En avril 2020, Victoria Salvan tombait au combat. Une cinquantaine de travailleurs lui ont rendu hommage mercredi matin au centre Grace Dart, où la préposée aux bénéficiaires décédée après avoir contracté la COVID-19 s’est sacrifiée pour ses patients.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Collègues et représentants syndicaux se sont rassemblés sur le terrain gazonné pour souligner la Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail. Ils ont observé une minute de silence en hommage à Victoria Salvan, une femme bienveillante partie trop tôt.

La défunte avait immigré des Philippines dans les années 80. Elle avait deux enfants et oeuvrait comme préposée aux bénéficiaires depuis plus de 25 ans.

« Je veux qu’on se souvienne de son travail », avait confié son fils à La Presse peu après son décès l’an passé.

« Elle était très dévouée. Elle a pris plus d’heures supplémentaires jusqu’à la fin à cause du manque de personnel. Pour elle, c’était une obligation de continuer », avait-il raconté.

« C’était notre maman. Elle avait toujours un mot gentil ou un lunch à partager », raconte Fawzi Beraïssa. Il la côtoyait depuis 10 ans. Quelques jours après la mort de sa collègue, il se retrouve hospitalisé pour la COVID-19. « Je me suis dit : je vais la suivre », soupire le préposé.

Elle trimait pour ses enfants et envisageait une retraite paisible une fois leurs études universitaires payées, se remémore M. Beraïssa. « Elle était si près du but. Victoria avait le cœur sur la main. On va toujours se rappeler de son sacrifice. »

« On ne se souvient pas d’elle juste aujourd’hui. On ne l’a tout simplement jamais oubliée », tonne son gestionnaire à l’époque Rachid Benmohand. La mort abrupte de Victoria Salvan avait créé une onde de choc chez le personnel.

M. Benmohand se rappelle du lendemain de son décès, une journée sombre. « Remettez-vous dans l’ambiance. C’était la première fois qu’une employée de la santé mourait de la COVID-19. On avait tous peur, certains se demandaient qui allait être le prochain. »

Une « cellule de crise » avait été mise en place peu après la triste annonce. « On a ouvert un bureau de consultation qui roulait toute la journée. Il y a avait un psychologue et un psychiatre qui recevaient les inquiétudes des employés. Le moral était très bas », décrit le gestionnaire.

Samuel Leblanc, jeune commis à l’entretien, se sent privilégié d’être toujours debout à astiquer et nettoyer. Même si la crise s’atténue, il contribue à un combat qui dure encore, rappelle-t-il. Catapulté au CHSLD Grace Dart peu après le décès de Mme Salvan, le triste évènement l’avait affecté, dit-il le regard empreint de tristesse. « Je suis arrivé trop tard pour la connaître. Mais quand j’ai su qui elle était, ça m’a vraiment mis à l’envers. Je me suis demandé combien de gens on perdrait, j’ai vraiment pris conscience de la crise. »