Des jeunes en bonne santé, dont les tests de COVID-19 sont négatifs, mais qui présentent des symptômes associés à la maladie, en plus de problèmes suffisamment graves pour nécessiter une hospitalisation ? Le CHU Sainte-Justine en a vu une soixantaine depuis le début de la pandémie, dont la Montréalaise Sara Vanlian, âgée de 17 ans.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« C’était 1 million de symptômes en même temps. Je ne me rappelle même pas tout ce que je ressentais », raconte Sara Vanlian, 17 ans. Malgré une fièvre qui avait grimpé jusqu’à 39 °C, des douleurs musculaires aux bras et au dos, un mal de ventre et des maux de tête d’une intensité rappelant ceux d’une commotion cérébrale, son premier test de dépistage est ressorti négatif.

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, où elle s’est présentée à la fin de mars, après qu’une clinique eut détecté des battements de cœur anormalement élevés, un deuxième test de dépistage s’est également révélé négatif. Son état, par contre, nécessitait une hospitalisation.

« Ils ont refait des prises de sang et ont vu que j’avais de l’inflammation dans le cœur et dans le sang », résume Sara.

La jeune fille a reçu un diagnostic de syndrome inflammatoire multisystémique chez l’enfant (souvent désigné par les sigles anglais PIMS ou MIS-C).

Le syndrome inflammatoire multisystémique, quoique rare, est bien documenté. Il y a aussi eu des cas à l’Hôpital de Montréal pour enfants, au CHU de Québec ainsi que dans d’autres provinces, comme l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. Le phénomène a également été recensé en Italie, en France et aux États-Unis, expose la rhumatologue pédiatre Marie-Paule Morin.

Chaque fois, les cas apparaissent dans les quatre à six semaines suivant un pic de COVID-19 dans la population générale.

Sainte-Justine a ainsi vu arriver de nombreux patients en avril et en mai 2020, et de la fin de février au début de mars cette année.

Contrairement à la maladie de Kawasaki, déjà connue avant la pandémie, et qu’on a diagnostiquée en rapport avec la COVID-19 chez des enfants de moins de 5 ans, ce syndrome est une nouvelle maladie.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Marie-Paule Morin, rhumatologue pédiatre au CHU Sainte-Justine

« On a eu une soixantaine de cas d’enfants qui ont présenté ce syndrome à Sainte-Justine depuis un an », précise la Dre Morin.

La rhumatologue pédiatre n’a pas traité Sara, mais elle a vu bien d’autres cas. À Sainte-Justine, le syndrome s’est surtout manifesté chez des enfants âgés de 7 à 10 ans, mais aussi chez de plus jeunes et des adolescents. La plupart d’entre eux étaient, comme Sara, en bonne santé, sans facteur de risque.

Si les tests de dépistage de ces jeunes sont négatifs, c’est qu’ils ont été infectés de quatre à six semaines plus tôt, souvent sans s’en rendre compte. « La plupart des enfants qu’on a vus avaient eu une infection asymptomatique ou peu symptomatique, indique la Dre Morin. Il y en a qui ont eu une vraie COVID-19, mais il y en a beaucoup qui, soit ne le savaient même pas, soit avaient été seulement en contact avec quelqu’un qui avait la COVID-19. »

Les symptômes à retardement, qui peuvent aussi inclure des conjonctivites et une rougeur sur la peau, ne doivent pas être ignorés.

C’est une maladie qui peut être assez grave, il y en a qui peuvent se retrouver aux soins intensifs avec des médicaments pour aider à leur fonction cardiaque.

La Dre Marie-Paule Morin

Ces patients-là peuvent être hospitalisés jusqu’à une ou deux semaines. Il s’agit cependant d’une minorité. La majorité, comme Sara, ne restent que quelques jours.

La prise en charge est multidisciplinaire (urgences, soins intensifs, pédiatrie, cardiologie, immunorhumatologie), et les traitements pour diminuer l’emballement du système immunitaire impliquent surtout des immunoglobulines et de la cortisone.

La grande majorité des enfants traités à Sainte-Justine se sont complètement rétablis, y compris du point de vue de la fonction cardiaque, qui fait l’objet de suivis, souligne la Dre Morin.

Devoir de sensibilisation

Sara, qui poursuit aujourd’hui ses cours à distance au cégep, a tenu à faire une vidéo sur Snapchat à sa sortie de l’hôpital, afin de sensibiliser ses amis.

« Ce que j’ai eu, c’est quelque chose qui atteint vraiment juste les jeunes. Si jamais vous ressentez tel ou tel symptôme, portez-y attention. Ne faites pas comme si de rien n’était, parce que des fois, ça peut être dangereux », explique-t-elle.

« Il faut que les parents soient au courant », renchérit sa mère, Naima Boukouiss, qui ne tarit pas d’éloges pour le personnel « incroyable » de Sainte-Justine.

Pour l’instant, l’hôpital pédiatrique reçoit moins de cas de ce syndrome, indique la Dre Morin. « C’était un peu plus tranquille dans les dernières semaines, mais on va voir ce que ça donne avec la troisième vague. »

Peu d’hospitalisations chez les jeunes

Les jeunes de moins de 20 ans constituent une très faible minorité des patients atteints de la COVID-19 dans les hôpitaux. Seulement 312 Québécois de ce groupe d’âge ont été hospitalisés en lien avec l’infection depuis le début de la pandémie, ce qui représente 1,6 % des hospitalisations, montrent les données de l’Institut national de santé publique du Québec en date du 17 avril.