La Presse s’est rendue en Beauce, où l’on compte, en proportion, le plus de cas actifs de COVID-19 au Québec. Les éclosions se sont multipliées dans les milieux de travail. Des infections ont même eu lieu dans des cabanes à sucre. Un maire demande maintenant au gouvernement d’organiser des points de presse en soirée pour joindre les travailleurs.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

(Saint-Georges) Les Beaucerons sont-ils têtus ? Le maire de Saint-Georges se rebiffe. « Non, les Beaucerons sont des gens fiers ! Arrêtons de chercher des coupables », lâche Claude Morin.

La Presse a rencontré le maire dans sa municipalité vendredi, devant le centre de vaccination qui ne désemplissait pas.

La veille, le ministre de la Santé et des Services sociaux était passé dans la région la plus touchée au Québec, toutes proportions gardées. Christian Dubé était venu pour une conférence de presse destinée à convaincre la population de se faire tester et vacciner.

« Je ne suis pas ici pour faire la morale. Je les connais, les Beaucerons. Ils sont un peu comme moi, un petit peu tête dure et un peu difficiles à convaincre », a avancé, avec des pincettes, M. Dubé.

Le maire de Saint-Georges, lui, n’en croit rien. Selon ce militaire de carrière, le gouvernement doit mieux communiquer s’il veut gagner la bataille. C’est qu’en Beauce, une région manufacturière, les travailleurs sont fortement touchés.

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Claude Morin, maire de Saint-Georges

Gardons nos gens informés. Ils ne savent plus de quel bord tirer. Les conférences de presse à 13 h ou même à 17 h, ce n’est pas bon pour les travailleurs. C’est bon pour ceux en télétravail.

Claude Morin, maire de Saint-Georges

« Les gens qui reviennent du travail, qui ont ramassé leurs enfants à l’école, ils courent partout à 17 h. Mettez ça à 21 h pour que le monde puisse regarder ça », suggère-t-il.

Le maire demandait depuis des semaines la mise en place d’un centre de dépistage à Saint-Georges. Selon lui, beaucoup de ses concitoyens évitaient de se faire tester parce qu’ils devaient se rendre à Thetford ou à Lévis pour le faire, puisqu’à « Beauceville, c’était paqueté ben dur ».

Le CISSS de Chaudière-Appalaches entend exaucer son vœu. Un centre de dépistage ouvrira à Saint-Georges dès cette semaine si tout va bien.

Trois entreprises fermées

La Beauce compte 721 cas actifs de COVID-19 pour 100 000 habitants. C’est le plus haut taux de la province, devant la couronne nord de Québec (475 cas actifs pour 100 000 habitants).

Ici, selon les chiffres de la Santé publique, 67 % des cas actifs se trouvent chez les moins de 49 ans. Les éclosions en milieu de travail sont de loin les plus nombreuses. La Santé publique régionale a d’ailleurs fermé temporairement trois entreprises la fin de semaine dernière, car elles ne respectaient pas les mesures sanitaires.

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La Dre Liliana Romero, directrice de santé publique de Chaudière-Appalaches

« Les gens baissent la garde par rapport aux mesures sanitaires. Dans certaines petites entreprises, il n’y a pas de port de masque, pas de distanciation sociale », déplore la directrice de santé publique de Chaudière-Appalaches, la Dre Liliana Romero.

« Après, ça crée des chaînes de transmission, car les enfants sont touchés, la famille est touchée », dit-elle.

La Dre Romero le répète sur toutes les tribunes : « La base, c’est se faire tester, rester à la maison et se faire vacciner » tout en adoptant les gestes barrières.

Comme ailleurs au Québec, le vaccin d’AstraZeneca est boudé par beaucoup en Beauce. Mais de nombreux Beaucerons s’étaient déplacés à Saint-Georges vendredi pour recevoir ce vaccin sans rendez-vous.

« J’ai pour mon dire qu’un vaccin, c’est un vaccin, c’est mieux que rien du tout et c’est mieux que la COVID-19 », lâche Pierre Bégin au moment de recevoir une dose d’AstraZeneca.

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Pierre Bégin, travailleur de quincaillerie, au moment de recevoir une dose d’AstraZeneca

Ce travailleur de quincaillerie tenait à se faire vacciner au plus vite. Les éclosions se sont multipliées dans son coin.

L’homme de 58 ans est quant à lui d’accord avec le ministre Dubé. « Il a raison, les Beaucerons ont la tête dure. On entend, mais on n’écoute pas. Il s’est donné la peine de venir en région, alors donnons-nous la peine, nous autres aussi. Ce n’est pas un honneur d’être l’épicentre. »

Infections à la cabane

La région avait été largement épargnée lors de la première vague, puis touchée plus durement durant la seconde. La Beauce est toutefois frappée comme jamais durant cette troisième vague.

Pierre Bégin avance une piste pour expliquer les cas qui se multiplient en Beauce : la saison des sucres. « Les fêtes clandestines dans les cabanes à sucre existent. Le temps des sucres en Beauce a joué contre nous autres. C’est un lieu de rassemblement. »

La directrice régionale de santé publique confirme que des infections ont eu lieu dans des cabanes à sucre.

On ne peut pas dire que tous les malheurs actuels de la région sont dus aux cabanes à sucre, mais on peut dire que c’était un facteur contributif.

La Dre Liliana Romero, directrice de santé publique de Chaudière-Appalaches

Des infections ont eu lieu dans des cabanes commerciales, mais aussi dans des cabanes familiales, qui sont difficiles à contrôler pour les autorités. La Direction régionale de santé publique n’est toutefois pas en mesure de donner le nombre exact d’infections liées au temps des sucres en Beauce.

« Il y a de grandes cabanes à sucre commerciales, mais aussi des cabanes à sucre très familiales où toute la parenté se rassemble. Ce sont des moments idéaux de partage, mais aussi de transmission », note la Dre Romero.

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Un centre de vaccination a été installé à l’hôtel Le Georgesville, à Saint-Georges.

Chose certaine, le message de Christian Dubé devra être entendu rapidement. Chaudière-Appalaches déplore environ 200 infections de plus chaque jour. Samedi, elle en a dénombré 224 supplémentaires.

« La situation est encore très préoccupante. Je ne peux pas dire que ce soit quelque chose de rassurant », constate la Dre Romero.

« La semaine prochaine sera une semaine critique pour la suite et les nouvelles décisions à prendre, dit-elle. Les Beaucerons sont des personnes de très bonne foi, qui savent se mobiliser au bon moment, et on compte sur la population de la Beauce pour se mobiliser. »