Devant la controverse, le premier ministre François Legault recule sur l’obligation de porter le masque à l’extérieur. La mesure ne s’appliquera désormais que lorsque des personnes résidant à des adresses différentes ne peuvent maintenir en tout temps une distance de deux mètres.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Il y aura une exception pour un couple qui n’habite pas ensemble et dans le cas d’une personne seule qui s’est jointe à une bulle familiale. François Legault a annoncé sur Facebook, mercredi après-midi, ce changement majeur au décret gouvernemental, une façon de faire inhabituelle. Il fait l’objet de critiques depuis quelques jours pour ne pas présenter et expliquer certaines décisions en conférence de presse, notamment celle concernant le port du masque à l’extérieur.

Dans son message, M. Legault soutient que « l’objectif de cette mesure, c’est d’empêcher la transmission du virus quand des personnes d’adresses différentes restent à moins de deux mètres ».

J’ai donc demandé de préciser le décret pour que cette obligation s’applique seulement aux situations où il peut être difficile de respecter en tout temps la distance de deux mètres avec des personnes qui n’habitent pas avec nous.

François Legault, premier ministre du Québec

Le nouveau décret a été rendu public mercredi soir, exemptant du même coup « les activités de baignade ou les sports nautiques ». On y précise également que les enfants de moins de 10 ans et les personnes présentant « certaines conditions médicales » n’auront pas à porter de couvre-visage pendant la pratique d’une activité. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dit vouloir « pallier certaines difficultés d’application qui ont été soulevées dans les derniers jours ».

« Dans une situation où on est certain de toujours rester à plus de deux mètres, comme par exemple le tennis ou le golf, ou assis dans un parc, il n’est pas nécessaire de porter le masque », a ajouté le premier ministre. « On se comprend aussi qu’un couple qui n’habite pas à la même adresse, mais qui entretient des relations intimes n’a pas à porter un masque. Pas plus qu’une personne seule qui s’est greffée à une bulle familiale. Même chose quand deux personnes marchent ensemble, mais à bonne distance. »

Les changements apportés au cours des derniers jours à la directive sur le port du masque à l’extérieur avaient semé la confusion et suscité la controverse. Ils n’avaient pas été expliqués au départ lors des conférences de presse du gouvernement. La semaine dernière, Québec avait d’abord décidé d’imposer l’obligation du port du masque lorsqu’un groupe de trois personnes et plus ne faisant pas partie du même ménage s’adonnaient à une activité en plein air, comme faire une marche ou pratiquer un sport.

Puis, toujours sans explication, il avait donné un tour de vis supplémentaire en décrétant que la mesure allait s’appliquer dès lors que deux personnes n’habitant pas à la même adresse – y compris un couple – pratiquaient une activité à l’extérieur. « Je comprends que les mesures changent beaucoup, mais la situation change beaucoup aussi », se défendait François Legault mardi.

À ses côtés, le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, justifiait la mesure, précisant que cette recommandation avait été adoptée « par consensus d’experts » bien qu’aucune étude n’existait pour l’appuyer. « L’objectif qu’on a principalement, ce n’est pas d’écœurer les gens, c’est de les protéger », plaidait-il. « On considère que le préjudice porté par un masque versus la protection que ça peut apporter vaut la peine d’être fait, et c’est notre recommandation. »

La publication du premier ministre sur Facebook donné à croire que le gouvernement a décidé de son propre chef de revenir sur la décision et que la Santé publique n’a pas soumis une nouvelle recommandation. En matinée mercredi, quelques heures avant le revirement sur le port du masque, les partis de l’opposition avaient accusé le gouvernement d’avoir failli à bien expliquer et justifier cette mesure.

« Il y avait une zone grise »

Pour les experts consultés par La Presse, le gouvernement Legault se devait d’alléger l’obligation du port du masque à l’extérieur. « Il y avait une zone grise pas facile à faire appliquer. Avec les nouveaux allégements, ça rend la mesure beaucoup plus acceptable. Les gens vont mieux y adhérer », explique le virologue Benoit Barbeau, aussi enseignant à l’UQAM.

Reste que selon lui, le gouvernement devra clarifier son message sur le masque. « Il y a encore de la confusion, parce que le message est fort différent de l’an dernier, où on encourageait les gens à sortir pour s’aérer, sans parler du couvre-visage. Il faut régler cette confusion », dit M. Barbeau.

À l’École de santé publique de Montréal (ESPUM), le professeur Maximilien Debia, spécialiste des questions de la qualité de l’air, est du même avis. « Je ne sais pas d’où ça sort, cette mesure, et d’où on a pu la justifier. Clarifier cette position qui n’était pas toujours facile à comprendre, c’était la chose à faire. Maintenant, ce sera important de bien expliquer ce qui tourne autour du masque. Au Québec, on a reculé, puis avancé, donc c’est difficile à suivre pour pas mal de monde », commente l’expert.

Toute l’importance du masque doit être mise sur l’air intérieur d’abord. L’essentiel, c’est nos écoles, nos milieux de travail. À l’extérieur, il reste que la concentration des particules émises est beaucoup plus faible. Le risque est moins important.

Maximilien Debia, professeur de l’École de santé publique de Montréal

L’épidémiologiste Nimâ Machouf, elle, espère que Québec améliorera sa communication avec les citoyens. « Actuellement, on a besoin de l’adhésion de la population aux mesures, et le gouvernement prend des mesures de travers à gauche et à droite. Ça n’a aucun sens, la façon dont ils se tirent dans les pieds », fustige-t-elle.

« Pour moi, ce gouvernement n’est pas conséquent et n’est plus du tout pédagogue. Les gens sont écœurés et stressés, donc il ne faut pas en rajouter, sinon le strict minimum nécessaire. Quand ce n’est pas nécessaire, on n’écœure pas le peuple », conclut Mme Machouf.