Santé Canada a donné mercredi son aval à l’administration du vaccin de Pfizer-BioNTech chez les jeunes de 12 à 15 ans. Est-il efficace ? Pourquoi vacciner les jeunes ? Est-ce que les jeunes réagissent différemment au vaccin ? Des spécialistes répondent à nos questions.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Est-ce que le vaccin est efficace chez les jeunes ?

Lors d’essais cliniques, Pfizer-BioNTech a démontré que son vaccin était efficace à 100 % chez les participants âgés de 12 à 15 ans. « Évidemment, dans la population, ça se peut que l’efficacité soit un peu plus basse. Mais on peut penser que ça va être au-dessus de 95 % », indique Olivier Drouin, pédiatre au CHU Sainte-Justine. L’étude a été menée auprès de 2260 adolescents âgés de 12 à 15 ans aux États-Unis, dont la moitié ont reçu un placebo. Au cours des essais, 18 cas de COVID-19 ont été observés dans le groupe placebo, contre zéro dans le groupe vacciné.

Pourquoi vacciner les adolescents ?

Si un adolescent est infecté par le virus, la maladie n’est généralement pas très grave, bien qu’il y ait des exceptions. « Même si ce n’est pas un très grand nombre de cas, c’est important que cette population-là ait accès à la vaccination », indique le DDrouin. Bien que les jeunes transmettent moins le virus que les plus vieux, ils peuvent aussi être des vecteurs de transmission de la maladie. « Les jeunes ont beaucoup de contacts. Plus on a de contacts avec beaucoup de monde, plus les risques de transmettre le virus sont élevés. Si on veut vraiment avoir une barrière immunitaire, il faut les vacciner », indique le DGaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.

Pourquoi les jeunes sont-ils testés en dernier dans les études ?

C’est principalement parce que les complications, les hospitalisations et les décès sont beaucoup plus fréquents chez les personnes plus âgées, explique le DDe Serres. « On voulait d’abord démontrer que le vaccin fonctionnait bien parce que c’est là qu’on observait le plus de conséquences graves de la maladie », explique-t-il. Le DDrouin précise que pour les maladies qui sont plus problématiques chez les enfants, les jeunes sont testés d’abord. « Pour les maladies qui ne causent pas de problème chez les adultes, comme la rubéole et le rotavirus, les pharmaceutiques testent d’abord le vaccin chez les jeunes », explique-t-il.

Les enfants et les adultes réagissent-ils différemment au vaccin ?

Dans l’étude de Pfizer, les adolescents de 12 à 15 ans ont enregistré de très fortes réponses d’anticorps, dépassant celles des participants vaccinés âgés de 16 à 25 ans. Ils ont aussi obtenu des taux d’efficacité plus élevés que chez les personnes plus âgées. « Ce n’est pas nécessairement surprenant. En général, on sait que la réponse immunitaire chez les enfants et les adolescents est très forte. C’est vrai pour tout type d’infections », explique le DDrouin. Les effets secondaires étaient généralement les mêmes que ceux observés dans le groupe des 16 à 25 ans, soit de la douleur au point d’injection, de la fatigue, des maux de tête et des douleurs musculaires.

Est-ce que d’autres vaccins seront bientôt disponibles pour les enfants ?

Au début du mois de décembre, la société pharmaceutique Moderna a lancé une étude chez les enfants de 12 ans et plus. Les résultats devraient être dévoilés sous peu. À la mi-mars, l’entreprise a également commencé à tester son vaccin chez des enfants âgés de 6 mois à 11 ans aux États-Unis et au Canada. Une étude chez les enfants de moins de 12 ans est aussi en cours pour le vaccin de Pfizer. Les deux sociétés souhaitent être en mesure de vacciner les enfants de moins de 11 ans en 2022. Par ailleurs, AstraZeneca et Johnson & Johnson ont dû interrompre temporairement leurs essais chez les enfants pendant les enquêtes sur la vaccination et les caillots sanguins rares chez les adultes.