Parlons vaccination. Ça avance. Et ça avance bien.

Patrick Lagacé
Patrick Lagacé La Presse

Les 80 ans et plus sont vaccinés à 88 %. Les 70-79, à 87 %. Et les 60-69 ? À 66 %. Avec les prises de rendez-vous pour une première dose à venir : 86 %.

Chez les 50 à 59 ans, le taux de vaccination est de 29 %, mais cette statistique est trompeuse : les 55 ans et moins viennent tout juste de devenir admissibles à la vaccination. On aura bientôt un meilleur portrait du succès de la vaccination chez les 50-59 ans…

Ou des dégâts de l’hésitation vaccinale.

Car les experts sont formels : la société sera efficacement protégée quand une masse critique – oscillant entre 70 % et 80 % – de nos concitoyens sera vaccinée. La Santé publique fédérale a fixé vendredi la barre à 75 % (première dose) pour retrouver un semblant de liberté en juillet.

La réticence vaccinale est un problème : en CHSLD, seulement 62 % des employés sont vaccinés. Cela favorise les infections de personnes vaccinées – même vaccinée, une personne âgée a un système immunitaire plus vulnérable – en CHSLD.

(Il faut les encourager, leur expliquer, bien sûr. Mais là-dessus, je trouve les syndicats de la santé bien discrets…)

L’exemple des travailleurs de la santé en CHSLD est important : si on n’atteint pas la cible des 70 % à 80 % de la population du Québec vaccinée rapidement, c’est l’immunité de toute la société qui sera déficiente. C’est la santé des plus vulnérables qui sera en danger. Les prochaines semaines seront un test pour l’idée vaccinale.

Si la sensibilisation vaccinale ne fonctionne pas, il faudra se résoudre à implanter une mesure qui encouragera très, très, très, très, très, très, très fortement les Québécois réticents à se faire vacciner.

Oui, je parle du passeport vaccinal.

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La Loi sur la santé publique du Québec donne le pouvoir au gouvernement de rendre la vaccination obligatoire, si une maladie contagieuse menace gravement la santé de la population.

Alerte ! À ce point-ci de cette chronique, les négationnistes sanitaires sont déjà grimpés dans les rideaux pour m’accuser de favoriser la dictature…

Je tiens à les rassurer immédiatement, même si les faits leur sont bien souvent étrangers : je ne suis pas favorable à la vaccination obligatoire.

Non, la coercition serait contre-productive pour l’idée même de la vaccination. Et elle donnerait aux négationnistes la chance de se transformer en Jeanne d’Arc de YouTube dont la « résistance » deviendrait inévitablement virale (!). Posez-vous la question : ça prendrait combien de policiers pour maîtriser un conspirationniste afin qu’il se fasse vacciner ?

Voilà, juste poser cette question, ça torpille l’idée même de la vaccination obligatoire.

Mais il y a une solution de rechange : le passeport vaccinal.

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Je résume le concept de passeport vaccinal : c’est un laissez-passer, un sésame, qui vous permet de participer à des activités précises dans la société.

PHOTO ODED BALILTY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des Israéliens montrent leur « passeport vert », preuve de leur vaccination contre la COVID-19 ou de leur guérison complète, à l’entrée d’un stade de soccer de Tel-Aviv, en mars dernier.

Vous êtes vacciné ?

Vous pouvez aller au gym, dans les salles de spectacle, dans les restaurants, dans les salles de classe…

Si – et seulement si – les taux de vaccination ne nous permettent pas d’atteindre l’immunité collective qui protégera la société contre les ravages du virus, ce passeport deviendra sans doute inévitable. Le ministre de la Santé Christian Dubé en parle ouvertement.

Je sais, je sais : l’idée d’un passeport vaccinal fait l’objet de débats incluant toute une palette de considérations éthiques. Et ces débats sont absolument passionnants… en théorie.

Dans le réel, si – et seulement si – les taux de vaccination sont trop bas pour atteindre l’immunité collective parce que le discours conspi-négationniste né bien avant la pandémie aura suffisamment endommagé le principe même de la vaccination anti-COVID-19, il faudra se demander quelle réponse opposer à cette menace à l’immunité collective.

Les gens ont le droit de ne pas vouloir être vaccinés.

Ils ont le droit d’être obscurantistes et égoïstes, aussi.

La société n’a pas à les accommoder, ceux-là, à l’infini.

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Mardi dans Le Devoir, le professeur Pierre Trudel a évoqué ces passeports vaccinaux, déjà implantés en Israël et en chantier ailleurs. Il a souligné que cette idée a généralement passé avec succès le test des tribunaux. Est-ce que les tribunaux, ici, torpilleraient l’idée du passeport vaccinal ?

Disons que nos tribunaux n’ont pas démontré un goût prononcé pour le torpillage des mesures sanitaires depuis 13 mois, malgré les contestations : sur 43 contestations, le Procureur général en a perdu… 3.

Exemple marquant : dans une décision pourtant favorable à la communauté hassidique de Montréal au début 2021, la juge Chantal Massé a quand même rappelé que l’État imposait des mesures sanitaires qui visent à protéger « l’important objectif de préserver la vie et la santé de tous » en rappelant que « tous ont droit à la vie ».

Alors on ne peut pas forcer les gens à se faire vacciner, même qu’on ne devrait pas. Mais la société n’a pas non plus à récompenser l’égoïsme individuel si la réticence vaccinale en vient à menacer l’immunité collective, si la barre des 75 % n’est pas atteinte.

On pourrait alors très certainement essayer d’interdire aux plus réticents d’entre nous l’accès aux cinémas, aux salles de spectacle, aux bars, aux gyms, aux ligues sportives, aux cégeps, aux universités, de même qu’aux festivals et aux restaurants…

Les réticents pourraient ainsi très bien revendiquer leur droit à l’égoïsme… isolés dans leur divan de salon.