(Montréal) Dans les derniers mois de 2019, l’état de santé de Jacques Levesque, homme de 60 ans diabétique mort au Manoir Liverpool le 26 avril 2020, s’était dégradé au point où il devait déménager en CHSLD. M. Levesque, qui s’était plaint à quelques reprises à ses proches de la piètre qualité des services qu’ils recevaient à la résidence, attendait toujours son transfert en CHSLD en mars 2020, quand la COVID-19 a frappé.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Son fils, Nicolas Verreault-Levesque, a témoigné mardi devant la coroner Géhane Kamel, qui mène actuellement une enquête publique sur les morts survenues lors de la première vague de COVID-19 au Québec. Elle se penche cette semaine sur celle de M. Levesque au Manoir Liverpool, résidence privée pour aînés et ressource intermédiaire de 126 lits, à Lévis.

Dans son témoignage, M. Verreault-Levesque a expliqué que, dans les mois précédant la mort de son père, celui-ci s’était plaint de certaines conditions d’hébergement. Comme la qualité de la nourriture. Et la faible fréquence des bains. Le fils a dit avoir eu l’impression que la « situation s’[était] détériorée » tout au long du séjour de son père au Manoir Liverpool, qui y habitait depuis des années.

S’il entretenait de bonnes relations avec le personnel habituel du Manoir Liverpool, M. Levesque critiquait plus sévèrement le travail du personnel d’agence qui y était embauché. L’homme, qui faisait souvent des crises d’hypoglycémie, ne leur faisait notamment pas confiance dans l’administration de sa médication. Au point qu’il était devenu « anxieux », a relaté son fils.

En décembre 2019, M. Levesque demandait de plus en plus de soins. Le Manoir Liverpool n’était plus adapté pour répondre à ses besoins. M. Verreault-Levesque a accepté que son père soit transféré en CHSLD près de l’Hôtel-Dieu de Lévis. Il a été placé sur une liste d’attente.

M. Levesque était toujours au Manoir Liverpool quand la première vague de COVID-19 a frappé. Les premiers cas s’y sont déclarés le 24 mars. Une ancienne coordonnatrice du Manoir Liverpool a indiqué mardi à la coroner que, quand les premiers cas se sont déclarés, plusieurs employés sont partis, paniqués.

Elle a reconnu que la situation du personnel au Manoir Liverpool était déjà difficile à l’automne 2019. Mais quand la COVID-19 a frappé, la situation est devenue intenable. Des employés partaient en plein milieu de leur quart de travail. Des bains ont dû être reportés.

La coordonnatrice a affirmé que, durant la crise, le Manoir Liverpool a appelé des agences de placement de personnel en renfort. Mais celles-ci « ne voulaient pas venir ». Le CISSS a finalement pris le contrôle du Manoir Liverpool début avril.

M. Levesque a été retrouvé inconscient dans sa salle de bain le 26 avril. Il n’avait pas la COVID-19, mais est vraisemblablement mort étouffé.

Une nutritionniste affectée au Manoir Liverpool en mars et en avril 2020 a fait savoir que beaucoup de résidants étaient déshydratés et dénutris, et que ces cas n’étaient pas anecdotiques, mais généralisés.

Les audiences du coroner sur le Manoir Liverpool se poursuivent jusqu’à jeudi, au palais de justice de Québec.

Avec La Presse Canadienne