Près des deux tiers des adultes québécois ont reçu leur première dose de vaccin contre la COVID-19 ou pris rendez-vous pour l’obtenir, révèlent des données du ministère de la Santé et des Services sociaux obtenues par La Presse. Le tout survient avant même l’ouverture de la vaccination chez les moins de 35 ans. Une nouvelle « très encourageante », disent des experts, qui ne crient pas pour autant victoire.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

Le Québec doit franchir ce samedi le cap d’un adulte sur deux ayant reçu sa première dose. En plus des « vaccinés », près de 950 000 Québécois ont pris rendez-vous pour être vaccinés à leur tour au cours des prochains jours, soit environ 14 %.

Autrement dit, la province se rapproche rapidement de son objectif d’offrir une première dose de vaccin à 75 % des adultes d’ici le 24 juin. D’ailleurs, jeudi, le Québec a établi un nouveau sommet avec plus de 104 000 doses administrées.

« Des chiffres comme ça, c’est rassurant pour l’ensemble du réseau de la santé. On fait notre travail au quotidien, mais on veut aussi voir le bout du tunnel, et avoir un semblant de retour à la normale éventuellement. Tout ça passe par la vaccination », affirme le DAlexis Turgeon, chercheur et médecin spécialiste en soins intensifs au CHU de Québec-Université Laval.

Cela dit, la bonne progression de la vaccination québécoise n’est pas signe de victoire pour autant, rappelle le médecin.

On se doit encore de poursuivre les efforts. Il faut non seulement se faire vacciner, mais aussi en parler autour de soi pour que les gens n’aient pas de craintes, mais qu’ils le voient plutôt comme un devoir de société, dans toutes les régions.

Le DAlexis Turgeon, chercheur et médecin spécialiste en soins intensifs

Pour l’heure, la vaccination n’est pas encore ouverte aux moins de 35 ans. C’est seulement à partir de lundi que les 30 à 34 ans pourront prendre rendez-vous. Mercredi, ce sera au tour des 25 à 29 ans, et vendredi, des 18 à 24 ans. Admissibles depuis peu, les 12 à 17 ans devraient apprendre la semaine prochaine comment Québec entend les vacciner à leur tour, d’ici la fin de juin.

Bien que la vaccination générale ne soit pas encore ouverte, 369 000 des 18 à 34 ans ont déjà été vaccinés ou ont pris rendez-vous, en raison de leur travail, jugé essentiel, ou de leur état de santé. Avec l’élargissement de la vaccination la semaine prochaine, ce ne sont pas moins de 1,4 million de jeunes qui deviendront admissibles à la vaccination.

Coup d’accélérateur

  • COVID-19 : doses de vaccin administrées chaque jour au Québec

    INFOGRAPHIE LA PRESSE

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L’ouverture de la vaccination à la population générale – d’abord aux 50 à 59 ans, puis graduellement aux 35 à 49 ans – il y a un peu plus d’une semaine a donné un coup d’accélérateur à la campagne lancée à la mi-décembre. Depuis une semaine, pas moins de 900 000 Québécois ont été vaccinés ou ont pris rendez-vous.

Si la cadence se maintient la semaine prochaine alors que les 18 à 34 ans deviennent admissibles, le Québec franchira d’ici 10 jours le seuil de 75 % des adultes vaccinés ou en attente d’un rendez-vous pour l’être. Or, la progression de la vaccination ne se fait pas au même rythme dans toutes les régions, par contre. Si tout près d’un Québécois sur deux est vacciné sur la Côte-Nord et en Gaspésie, ce taux tombe à 35 % en Abitibi-Témiscamingue et à Montréal.

« On a beaucoup vacciné sur la couronne nord et sud de Montréal, mais dans la métropole, le taux est encore plus bas qu’ailleurs au Québec. Une petite éclosion pourrait encore partir en fou. Il faut encore faire attention. Continuons dans la même veine, et nous pourrons tous relâcher plus rapidement », insiste à ce sujet l’enseignante à l’École de santé publique de Montréal (ESPUM) Roxane Borgès Da Silva.

Elle rappelle qu’avant de lever les restrictions sanitaires, Ottawa encourage les provinces à atteindre un seuil de 75 % de ses adultes ayant reçu une première dose et 20 % une deuxième dose. Au rythme actuel de sa campagne de vaccination, le Québec pourrait remplir ces conditions d’ici la fin de juillet.

Dans les faits, la campagne de vaccination s’est accélérée au Québec depuis que les livraisons de vaccins ont augmenté en volume. Tout au long de mai, le Québec doit recevoir 460 000 doses de Pfizer par semaine, des livraisons qui gonfleront à près de 550 000 par semaine en juin. La province devrait ainsi avoir reçu 7,7 millions de doses au 24 juin, soit suffisamment pour offrir une première dose à 75 % des 12 ans et plus, tout en offrant une deuxième dose à 500 000 Québécois en attente.

Et les deuxièmes doses ?

L’administration des deuxièmes doses, qui doit être donnée dans les 112 jours après la première, a d’ailleurs accéléré dernièrement. Le Québec administre en moyenne 10 000 deuxièmes doses par jour.

« Il faut utiliser la vitesse et le momentum qu’on a en ce moment pour aller encore plus loin avec la deuxième dose », dit la Dre Erin Strumpf, professeure au département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill, rappelant que de nombreux usagers vulnérables en dépendent toujours.

Oui, on a la capacité pour accomplir le 75 % de premières doses au 24 juin, mais j’aimerais aussi que, si on est en avance, on priorise éventuellement les deuxièmes doses.

La Dre Erin Strumpf, professeure au département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill

Le ministère de la Santé a d’ailleurs indiqué à La Presse vendredi que le délai entre les deux doses avait été réduit pour certaines personnes jugées plus à risque. « Pour les personnes ayant un grand facteur de vulnérabilité vivant dans les CHSLD et RPA, l’intervalle entre les deux doses a été raccourci pour permettre une plus grande immunité », précise-t-on dans un courriel. Cet intervalle a par exemple été réduit à 28 jours pour les personnes dialysées pour de l’insuffisance rénale ou qui ont une immunosuppression grave. Le délai reste de 112 jours pour le reste de la population.

À noter : les 356 000 Québécois ayant attrapé la COVID-19 depuis le début de la pandémie n’auront pas besoin d’obtenir une deuxième dose. Cela représente ainsi 4,2 % de la population.

Notons toutefois que le rythme des livraisons des doses de vaccin est seulement connu jusqu’au début de juillet. Il reste ainsi à savoir si les cargaisons continueront à affluer afin de permettre de maintenir la cadence élevée au cours de l’été.