’a pas les mesures d’urgence, on n’a pas la capacité d’embaucher », a expliqué la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique pour la région de Montréal. Elle a témoigné avoir souhaité embaucher davantage de personnel soignant avant même l’imposition de l’état d’urgence, le 13 mars 2020. Cela aurait permis une meilleure prise en charge des personnes malades, soutient-elle, puisqu’une « montée en charge assez drastique » des cas a eu lieu au cours des jours suivants. En 10 jours, du 14 au 24 mars 2020, de 10 à 300 cas de COVID-19 ont été confirmés dans l’île de Montréal.

La Dre Drouin aurait souhaité pouvoir compter sur un « système d’information plus performant », afin d’être en mesure d’analyser la courbe épidémiologique et les chaînes de transmission du virus. Durant la première vague de la pandémie, tous les nouveaux cas de COVID-19 étaient signalés par télécopieur, une méthode qui a ralenti le rythme des enquêtes.

Les délais de déclaration des cas de COVID-19 étaient également trop longs. Au CHSLD Yvon-Brunet, il a fallu attendre de cinq à dix jours avant d’avoir la confirmation des premiers cas. Cela s’explique par une pénurie d’écouvillons ainsi que par la décentralisation des tests, selon la Dre Drouin.

Manque de personnel et absentéisme

Cadres surchargés, employés stressés, contamination accrue et taux d’absentéisme élevé. C’est ce qui ressort du témoignage de Sonia Bélanger, présidente-directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Au plus fort de la première vague de la pandémie, le CHSLD Yvon-Brunet observait un taux d’absentéisme du personnel de 45 %, jumelé à un taux d’infection des résidants de 75 %.

Questionnée par la coroner Géhane Kamel, Sonia Bélanger a même reconnu que ce centre d’hébergement connaissait une « rupture de service ». Le CIUSSS a tenté d’embaucher du personnel auprès d’agences de placement, mais peu de travailleurs étaient disponibles. Grâce à un arrêté ministériel, l’établissement a pu recruter des employés de différents secteurs du CIUSSS pour qu’ils travaillent dans les CHSLD. Puis le 20 avril, des membres des Forces armées canadiennes sont arrivés au CHSLD Yvon-Brunet pour « suppléer » au manque de personnel, a-t-elle précisé.

Rappelons que le CHSLD Yvon-Brunet a répertorié 120 cas confirmés de COVID-19 et 73 morts parmi ses bénéficiaires. On y compte également 14 travailleurs de la santé ayant été infectés par le virus.

Les audiences publiques, présidées par la coroner et avocate Géhane Kamel, se tiennent jusqu’au 23 juin au palais de justice de Laval. À partir du 15 juin, elles porteront sur le CHSLD Sainte-Dorothée de Laval.