Beaucoup de Québécois ont passé l’hiver en Floride, où ils ont pu recevoir deux doses de vaccin contre la COVID-19. Mais ils doivent quand même faire une quarantaine à leur retour au pays. Aux États-Unis, depuis le début d’avril, la quarantaine n’est plus nécessaire pour les Américains vaccinés qui arrivent de l’étranger.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Claude Hamilton a reçu sa deuxième dose de vaccin en Floride, il y a deux semaines. Quand il reviendra au Québec avec sa femme Bibiane, début mai, il sera donc normalement protégé contre le virus. Et pourtant, il devra faire une quarantaine de deux semaines chez lui.

« Aux États-Unis, ce n’est plus nécessaire pour les Américains qui rentrent de l’étranger de faire la quarantaine, s’ils sont vaccinés », explique le retraité de 75 ans.

Pourquoi est-ce que les Canadiens doivent toujours faire la quarantaine ? Ça me semble de la vengeance contre ceux qui ont été au chaud et qui ont eu leur vaccin avant d’autres Québécois.

Claude Hamilton, snowbird ayant reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19

Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) du gouvernement américain ont annoncé début avril la fin de la quarantaine pour les Américains complètement vaccinés.

Prudence

La quarantaine est maintenue parce qu’il n’y a pas assez de « données scientifiques » sur la capacité du vaccin à empêcher la transmission du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, a indiqué Tammy Jarbeau, relationniste à Santé Canada. Il est donc trop tôt pour accorder des « des privilèges aux personnes vaccinées ».

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’Université de Montréal, est d’accord. « On ne connaît pas très bien encore leur efficacité à réduire les risques de transmission et d’acquisition, dit M. Mâsse. Une personne vaccinée peut très bien s’infecter et développer une forme asymptomatique ou très légère de la COVID. Avec les variants dans le décor et une vaccination incomplète des Canadiens, on doit être prudents avec les voyageurs de retour au pays. »

Des risques toujours présents

Le ministère de la Santé du Québec a récemment exigé que les soignants soient vaccinés, sans quoi ils seraient réaffectés à d’autres tâches. N’est-ce pas une reconnaissance que le vaccin diminue le risque de transmission ?

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Diminuer et éliminer le risque ne sont pas équivalents. Le fameux 95 % d’efficacité de Pfizer ou de Moderna, c’est l’efficacité à réduire le risque de développer une COVID sévère après l’infection. Je ne doute pas que ces vaccins ont aussi une efficacité pour réduire les risques de transmission et d’acquisition. Mais il n’y a rien qui dit que cette efficacité est de 95 % également.

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’Université de Montréal

Étude chez les Marines

L’une des seules études sur le sujet a été publiée à la mi-avril dans le Lancet. Elle indique que le risque de réinfection est de 10 % après une première infection au SARS-CoV-2. Mais chez les séropositifs (ceux qui avaient déjà des anticorps durant leur quarantaine) qui étaient réinfectés, la quantité de virus était 10 fois moins grande, ce qui diminue le risque de transmission.

L’étude a été faite auprès de 3200 recrues des Marines américains. Ils avaient un test d’anticorps durant leur quarantaine initiale de deux semaines. Ensuite, ils étaient suivis pendant six semaines, et on comparait le risque de réinfection au SARS-CoV-2 durant ce suivi entre les séronégatifs et les séropositifs. Les recrues qui avaient durant la quarantaine un test PCR indiquant que le virus était présent dans leur corps étaient exclues de l’étude, afin d’éliminer la possibilité que la réinfection soit en réalité une « COVID longue ».

Vaccin à l’auto

Claude Hamilton assure qu’il va respecter la quarantaine à son retour au Canada. « Je ne suis pas complotiste, on porte un masque partout ici, on a été une fois au restaurant et on n’est pas retournés parce qu’on ne se sentait pas en sécurité. À mon club de golf, la moitié des 400 membres sont québécois, et les règles sont très strictes, comme celles de l’été dernier au Québec. Durant ma quarantaine, je vais pouvoir travailler sur mon terrain, mais j’ai des amis qui restent en condo, c’est difficile. »

PHOTO FOURNIE PAR CLAUDE HAMILTON

Bibiane et Claude Hamilton à Boynton Beach, en Floride, en avril

M. Hamilton a eu sa deuxième dose de vaccin au stade des Dolphins de Miami, dans une clinique à l’auto. Il avait eu sa première dose au Québec, avant son départ, fin mars. « Les gens à Miami ont créé mon dossier même si je n’avais pas eu ma première dose en Floride, ils ont été formidables. » Le vaccin était gratuit.