La présidente du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), la Dre Caroline Quach, assure que les gens qui ont reçu le vaccin d’AstraZeneca n’ont pas été « floués ». Et à ceux qui l’ont accusée — dans un torrent de courriels injurieux — d’avoir alimenté l’hésitation vaccinale en énonçant une préférence pour les vaccins à ARN messager, elle répond que la transparence est toujours la voie à suivre en matière de santé publique.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

La publication d’un avis du CCNI, lundi, a provoqué un véritable tollé, surtout dans les médias anglophones. A priori, le but était de formuler des recommandations sur l’administration du vaccin Janssen (Johnson & Johnson). Mais c’est ce passage qui a retenu l’attention : « Le CCNI continue de recommander de préférence les vaccins à ARNm », soit ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

Or, cet avis préférentiel avait été communiqué dès le 1er mars, et réitéré le 23 avril. « Ça n’a pas changé », lance la Dre Quach en entrevue avec La Presse, mercredi. « On n’a jamais dit que les gens qui ont reçu l’AstraZeneca s’étaient fait flouer. On n’a jamais dit qu’on n’était pas pour l’AstraZeneca », insiste-t-elle.

Le cadre d’analyse a notamment évolué en fonction de l’approvisionnement en vaccins — l’un des multiples facteurs dont le CCNI doit tenir compte. L’arrivée de millions de doses des vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna dans les prochaines semaines ne pouvait ainsi être tout simplement balayée sous le tapis, dit la pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine.

Car les millions de Canadiens qui se feront vacciner en mai et en juin ont le droit de faire un choix éclairé sur le produit qu’ils se feront injecter, plaide-t-elle : « D’un point de vue prospectif, on dit que les gens devaient se poser la question suivante : ‟Est-ce que le risque d’attraper la COVID-19 dans les prochaines semaines, à attendre un ARNm, est plus grand que le risque de thrombose ?” ».

Une intervention qui passe mal

C’est en voulant « expliquer de façon tangible » le concept d’évaluation du risque, dans une entrevue sur les ondes de CTV, que la Dre Quach s’est trouvée plongée dans la controverse, lundi. En bref, elle a évoqué un scénario fictif où elle ne recommanderait pas le vaccin d’AstraZeneca à sa sœur si celle-ci se trouvait dans une zone épidémiologique à faible risque.

L’extrait a été vu plus de 300 000 fois sur les réseaux sociaux. Et il a suscité l’opprobre, en particulier au Canada anglais. La présidente du CCNI s’est fait taxer d’irresponsable et accuser d’avoir jeté du sable dans l’engrenage de la machine vaccinale. « Ce n’était pas ma meilleure, mais c’était une entrevue sur 700 dans la dernière année », laisse-t-elle tomber.

Mais sur le fond — et en dépit de la myriade de courriels dont elle est depuis inondée —, la Dre Quach persiste et signe.

On me dit que je fais peur au monde, que je vais pousser l’hésitation face à la vaccination, que je vais tout ralentir. Je n’y crois pas. Je pense que l’hésitation vaccinale, elle est là parce que les gens ont l’impression qu’on leur cache des choses.

La Dre Caroline Quach

Le gouvernement a tenté tant bien que mal, dans les deux derniers jours, de réconcilier les deux messages. Le premier ministre Justin Trudeau et l’administratrice en chef de la Santé publique, la Dre Theresa Tam, ont insisté sur le fait que tous les vaccins approuvés par Santé Canada étaient sécuritaires, et ont de nouveau exhorté la population à relever sa manche.

Ils l’ont fait sans critiquer le CCNI, une entité née dans les années 1960 qui jouit d’une indépendance par rapport à l’appareil gouvernemental, et dont les recommandations ne sont pas contraignantes pour les provinces et les territoires. Un comité que préside bénévolement la Dre Quach, et qu’elle a voulu « hyper transparent » depuis le début de la pandémie.

Le gouvernement a entièrement le droit d’être en désaccord avec ses avis scientifiques, souligne-t-elle. « On est un comité indépendant. Mais il faut que les gens comprennent que les politiciens ne peuvent pas nous faire dire ce qu’ils veulent », fait-elle valoir. Mais il est vrai que tous ces avis de santé publique, « pour la population, ça devient mêlant », convient la pédiatre.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

De nombreux Québécois ayant reçu le vaccin d’AstraZeneca ont dit s’être sentis floués après la déclaration de la Dre Quach.

Et que dire à ces centaines de milliers de personnes qui ont reçu le vaccin d’AstraZeneca au Québec, en suivant les conseils des autorités de santé publique ? « À l’époque, ça tombait de partout, les soins intensifs étaient pleins. C’était tout à fait correct d’y aller. Et si ça fait plus que trois semaines et qu’ils n’ont pas eu de complications, c’est correct, c’est fini. Et maintenant, ils sont protégés », soutient la Dre Quach.

Il n’est pas dit que la seconde dose ne sera pas un vaccin à ARNm comme ceux de Pfizer ou de Moderna. Le CCNI se penche sur l’interchangeabilité des types de vaccin. Il doit aussi produire un avis sur l’administration du vaccin de Pfizer-BioNTech aux jeunes âgés de 12 à 15 ans autorisée mercredi par Santé Canada.