Comment le Québec se compare-t-il dans la gestion de la pandémie de COVID-19 par rapport au reste de la planète ? Il impressionne dans l’administration de la première dose du vaccin avec le troisième rang dans notre classement de 26 pays et régions. Mais le Québec tire de l’arrière pour l’administration de la deuxième dose du vaccin, le taux de décès liés à la COVID et le nombre de cas. Le Québec et le Canada ont aussi subi parmi les pires soubresauts économiques de la pandémie. État de la situation.

Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Troisième au monde pour la première dose

Le Québec est l’un des endroits au monde où la campagne de vaccination pour la première dose va le plus rondement. Selon notre classement de 26 pays et régions (basé essentiellement sur les pays du G20 et les données publiques répertoriées par l’Université d’Oxford), le Québec se classe au troisième rang avec un taux de vaccination à la première dose de 56,2 %, en date du mardi 25 mai. Seuls Israël (62,9 %) et le Royaume-Uni (56,5 %) font mieux. Le Canada prend le quatrième rang : 52,8 % de sa population a reçu une première dose du vaccin. Des pays comme l’Australie (12,8 %), la Nouvelle-Zélande (7,7 %), la Corée du Sud (7,7 %) et le Japon (5,6 %) sont très peu avancés dans leur campagne de vaccination, mais ces pays ont aussi beaucoup mieux maîtrisé la COVID-19 en instaurant des mesures de contrôle très strictes dès le départ. Par exemple, le Japon a un taux de décès 13 fois moins élevé que le Québec et la Nouvelle-Zélande, un taux de décès 259 fois moins élevé.

En retard pour la deuxième dose

La stratégie du Québec a été de vacciner le plus de gens possible rapidement, pour qu’une plus grande partie de la population puisse bénéficier de la protection de la première dose – le taux d’efficacité de la première dose est d’environ 80 %, comparativement à 90-95 % pour la deuxième dose. Résultat : le Québec est peu avancé par rapport aux 26 pays et régions de notre liste pour l’administration de la deuxième dose. Le taux de personnes adéquatement vaccinées au Québec (incluant la deuxième dose) est de 5,7 % au 25 mai, ce qui lui confère le 17e rang.

Un taux de décès au 19e rang sur 30 pays

Pour le taux de mortalité attribuable à la COVID-19, le Québec a le pire bilan au Canada, et se classe au 19e rang sur les 30 pays/provinces dans notre classement. Environ 11 118 Québécois sont morts de la COVID-19 depuis le début de la pandémie. Il s’agit d’un taux de 1297 décès par million de personnes, de loin le taux le plus élevé au Canada (le Manitoba a le deuxième, avec 750 décès par million de personnes ; la moyenne canadienne est de 670 décès par million de personnes).

Les quatre pays qui ont le mieux contrôlé la pandémie – la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Corée du Sud et le Japon – ont adopté une stratégie d’éradication du virus (plutôt qu’une stratégie de mitigation comme l’ont fait le Québec et le Canada) : mesures de confinement strict dès l’apparition du virus, restrictions importantes sur les voyages internationaux, traçage rapide.

À l’autre bout du spectre, le Brésil, où le président Jair Bolsonaro a pris le virus à la légère, affiche le taux de décès le plus important, avec 2138 par million de personnes. L’Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis se classent aussi dans le groupe des pays où le taux de décès liés à la COVID-19 est le plus élevé.

La comparaison du taux de décès entre les provinces et les pays est forcément imparfaite, car les différents territoires n’ont pas les mêmes critères, en pratique, pour attribuer la cause d’un décès à la COVID-19.

Et le nombre de cas ?

Le Québec arrive au 15e rang sur 30 pays/provinces pour le nombre de cas de COVID-19 au prorata de sa population. Ce classement du taux ne donne toutefois pas le portrait complet, car le nombre de cas dans un pays dépend notamment de sa capacité de testage.

Difficile pour l’économie du Québec

L’économie québécoise a été durement touchée par la pandémie.

Au cours de l’année 2020, le taux de chômage du Québec a augmenté en moyenne de 3,8 points de pourcentage par rapport à sa moyenne en 2019. Cela le place au troisième rang des hausses les plus importantes sur 24 pays, derrière le Canada (+ 3,9 %) et les États-Unis (+ 4,4 %).

L’économiste Pierre Emmanuel Paradis explique ce phénomène de deux façons. « La structure de notre économie est organisée notamment autour d’industries fragiles à la pandémie, comme la restauration, le commerce de détail, les industries culturelles. Et aussi, la pandémie a frappé très fort au Québec dès le début, donc les restrictions ont dû être appliquées de façon vraiment stricte », dit M. Paradis, président de la firme AppEco.

L’autre façon de mesurer la vigueur de l’économie : la croissance du produit intérieur brut (PIB). À ce chapitre, le Québec se classe au 20e rang sur 26 pour l’écart entre la croissance du PIB en 2019 et en 2020. En 2019, avant la pandémie, le PIB québécois avait crû de 2,7 %. En 2020, l’économie québécoise a rétréci de 5,3 %. Au final, c’est un écart de - 8,0 points de pourcentage.

Sources : Université d’Oxford, INSPQ, Fonds monétaire international, Institut de la statistique du Québec, AppEco

Notes : Pour tous les critères d’évaluation, nous avons utilisé comme base de comparaison les pays du G20 dont les données étaient répertoriées sur le site de l’Université d’Oxford (OurWorldinData.com). Pour les critères de santé publique, nous avons ajouté les pays/provinces suivants lorsque les données étaient disponibles : la Suède, la Finlande, Israël, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, la Suisse, l’Ontario, la Colombie-Britannique et l’Alberta. Pour les critères économiques, nous avons ajouté les pays suivants lorsque les données étaient disponibles : la Suède, la Finlande, Israël et la Nouvelle-Zélande. Nous avons exceptionnellement dû exclure certains pays dans certaines catégories en raison d’enjeux liés aux données. Les données sur la santé publique sont celles de l’Université d’Oxford en date du 25 mai (par défaut) ou du 26 mai pour certains pays ; les données pour le Québec et les provinces canadiennes proviennent plutôt de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et sont en date du 25 mai (pour les données de vaccination au Québec) ou du 27 mai (pour les autres données). Les données sur l’économie sont celles du Fonds monétaire international et de l’Institut de la statistique du Québec pour le Québec, et elles ont été répertoriées par la firme AppEco.