Vous avez reçu votre première dose du vaccin contre la COVID-19. Ça y est, vous êtes protégé ? Pas si vite. La première dose offre un bon taux d’efficacité contre le virus, mais celui-ci diminue au fil des semaines pour s’établir en pratique autour de 80 %. Et ça ne veut pas dire que vous êtes « protégé à 80 % ». État des lieux.

Publié le 27 mai 2021
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

À quel point êtes-vous protégé par une seule dose du vaccin ?

Tout d’abord, il faut compter environ trois semaines avant qu’une dose du vaccin soit pleinement efficace.

En résumé, durant la période allant de trois semaines jusqu’à deux mois après votre première dose, vous avez environ 80 % moins de risques d’être très malade de la COVID-19 au point de devoir aller à l’hôpital. (Après deux mois, on n’a pas encore assez de données pour savoir si le taux d’efficacité continue de diminuer.)

Quand votre deuxième dose fera effet, vous aurez entre 90 % et 95 % moins de risques d’être très malade et d’aller à l’hôpital (90 % pour AstraZeneca, 94 % pour Moderna, 95 % pour Pfizer).

Être vacciné réduit vos chances de tomber gravement malade de la COVID-19, mais ça ne veut pas dire que vous ne serez pas gravement malade. Ça ne veut surtout pas dire que vous êtes « protégé à 80 % » ou que vos symptômes vont diminuer de 80 % si vous attrapez la COVID-19. Ça veut seulement dire que dans un groupe de gens vaccinés, il y aura 80 % moins de cas de COVID-19 nécessitant une hospitalisation que dans un groupe de gens non vaccinés.

« Toutes les études vont dans la même direction : il y a une très bonne protection avec la première dose, mais la protection est meilleure et plus élevée avec la deuxième dose », dit Gaston De Serres, médecin-chef du groupe scientifique en immunisation de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et membre du Comité sur l’immunisation du Québec.

« La deuxième dose est importante. Il faut continuer de faire attention à la transmission pendant la période où on a seulement une dose, d’autant plus que les personnes vulnérables [par exemple : les personnes âgées et les personnes immunosupprimées] ont moins de chances d’être protégées », dit Nathalie Grandvaux, professeure-chercheuse en interaction virus/hôte à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Le ministère de la Santé du Québec considère que le taux d’efficacité des vaccins de Pfizer et de Moderna est de 92 % après la première dose. Est-ce environ 80 % ou 92 % ?

Le Comité sur l’immunisation du Québec, qui conseille le gouvernement du Québec, a choisi de retenir le taux d’efficacité de 92 % pour la première dose de Pfizer et de Moderna. C’est le taux d’efficacité qui est indiqué sur le document qu’on vous remet lors de votre vaccination.

Ce chiffre de 92 % est le taux d’efficacité de la première dose du vaccin de Pfizer obtenu lors des essais cliniques du 14e au 21jour après la première dose (la deuxième dose était généralement donnée trois semaines après la première dose). On peut présumer que c’est le taux d’efficacité optimal de la première dose.

Au Québec, la plupart des gens doivent toutefois attendre beaucoup plus que trois semaines pour recevoir leur deuxième dose. À la mi-mai, l’attente était estimée à environ trois mois et demi.

Or, de nombreuses études menées depuis en temps réel auprès de la population démontrent que le taux d’efficacité de la première dose de Pfizer et d’AstraZeneca est plus bas que 92 % au fil des semaines.

En Grande-Bretagne – où on attend pour donner la deuxième dose, comme au Québec –, les autorités de santé publique estiment que le taux d’efficacité de la première dose de Pfizer et d’AstraZeneca varie plutôt entre 75 % et 85 %, selon une étude publiée jeudi dernier. D’où l’estimation d’environ 80 %. On s’est notamment aperçu que l’efficacité de la première dose de Pfizer diminuait après 10 semaines. Il est aussi possible que le taux d’efficacité soit plus bas avec les variants.

Le taux d’efficacité de la deuxième dose a été mesuré entre 85 % et 90 % en Grande-Bretagne la semaine dernière. Selon l’étude britannique, les vaccins de Pfizer et d’AstraZeneca diminuent aussi la probabilité d’avoir des symptômes plus légers de la COVID-19, ainsi que le taux d’infection.

Les professeurs André Veillette et Nathalie Grandvaux pensent tous deux que le gouvernement du Québec devrait cesser d’utiliser 92 % comme taux d’efficacité pour la première dose des vaccins de Pfizer et de Moderna. Après tout, en pratique, le Québec attend des mois pour donner la deuxième dose. « Il devrait l’enlever du papier [remis aux gens], ce n’est pas une bonne idée », dit André Veillette, immunologiste et professeur à la faculté de médecine de l’Université de Montréal. « Les données que je lis dans les études [internationales] ne corroborent pas le 92 % », dit Nathalie Grandvaux, professeure-chercheuse en interaction virus/hôte à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Le Comité sur l’immunisation du Québec estime que les études cliniques « restent l’approche la plus robuste sur le plan méthodologique ». « Est-ce que c’est autour de 80 % [en pratique sur le terrain] ? La réponse, c’est vraisemblablement oui. C’est probablement plus proche de la réalité. Mais la démonstration de la baisse de l’efficacité [de la première dose] n’est pas faite », dit Gaston De Serres, médecin-chef du groupe scientifique en immunisation de l’INSPQ et membre du Comité sur l’immunisation du Québec. L’INSPQ étudie actuellement le taux d’efficacité de la première dose au Québec et devrait faire connaître ses résultats bientôt.

Donc, si j’ai reçu ma première dose de Pfizer ou d’AstraZeneca, ça veut dire que je suis protégé à environ 80 % ?

Non !

Le taux mesure l’efficacité collective du vaccin, pas son efficacité sur le plan individuel.

Vous n’êtes pas protégé individuellement à 80 %. Ou bien vous êtes protégé, ou bien vous ne l’êtes pas.

Ce que le taux d’efficacité de 80 % veut dire, c’est qu’il y aura 80 % moins de cas graves de COVID-19 dans un groupe de personnes vaccinées que dans un groupe de personnes non vaccinées.

Un exemple ? Prenons deux groupes de 1000 personnes. Un groupe est vacciné (deux doses avec un taux d’efficacité à 90 %), l’autre ne l’est pas. Le taux d’infection à la COVID-19 forçant une hospitalisation dans le groupe est de 1 %. Dans le groupe de 1000 personnes qui ne sont pas vaccinées, 10 personnes tombent donc gravement malades (1000 personnes x 1 % des gens qui tombent gravement malades). Dans le groupe de 1000 personnes qui sont vaccinées, le vaccin fait en sorte que seulement 1 personne tombe gravement malade (1000 personnes x taux d’infection de 1 % x taux d’efficacité de 90 % du vaccin – ou plutôt le taux de non-efficacité du vaccin, mais vous comprenez le concept).

En plus de diminuer le nombre de cas graves de COVID-19, le vaccin diminue aussi le nombre de cas avec des symptômes légers (pas d’hospitalisation) et le taux d’infection du virus.

On a moins de données pour le vaccin de Moderna, mais la plupart des experts présument que c’est le même résultat que le vaccin de Pfizer puisque ce sont deux vaccins similaires.