(Québec) Malgré la démonstration, chiffres à l’appui, que la campagne de vaccination avec le AstraZeneca tourne au ralenti dans le Grand Montréal, François Legault et son ministre de la Santé, Christian Dubé, se disent satisfaits des résultats à ce jour. Et le gouvernement n’envisage pas de modifier sa stratégie pour écouler plus rapidement les doses dans la métropole.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Après avoir connu un engouement important la semaine dernière, la vaccination avec le vaccin d’AstraZeneca s’essouffle dans la région métropolitaine. La Presse révélait jeudi que ce ralentissement force les établissements à trouver toutes sortes de stratégies pour attirer des clients, allant jusqu’à accrocher des passants au hasard. Devant la clinique de vaccination du centre commercial Quartier Laval, mercredi, une employée arpentait le stationnement, une pancarte « Clinique de vaccination » à la main.

« Vaccin gratuit ! », lançait-elle lors de notre passage. Dans la grande région de Montréal, les centres de vaccination sans rendez-vous étaient très peu achalandés. Des chiffres obtenus auprès de plusieurs CISSS et CIUSSS confirment que l’appétit pour le AstraZeneca, dans le Grand Montréal, diminue.

Le gouvernement Legault en fait un tout autre portrait. « D’abord, je ne suis pas d’accord avec vous », a indiqué le premier ministre jeudi, interrogé sur l’état de la situation à Montréal. « Quand on regarde les résultats, les faits [mercredi], on a eu 67 700 vaccins, dont 19 000 avec le AstraZeneca, alors moi je suis très satisfait des résultats », a-t-il ajouté lors d’une mêlée de presse.

Depuis que la vaccination a été ouverte aux 55 ans et plus jeudi, ce sont 120 000 doses d’AstraZeneca qui ont été injectées dans le bras de Québécois. Les données fournies à La Presse démontrent que c’est particulièrement dans le Grand Montréal où l’on remarque une baisse de l’appétit pour le AstraZeneca alors qu’en régions, comme dans la Capitale-Nationale et au Bas-Saint-Laurent, on s’arrache les doses.

Québec a d’ailleurs envoyé 34 00 doses de plus en région. « On met [l’accent] dans certaines régions, entre autres à l’extérieur de Montréal parce que le problème – ce qui nous a surpris – est plus à l’extérieur de Montréal », a illustré le premier ministre. « On a réussi pas mal à […] ce que toutes régions soient rendues au même niveau », a-t-il ajouté

Est-il question de modifier la stratégie à Montréal ? François Legault rappelle que le Québec dispose « d’un certain nombre de doses » et « pas assez à [son] goût ». Il assure néanmoins « que d’ici la fin mai, tout est attribué et tout va être utilisé » au sein de la population.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a expliqué au Salon bleu qu’il s’agit « d’un enjeu de [volume] de vaccins et pas un enjeu de centre de vaccination ».

« Je pense qu’il faut que les gens réalisent, que des centres de vaccination qui sont moins occupés, ce n’est pas parce que les gens ne peuvent pas y aller. On n’a pas de vaccins pour vacciner les gens, on est limité par le nombre de vaccins qu’on reçoit. Et la plus belle preuve ça, c’est la journée où on a vacciné 75 000 personnes parce qu’on avait du AstraZeneca qu’on pouvait passer », a affirmé le ministre Dubé.

Le Québec a reçu la semaine dernière une importante cargaison de 411 200 doses. À cela s’ajoutent les 113 000 doses de Covishield (produit en Inde grâce à un transfert technologique d’AstraZeneca) reçues un peu plus tôt – qui ont été écoulées. À ce jour, quelque 287 000 doses d’AstraZeneca sont toujours en stock. Selon les données du MSSS, près de 700 000 Québécois de 55 ans et plus n’ont toujours pas reçu de vaccin contre la COVID-19 ni pris de rendez-vous pour l’obtenir.

M. Dubé était questionné par Québec solidaire qui réclame que Québec demande aux employeurs d’autoriser une « pause vaccin », comme pour aller voter, pour aller se faire vacciner. Gabriel Nadeau-Dubois citait la directrice de la vaccination à Laval, Isabelle Parent, qui a demandé en entrevue à La Presse qu’on appelle de nouvelles clientèles alors qu’il « n’y a pas un chat » dans sa région.

« C’est vraiment mort en ce moment. Les catégories ne s’ouvrent pas assez rapidement. Et quand ça s’ouvre, c’est trop à la dernière minute. Les gens travaillent. Ils ne peuvent pas venir tout de suite, alors on perd du temps », a-t-elle relaté mercredi. Christian Dubé estime que les travailleurs disposent de suffisamment de disponibilité pour se faire vacciner alors que les centres sont « très flexibles ».

« J’ai de la misère à comprendre ce qu’on pourrait faire beaucoup mieux, surtout quand on manque de vaccin », a-t-il ajouté jeudi.