Dix-huit personnes ont contracté la COVID-19 au Manoir Outremont à Montréal, aux prises avec une éclosion liée aux variants B.1.351 sud-africain ou P.1 brésilien. Deux personnes âgées qui y habitaient en sont mortes.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Les experts rappellent que les vaccins fonctionnent contre les variants, mais un peu moins contre les variants B.1.351 et P.1, dits sud-africain et brésilien, et que la couverture n’est jamais totale. Et encore moins quand on n’a reçu qu’une seule dose, comme les résidants de cet établissement.

Les premiers cas de COVID-19 ont été confirmés à la fin du mois d’avril au Manoir Outremont. « Les résultats du dernier dépistage tenu le 2 mai dernier étaient tous négatifs, ce qui est très encourageant », affirme Brigitte Pouliot, directrice des communications du groupe COGIR, qui possède le Manoir Outremont.

Une première dose du vaccin avait été administrée le 12 février dans cette résidence privée pour aînés qui possède plus de 350 chambres. La deuxième dose y a été administrée les 4 et 5 mai.

Comment le virus est-il entré dans cet établissement ? Impossible de le savoir. « Le Manoir Outremont est une résidence pour aînés autonomes. Ils sortent de la résidence pour faire des courses, des marches, etc., et les proches aidants sont également admis dans la résidence dans le respect des consignes de la Santé publique », explique Mme Pouliot.

La Direction régionale de santé publique de Montréal n’a pas voulu donner de détails sur la source de l’éclosion pour des raisons de confidentialité.

Efficacité des vaccins

Dans une lettre envoyée aux familles des résidants du Manoir Outremont jeudi, la Santé publique écrit : « Les tests démontrent que plusieurs personnes sont infectées par un variant plus contagieux et qui a le potentiel d’échapper partiellement à la vaccination. Les résultats disponibles pour le moment ne nous permettent pas d’identifier exactement ce variant, mais il s’agit soit du variant d’émergence sud-africaine ou du variant d’émergence brésilienne. »

Ces deux types de variants sont présents à Montréal, mais dans une faible mesure. La métropole compte actuellement 18 cas du variant P.1, dit brésilien, et 31 du variant B.1.351, dit sud-africain. La grande majorité des 2283 cas de variants identifiés à Montréal sont des cas de B.1.1.7, communément appelé variant britannique. Sur les 4240 cas de variants identifiés par séquençage au Québec, il y a 3943 cas de B.1.1.7, 204 cas de B.1.351 (dit sud-africain), 56 cas de P.1 (dit brésilien) et 37 cas de B.1.525 (dit nigérian).

Le gériatre Quoc Dinh Nguyen souligne que les vaccins à ARN messager de Pfizer et de Moderna, distribués dans les résidences pour aînés au Québec, « fonctionnent populationnellement parlant contre les variants décrits jusqu’à maintenant ». Mais deux doses sont nécessaires pour une protection optimale. Et les aînés plus vulnérables ou ayant des maladies chroniques restent plus à risque.

Pour maximiser la probabilité d’éliminer le virus, ça prend deux doses.

Le gériatre Quoc Dinh Nguyen

À la Santé publique de Montréal, on rappelle que la première dose de vaccin contre la COVID-19 « n’empêche pas complètement l’acquisition et la transmission de l’infection ». « La protection conférée par la deuxième dose est encore plus efficace. Il est donc toujours primordial de suivre les mesures de protection habituelles (distanciation physique, port du masque et lavage des mains) et d’obtenir une deuxième dose », indique-t-on.

Le microbiologiste Karl Weiss ajoute que les vaccins sont efficaces contre les variants. Mais « un peu moins » avec les variants communément appelés sud-africain et brésilien.

Les vaccins ne sont pas inefficaces contre [les] variants [sud-africain et brésilien]. Mais leur capacité de neutralisation du virus est moindre.

Le microbiologiste Karl Weiss

Le DWeiss estime qu’il ne faut pas paniquer avec la présence de ces variants dans la métropole. Mais considérant que les vaccins sont un peu moins efficaces contre ces variants, ceux-ci représentent « un défi un peu plus grand ».

Le DNguyen et le DWeiss ajoutent que tant que les variants circuleront de façon communautaire, il faut s’attendre à certaines éclosions, notamment dans les milieux de vie pour aînés. D’où l’importance de bien vacciner toute la population. Le DNguyen souligne que même si personne n’est à l’abri d’une nouvelle mutation du virus, rien ne laisse croire avec les variants actuels que « la vaccination ne sera pas la porte de sortie ».