La montée des cas dans certaines régions et la hausse des hospitalisations au Québec sont des « conséquences directes » du relâchement des mesures sanitaires décrété il y a quelques semaines par le gouvernement, affirment des experts. Pour plusieurs, il faut donc maintenir de fortes restrictions et éviter l’« effet yoyo ».

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

« On vit présentement les impacts de nos relâchements. Notre gouvernement a décidé de faire plaisir aux gens qui éprouvaient une certaine lassitude pandémique. Sauf que le fait d’envoyer ce message positif, de rouvrir dans les zones orange a eu pour effet que les gens ont eu tendance à relâcher naturellement », dit Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

À ses yeux, la remontée des infections et des hospitalisations était « très prévisible », puisque la propagation des variants en Europe, mais aussi en Ontario, aurait dû inciter à la vigilance. « On a relâché à un moment où il ne fallait surtout pas relâcher. Les fermetures dans la Capitale-Nationale et en Outaouais, c’était la mesure ultime à laquelle on n’a pas eu le choix d’arriver », raisonne Mme Borgès Da Silva.

Selon elle, il pourrait aussi être pertinent d’envisager le retour à l’alternance pour les élèves en première et en deuxième secondaire, dans les zones rouges, afin de « minimiser encore davantage les contacts ».

Jeudi, le Québec a enregistré 1609 nouveaux cas et neuf décès supplémentaires. Avec 436 nouveaux cas rapportés dans la Capitale-Nationale jeudi, la région affiche maintenant un taux de 38 nouveaux cas pour 100 000 habitants. C’est nettement plus que les 370 cas rapportés à Montréal, qui demeure sur un plateau de 16,4 cas pour 100 000 habitants.

Chaudière-Appalaches a enregistré 179 nouveaux cas, pour une moyenne de 27,7 cas pour 100 000 habitants. L’Outaouais continue également à connaître une forte tendance à la hausse. Avec 165 nouveaux cas, sa moyenne quotidienne s’établit à 33 cas pour 100 000 habitants. La moitié des nouveaux cas rapportés jeudi se trouvent dans la Capitale-Nationale, en Chaudière-Appalaches et en Outaouais (780 sur 1609).

« La dernière fois que le Québec avait eu plus de 1600 cas, c’était le 21 janvier [1802 cas] », a rappelé sur Twitter le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Le dernier sommet dans la Capitale-Nationale était de 310 cas, le 4 décembre. « Cette [hausse] est préoccupante, il faut continuer de respecter les mesures », a dit l’élu.

Avec 23 hospitalisations en plus jeudi, 566 patients sont hospitalisés en raison de la COVID-19, dont 132 aux soins intensifs (+ 9). Le nombre d’hospitalisations a bondi de 79 depuis une semaine (+ 16 %), une hausse principalement alimentée par les 40 à 59 ans. En effet, le nombre de personnes hospitalisées dans ce groupe d’âge a augmenté de 70 % depuis trois semaines. Une hausse de 36 % est aussi observée chez les 60 à 79 ans.

La « tempête parfaite »

À Québec, le DAlexis Turgeon, chercheur et médecin spécialiste en soins intensifs au CHU de Québec-Université Laval, avoue qu’il est inquiet de la transmission dans la région. « On devrait toucher les 400 cas actifs pour 100 000 habitants bientôt, ce qui est extrêmement élevé, d’autant qu’il est prévu que les cas continuent d’augmenter », analyse-t-il.

Oui, la hausse correspond à la réouverture et aux allégements, mais aussi à l’arrivée et à la dissémination du variant anglais dans la région. C’était vraiment une tempête parfaite pour avoir une augmentation rapide.

Le DAlexis Turgeon

Comme partout ailleurs, la hausse des hospitalisations ajoute « beaucoup de pression sur le système » de santé de la Capitale-Nationale, ajoute le DTurgeon. « On doit rediriger certaines clientèles vers d’autres hôpitaux. Heureusement, les patients entrent progressivement, donc ça se gère encore. On n’est pas en dépassement de capacité, mais ça reste un équilibre fragile », affirme le médecin.

« Nous n’avons pas une main-d’œuvre infinie, poursuit-il. C’est une chose d’avoir un lit, mais s’il n’y a pas de médecin, d’infirmière, d’inhalothérapeute, ça ne peut pas fonctionner. Si demain on triple les cas aux soins intensifs, on n’aura pas le choix de rediriger plus de clientèle. »

En fin de compte, la seule véritable façon de maîtriser les variants est d’avoir une population majoritairement vaccinée, d’après l’expert. « C’est la seule chose qui peut nous permettre de retrouver un semblant de normalité », insiste-t-il. L’Institut national de santé publique a rapporté 1141 nouveaux cas de variants détectés par criblage, pour un total de 13 177. La Capitale-Nationale en compte 2971.

V pour vaccination

Pendant ce temps, la vaccination a continué à progresser. Les Québécois de 55 ans et plus ont depuis jeudi la possibilité de se faire inoculer sans rendez-vous avec une dose de vaccin d’AstraZeneca.

Mercredi, le Québec a administré 47 769 doses supplémentaires, pour un total de 1 685 046 jusqu’à maintenant. Ainsi, environ 19,6 % de la population a reçu sa première dose. Avec 2 358 095 doses reçues jusqu’ici, le gouvernement Legault dispose actuellement d’une réserve d’un peu plus de 673 000 vaccins.

Environ « 71 600 doses supplémentaires d’AstraZeneca sont attendues » vendredi, a indiqué le ministère de la Santé et des Services sociaux dans un communiqué, précisant que « 159 940 des 339 600 doses de vaccins AstraZeneca reçues plus tôt cette semaine ont été livrées dans les régions ». En Outaouais, la campagne de vaccination a augmenté la cadence ces derniers jours, mais la région demeure nettement moins vaccinée que plusieurs autres régions sous haute surveillance ; seulement 16,6 % de sa population a reçu une première dose.

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