(Ottawa et Québec) Le gouvernement Trudeau suspend pour une période de 30 jours les vols en provenance de l’Inde et du Pakistan dans un effort pour freiner la propagation du variant B.1.617.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
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Fanny Lévesque Fanny Lévesque
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La mesure entre en vigueur à 23 h 30 jeudi soir, et elle concerne les vols de passagers commerciaux et privés, a annoncé le ministre des Transports, Omar Alghabra, en conférence de presse jeudi. Elle ne vise pas les vols de fret, le transport sanitaire aérien et les vols militaires.

À partir de ce moment, les passagers qui partent de l’Inde ou du Pakistan pour se rendre au Canada et qui font escale dans un autre pays devront fournir un résultat de test de dépistage négatif obtenu avant le départ dans un pays tiers avant de poursuivre leur route vers le Canada, a-t-il ajouté.

« L’Agence de la santé publique du Canada fait le suivi des données sur les cas, et au moyen des tests exigés à l’entrée au Canada, elle a détecté une hausse disproportionnée de cas chez les personnes ayant effectué un voyage dont le vol partait de l’Inde ou du Pakistan », précise-t-on dans un communiqué gouvernemental.

Le Brésil, aussi aux prises avec l’explosion d’un variant, n’est pas touché par la mesure, parce qu’il n’y a pas de vols directs vers le Canada en ce moment, a exposé le ministre Dominic LeBlanc. Mais Ottawa surveille la situation de près et n’hésitera pas à s’ajuster s’il le faut, a-t-il assuré.

En annonçant cette suspension, M. Alghabra a plaidé qu’il fallait éviter de stigmatiser des pays en particulier. « Ce virus n’est ni chinois ni indien », a-t-il lancé, semblant vouloir prévenir une hausse des gestes racistes visant la communauté asiatique.

Il n’a pas écarté la possibilité que l’interdiction soit prolongée en fonction de l’évolution de la situation.

Les libéraux sous pression

La pression se faisait de plus en plus forte sur le gouvernement pour qu’il agisse dans ce dossier.

La Chambre des communes avait adopté quelques heures auparavant une motion bloquiste enjoignant le gouvernement à interrompre « immédiatement » les vols en provenance de certains pays où les variants pullulent.

La motion demandait au gouvernement « de suspendre immédiatement les vols de passagers non essentiels en provenance de pays ayant un haut taux d’éclosion de variants de la COVID-19, dont l’Inde et le Brésil, à l’image de ce qu’il a fait lors de la suspension des vols en provenance du Royaume-Uni le 20 décembre 2020 ».

Le variant britannique B.1.1.7 représente aujourd’hui la vaste majorité des cas détectés au Québec. Selon les données rendues publiques jeudi par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), il compte pour 94 % du nombre cumulatif des 10 % de cas de variants recensés par séquençage génomique.

En soirée jeudi, le Bloc québécois a salué le geste du gouvernement et s’est félicité que ses pressions aient porté leurs fruits. « Il aura fallu que le Québec, les provinces et la Chambre des communes, par la voie d’une motion du Bloc québécois, mettent la pression sur le fédéral pour qu’il agisse enfin aux frontières », a réagi la députée Kristina Michaud, auteure de la motion.

Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, s’est lui aussi attribué la victoire. « Encore une fois, Justin Trudeau est lent à agir, et il faut la pression des conservateurs pour qu’il se décide enfin à protéger les Canadiens. On l’a vu cette semaine pour les variants, et on l’a aussi vu au début de la pandémie alors qu’il laissait entrer au Canada les vols internationaux en provenance de pays durement affectés », a-t-il déclaré jeudi soir.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur

Quant au Nouveau Parti démocratique (NPD), il s’est lui aussi rallié à la mesure. « Le fédéral doit être proactif et mettre en place des mesures strictes basées sur la science pour freiner l’arrivée de cas de COVID-19 de l’étranger, dont de nouvelles restrictions aux frontières », a fait valoir le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice.

Legault satisfait

À Québec, le premier ministre, François Legault, s’est montré satisfait de ce développement. « Je salue la décision annoncée par le gouvernement de Justin Trudeau, qui fait suite à une demande formulée plus tôt par le premier ministre de l’Ontario et moi-même », a-t-il écrit sur Twitter, jeudi soir.

« Les variants sont nombreux et plus contagieux. Ottawa doit en faire plus pour protéger la population », a-t-il ajouté dans la même publication.

Son homologue de l’Ontario, Doug Ford, et lui avaient envoyé une lettre à Justin Trudeau pour réclamer des mesures de protection additionnelles à la frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis et une diminution des vols internationaux entrants.

La lettre est signée par les deux premiers ministres, mais M. Legault affirme également avoir l’appui des leaders de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. « Je pense qu’il y a déjà beaucoup qui a été fait par M. Trudeau, mais avec le variant indien, le variant brésilien, il faut encore être plus prudent », a-t-il exprimé.

Il a cité certains exemples, comme celui de gens qui contourneraient l’obligation de se soumettre à une quarantaine à leur arrivée au pays et celui de passagers qui monteraient à bord d’un vol à l’aide de « faux certificats de tests négatifs ». Dans leur lettre, ils écrivent qu’il est « urgent » qu’Ottawa « règle » ces deux problèmes.

Le variant indien

Un premier cas du variant indien a été détecté mercredi sur le territoire de la Mauricie–Centre-du-Québec. Selon le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, le variant qui a été identifiée grâce au séquençage « n’a pas nécessairement les mêmes mutations que celui qui est observé actuellement en Inde ».

Sa résistance au vaccin « est encore théorique », a-t-il précisé, disant ne pas avoir « encore d’information précise » à ce sujet. « Quoi qu’il en soit, ce qui est important, c’est qu’on ait une attitude agressive d’intervention comme on le fait actuellement, que ça soit un variant indien ou un autre », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, la personne infectée par ce variant a été isolée « en temps opportun à l’époque » et « on ne semble pas avoir d’autres transmissions actuellement », a affirmé le Dr Arruda, précisant que le contexte épidémiologique faisait toujours l’objet d’une enquête.

L’Inde est aux prises avec une explosion du nombre d’infections. Dans la seule journée de mercredi, le nombre de cas déclarés était supérieur à 300 000. On soupçonne que le variant B.1.617 et d’autres contribuent à alimenter cette flambée.