Vous avez des questions sur la COVID-19 et la vaccination ? Chaque semaine, des journalistes de La Presse répondent directement à vos interrogations.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Pourquoi faut-il recevoir une deuxième dose de vaccin ?

Après avoir été entraîné à reconnaître le fameux spicule du virus SARS-CoV-2 à la suite de la première dose, le système immunitaire doit être chatouillé une autre fois pour renforcer ses défenses et prolonger la protection. Ainsi, selon les individus, l’efficacité des vaccins passe d’environ 80 % après la première dose à plus de 90 % après la deuxième. Face aux variants plus coriaces, la deuxième dose devient encore plus importante. Selon une étude prépubliée de Public Health England, l’efficacité des vaccins de Pfizer et d’AstraZeneca pour combattre le variant Delta (B.1.617, qui a ravagé l’Inde) passe de 33 % après la première dose à 88 % (pour Pfizer) et 60 % (pour AstraZeneca) après la deuxième.

> Consultez notre article « À quel point êtes-vous protégé avec une seule dose ? »

Combien de temps faut-il attendre entre les deux doses ?

En réduisant l’intervalle à huit semaines, le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique, a précisé qu’il s’agissait d’un intervalle « minimum » à respecter. Les études récentes ont en effet montré que les vaccins contre la COVID-19 sont plus efficaces lorsque l’intervalle est allongé, pour laisser le temps au système immunitaire de bâtir une défense efficace avant de le stimuler une deuxième fois.

Le vaccin à vecteur viral d’AstraZeneca bénéficie certainement d’un intervalle plus long. Pour appuyer ses recommandations d’un intervalle minimal de huit semaines, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) note que l’efficacité du vaccin passe de 56 % avec un intervalle de 4 à 8 semaines à 70 % avec un intervalle de 9 à 12 semaines.

L’efficacité des vaccins à ARNm augmenterait aussi avec le temps : le mois dernier, des chercheurs britanniques de l’Université de Birmingham ont révélé que le niveau d’anticorps mesuré chez les personnes de plus de 80 ans était trois fois et demie plus élevé chez celles qui avaient reçu leur deuxième dose du vaccin de Pfizer après 12 semaines plutôt qu’après 3 semaines.

Pourquoi alors les sociétés pharmaceutiques ont-elles toujours parlé d’un intervalle beaucoup plus court, soit trois semaines (Pfizer) ou quatre semaines (Moderna et AstraZeneca) ? Parce que c’est ainsi que leurs études cliniques ont été menées dans l’urgence, l’an dernier. Tester leurs vaccins sur un intervalle plus long aurait signifié qu’ils n’auraient pas été prêts l’automne dernier, mais seulement à l’hiver, ce qui aurait retardé d’autant le début des campagnes de vaccination.

Est-ce vrai que la deuxième dose cause plus souvent des effets secondaires que la première ?

Généralement oui… sauf pour le vaccin d’AstraZeneca, qui en cause davantage à la première. Dans le cas des vaccins à ARNm, un plus grand nombre de personnes ont rapporté en essai clinique avoir souffert de maux de tête, de fatigue ou de courbatures après la deuxième dose. Notons que, dans la très grande majorité des cas, les symptômes apparaissent dans les 48 heures et sont de courte durée. À l’inverse, une absence de symptômes ne signifie pas que le vaccin n’a pas fonctionné !

J’ai reçu le vaccin d’AstraZeneca (ou le Covishield) comme première dose. Devrais-je recevoir un autre vaccin pour la deuxième dose ?

À vous de voir. On évalue que la combinaison AstraZeneca-Pfizer est aussi efficace que deux doses d’AstraZeneca, sinon meilleure. Les yeux sont tournés vers l’essai clinique britannique Com-COV, qui devrait nous en apprendre davantage sur l’efficacité des différentes combinaisons. Les résultats sont attendus ce mois-ci.

Cependant, les pourcentages d’efficacité des vaccins ne sont probablement pas l’élément le plus important à prendre en considération pour le choix d’une dose. « Tous les vaccins sont bons », a répété jeudi le DArruda. Entre ces pourcentages calculés en essai clinique et ce qui se passe « dans la vraie vie », d’autres critères entrent en ligne de compte, dont l’âge du vacciné, son état de santé et la prévalence du virus. En résumé : plus les gens sont vaccinés, moins le SARS-CoV-2 circule, plus les individus sont protégés, peu importe le vaccin qu’ils ont reçu.

Mais ce qu’on sait déjà, c’est que la deuxième dose d’AstraZeneca cause généralement moins d’effets secondaires temporaires que la combinaison AstraZeneca-Pfizer. Si la moitié (50 %) des participants à l’étude Com-COV qui ont reçu deux fois l’AstraZeneca ont dit avoir souffert de fatigue après la deuxième dose, la proportion était de 68 % chez ceux qui ont reçu la combinaison AstraZeneca-Pfizer. « Il y a des gens qui n’ont pas le goût de passer 48 heures au lit et qui préfèrent ne pas interchanger », a noté jeudi le DArruda. Mais pour d’autres, le risque en vaudra la chandelle.

Quant au risque de caillot sanguin, il est beaucoup moins élevé à la deuxième dose d’AstraZeneca. Les plus récentes données évaluent le risque à 1 cas pour 600 000 deuxièmes doses administrées (contre 1 cas pour 60 000 premières doses administrées).

À noter qu’il n’est pas possible, pour une personne qui a reçu un vaccin à ARNm en première dose, de recevoir le vaccin d’AstraZeneca en deuxième dose.

J’ai déjà eu la COVID-19 et j’ai reçu une dose de vaccin. Dois-je en recevoir une deuxième ?

Non, estiment les experts. Une dose de vaccin après qu’on s’est remis d’une infection par le coronavirus agit déjà comme un rappel – comme une deuxième dose. Ce n’est pas « dangereux » pour ces personnes de recevoir une deuxième dose de vaccin, mais les études montrent que, dans leur cas, la deuxième dose cause plus souvent des effets secondaires et apporte peu d’avantages. Cela dit, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a déjà indiqué que les « guéris de la COVID » qui veulent absolument avoir une deuxième dose pourront la recevoir. Deux catégories de « guéris » ont avantage à recevoir une deuxième dose : les personnes immunosupprimées et les personnes dont l’infection par le virus coïncide avec le moment où elles ont reçu la première dose, ou est survenue peu après.

Enfin, certains « guéris » craignent qu’une seule dose de vaccin les empêche d’être considérées comme « complètement vaccinés » pour pouvoir voyager. À ce sujet, il faut noter que les exigences d’un futur « passeport vaccinal » ne sont pas encore connues. En Europe, le « certificat COVID-19 » qui a été instauré pour se déplacer à l’intérieur de l’Union européenne tient d’ailleurs compte de la protection que procure une infection passée par le virus.

Des nouvelles du code QR

Retards dans l’envoi, problèmes de téléchargement, doutes quant à son utilité… La « preuve de vaccination » délivrée par le ministère de la Santé et des Services sociaux est la source de nombreuses questions de lecteurs. En fin de conférence de presse, jeudi, le ministre Christian Dubé a indiqué qu’il ferait le point la semaine prochaine sur cet élément. Selon le ministre, « près de 5 millions » de codes QR ont été envoyés par courriel (sur 5,8 millions de doses administrées). « Les gens nous disent : “Qu’allez-vous faire avec ça ?” C’est ce que nous vous dirons la semaine prochaine. »