La décision du gouvernement fédéral de suspendre les vols en provenance du Pakistan et de l’Inde inquiète de nombreuses familles au pays.

Hina Alam
La Presse Canadienne

Sharma Kumar, enceinte de plus de cinq mois, devait revenir dimanche au Canada en provenance de l’Inde, raconte son mari Pankaj. Partie au chevet de son père atteint d’un cancer, elle est maintenant coincée là-bas.

« Son père a reçu un diagnostic de cancer et il subit une chimiothérapie, a déclaré M. Kumar qui vit à Brampton, en Ontario. Elle voulait juste passer du temps avec lui. »

Le couple craint que, si la mesure était prolongée au-delà des 30 jours prévus, elle ne puisse pas revenir pour accoucher au pays.

M. Kumar se dit impuissant devant la situation.

« Pour le moment, je n’ai aucun plan. C’est un gâchis, résume-t-il. Si elle n’était pas enceinte, je lui aurais dit simplement de rester là-bas. »

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé jeudi la suspension de tous les vols de passagers commerciaux et privés en provenance de l’Inde et du Pakistan pendant 30 jours.

Quant aux voyageurs revenant de l’Inde et du Pakistan par des vols indirects, ils devront passer un test de dépistage négatif au dernier endroit où ils auront atterri avant d’arriver au Canada.

L’Agence de la santé publique du Canada dit avoir détecté une hausse disproportionnée de cas de COVID-19 chez les personnes ayant effectué un voyage dont le vol partait de ces deux pays.

Les mesures ont été prises à la suite de la pression des dirigeants provinciaux, qui jugeaient que l’on ne faisait pas assez pour empêcher l’arrivée au pays des variants du coronavirus. Le variant B. 1617 qui semble alimenter des infections généralisées en Inde a été détecté dans plusieurs provinces.

M. Kumar comprend la nécessité de suspendre les voyages, mais croit que le gouvernement aurait dû donner un plus long préavis aux gens.

« On doit informer les gens au moins une semaine plus tôt. On ne peut annoncer à 17 heures que les vols sont suspendus. »

Le mari d’Arati Sood voulait rendre visite à son père qui avait reçu un diagnostic de cancer.

Selon Arati Sood, dont le mari est en Inde depuis le 30 mars, le gouvernement aurait pu prolonger la période de quarantaine obligatoire dans les hôtels ou donner un plus long préavis avant de suspendre les vols.

« La semaine dernière, nous avons eu des ennuis avec telle ou telle situation. Et là, voici cette suspension qui s’ajoute. Je veux seulement qu’il rentre à la maison. »

Retour en Asie

Bibi Bashiran, une grand-mère de 77 ans, avait hâte de retourner au Pakistan après avoir rendu visite à sa famille, à Edmonton. Elle devait partir au Pakistan le 14 mai, mais la compagnie aérienne a annulé ce vol, car il n’y a plus d’appareils se dirigeant vers le Canada.

Elle a été « un peu triste » d’apprendre la nouvelle, dit sa petite-fille Haiqa Cheema.

La famille a dû se démener pour obtenir une prolongation de visa.

« Son visa expire le 15 ou 16 mai, raconte Mme Cheema. Nous ne voulons pas prolonger trop longtemps son séjour de visa parce que cela crée des complications à l’avenir. »

Ce n’est pas facile pour la grand-mère de s’adapter. « Elle vit toujours avec les portes ouvertes au Pakistan. Mais ici, parce qu’il fait si froid, elle est toujours à l’intérieur. Elle avait vraiment hâte d’y retourner. Techniquement, elle est plus en sécurité ici, mais cela représente un poids énorme sur sa santé mentale. »

Le haut-commissaire du Pakistan au Canada, Raza Bashir Tarar, a demandé au gouvernement fédéral de reconsidérer sa décision.

Dans une lettre transmise au ministre des Transports Omar Alghabra, il soutient que la décision de suspendre les vols en provenance de son pays trahit un manque de compréhension sur l’Asie du Sud.

« On ignore le fait que les trains et les vols ne sont pas opérationnels entre les deux pays [Inde et Pakistan], écrit-il. L’interdiction des vols depuis le Pakistan à cause d’un variant s’étant développé dans un autre pays dont la population n’a aucune possibilité de contact avec le Pakistan, défie toute logique. »