Épuisé par une nuit complète de route, un couple des Îles-de-la-Madeleine qui s’est garé pour faire une sieste à l’Île-du-Prince-Édouard, en attendant le traversier pour retourner à l’archipel, s’est fait remettre une amende de 1050 $ par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour non-respect des mesures sanitaires. L’incident met le député madelinot Joël Arseneau en colère.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

« Je suis surpris, étonné, déçu, troublé. Je pensais qu’il y avait une forme de bienveillance qui s’était installée au nom de la sécurité, mais visiblement, il y a du zèle qui se produit encore », déplore le député Joël Arseneau.

L’incident est survenu le 23 mai dernier. Dorise Pealy et son conjoint rapportaient aux Îles-de-la-Madeleine une fourgonnette de camping qu’ils venaient tout juste d’acheter à Québec. Comme des dizaines de milliers de touristes québécois qui se rendent dans l’archipel chaque été, ils ont dû faire un périple de 1000 km à travers l’est du Québec, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, de nuit, pour arriver au traversier de Souris de 14 h.

En arrivant dans la ville de Souris, son conjoint cognait des clous. « La tête lui partait par en avant. J’ai dit : ‟Là, t’arrêtes ici, ou sinon, moi je débarque” », raconte Mme Pealy. Ils ont donc stationné le véhicule près d’une plage, située à quelques minutes du terminal, et se sont endormis. À leur réveil, deux heures plus tard, un policier de la GRC se trouvait à leurs côtés pour leur remettre la contravention.

« Je ne comprends pas, on n’est pas sortis du véhicule, on n’a mis personne à risque, il n’y avait personne à l’endroit où on s’est stationnés. On a fait une pause pour éviter un accident », déplore Mme Pealy.

La GRC indique que les voyageurs québécois qui se rendent aux Îles-de-la-Madeleine sont autorisés à dormir dans certains hôtels désignés de Charlottetown, mais cette information n’est affichée nulle part sur le site web du gouvernement. L’information se trouve sur des dépliants qui sont donnés aux voyageurs quand ils franchissent le pont de la Confédération.

« Je comprends que ces voyageurs étaient très fatigués, mais s’ils avaient continué un kilomètre plus loin, ils auraient pu dormir au terminal du traversier », a expliqué le porte-parole de la GRC de l’Île-du-Prince-Édouard, Chris Gunn.

Le député Joël Arseneau demande plus d’empathie de la part des autorités.

J’aimerais que le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard explique qu’ils ne sont pas dans une chasse aux sorcières.

Le député Joël Arseneau

L’été dernier, cinq accidents de la route, dont un très grave, ont touché des Québécois qui allaient aux Îles-de-la-Madeleine ou en revenaient. « Les policiers devraient faire preuve de discernement dans ce genre de situation », croit-il.

Le député a envoyé, depuis avril, plusieurs lettres aux autorités demandant que la population madelinienne soit incluse dans la « bulle atlantique », afin de lui permettre de circuler plus librement. « Nous avons un meilleur taux de vaccination que ces provinces, alors je ne vois pas pourquoi ça ne pourrait pas être fait », dit-il.

D’ici là, la GRC invite Dorise Pealy et son conjoint à contester leur contravention. « Ce n’est pas parce qu’ils ont reçu un billet qu’ils sont coupables. Ils peuvent toujours le contester devant la Cour », a affirmé le policier Chris Gunn. Une perspective qui n’enchante pas du tout la principale intéressée. « Ça veut dire qu’on va devoir prendre une journée de congé, en plus de payer pour prendre le traversier jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard pour plaider notre cause. C’est ridicule », déplore-t-elle.

Les Québécois vaccinés pourront dormir au Nouveau-Brunswick le 1er juillet

Selon le ministère québécois des Affaires intergouvernementales, le plan de déconfinement du Nouveau-Brunswick prévoit qu’il sera possible pour tout Québécois disposant d’une preuve d’une première dose de vaccin de dormir dans n’importe quel hôtel de la province, à compter du 1er juillet, lorsqu’ils se rendent aux Îles-de-la-Madeleine ou en reviennent. L’information n’a cependant pas pu être confirmée par La Presse auprès du gouvernement du Nouveau-Brunswick.