Après avoir instauré des mesures d’urgence en réaction à la forte hausse des cas dans plusieurs régions du Québec, le gouvernement Legault mise cette fois sur la prévention et ramène le couvre-feu à 20 h à Montréal et à Laval dès dimanche, et ce, jusqu’à nouvel ordre. Les Montréalais rencontrés par La Presse sont déçus, mais comprennent les motivations du gouvernement.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

« C’est ennuyant, le retour du couvre-feu à 20 h. Ça faisait changement, d’avoir 1 heure 30 de plus, mais je pense aux personnels de la santé qui sont au front depuis le début et je comprends », dit Patrick Yvan, rencontré au parc La Fontaine jeudi soir.

À ses côtés, Jessica Joseph craint toutefois que le couvre-feu n’exacerbe les problèmes de santé mentale. « Je pense aux personnes plus isolées et à celles qui ont des problèmes de santé, et ça m’inquiète, surtout avec l’arrivée du temps plus chaud », dit-elle.

Bien qu’il n’y ait pas de forte progression des cas dans la métropole pour le moment, le gouvernement Legault ramènera le couvre-feu de 21 h 30 à 20 h à Montréal et à Laval dès dimanche par mesure préventive.

« Montréal et Laval, ce sont des régions qui sont très denses et on aurait pu s’attendre à ce que le nombre de cas explose. Même si ce n’est pas encore arrivé, on veut ajouter une mesure préventive », a indiqué le premier ministre François Legault en conférence de presse jeudi à 17 h.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Marcel Chenier et Jacinthe Malette

« On comprend, mais c’est une grande déception. Ça fait quatre soirs que le parc est rempli. C’est beau, parce que les gens reprennent possession de leur parc, mais en même temps, il y a toujours le danger qui plane », dit Églantine Mathieu, qui a l’habitude de sortir marcher après 19 h 30 au parc en compagnie de son voisin Gaëtan Tremblay.

Un peu plus loin, Jacinthe Malette et son conjoint Marcel Chenier, installés sur leur couverture, profitent du beau temps. « Il travaille tout le temps. Après 20 h, c’est le seul moment où l’on sort », s’exclame-t-elle. « C’est un petit désagrément, mais il faut faire confiance aux experts », ajoute M. Chenier.

Alexa Constantin et ses amies trouvent difficiles les mesures fluctuantes.

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Marie Boize, Candice Goussaud, Emma de la Chaussée et Alexa Constantin, au parc La Fontaine, jeudi soir

On est un peu déçues. Au mois de mars, j’ai trouvé que le déconfinement était trop rapide. Ça venait juste d’aller mieux, mais ils ont déconfiné tout le monde, alors qu’on aurait pu attendre pour avoir une période stable.

Alexa Constantin

Selon M. Legault, le couvre-feu permettra d’éviter une augmentation importante du nombre de cas tout en ayant des conséquences limitées. « Ça va aider à mieux suivre ce qui se passe dans les maisons, dans les résidences, dans les logements. On espère que ça va nous aider à résister pendant un certain temps », a-t-il expliqué.

M. Legault souhaite éviter qu’une éventuelle explosion des cas entraîne des problèmes dans les hôpitaux, alors que les prochaines semaines s’annoncent critiques, a-t-il indiqué. À l’heure actuelle, si la situation en Europe, en Colombie-Britannique et dans la Capitale-Nationale est particulièrement préoccupante, elle peut se produire n’importe où avec l’introduction de variants plus contagieux. « On n’est pas à l’abri d’une explosion de cas », a-t-il indiqué en exhortant les Québécois à être plus prudents que jamais.

Le premier ministre a tenu à maintenir les écoles ouvertes. « Quand on regarde Montréal et Laval, on ne voit pas d’augmentation importante. Avant de fermer les écoles, il faut que ce soit grave. On remet le couvre-feu, mais les écoles, si on est capable de les sauver une semaine, deux semaines, c’est tellement important », a-t-il soutenu.

Il ne peut toutefois pas promettre que les écoles ne fermeront pas. « Actuellement, on n’a pas de recommandation de la Santé publique de fermer les écoles à Montréal et à Laval, mais ça se peut que la semaine prochaine, on vous arrive avec quelque chose de différent. Mais à cette étape-ci, on ne juge pas que ça soit nécessaire de le faire », dit-il.

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Le premier ministre François Legault

Maintien des mesures spéciales d’urgence

Lors de sa deuxième conférence de presse en 48 heures, le premier ministre François Legault a également annoncé le maintien de la fermeture des commerces non essentiels à Québec, Lévis et Gatineau. La hausse importante du nombre de nouveaux cas de COVID-19 justifie cette décision. Les écoles devront également continuer de donner des cours à distance jusqu’au dimanche 18 avril et le couvre-feu demeurera à 20 h.

Québec a décrété jeudi que les gyms, les salons de coiffure, les cinémas, les salles de spectacle et les restaurants (sauf pour les livraisons et services de plats à emporter) demeureront fermés à Québec, à Lévis, à Gatineau et en Beauce jusqu’au 18 avril. Le nombre maximal de personnes pouvant se réunir dans un lieu de culte est maintenu à 25. Les activités extérieures de sport ou de loisirs continueront d’être permises uniquement entre personnes résidant à la même adresse ou au sein d’un groupe de huit personnes avec distanciation.

Les services de garde éducatifs à l’enfance demeureront ouverts, mais les parents qui peuvent garder leurs enfants à la maison sont priés de le faire.

Les services de garde d’urgence en milieu scolaire n’accueilleront que les enfants dont les parents occupent un emploi figurant sur la liste des emplois et services prioritaires.

Le télétravail demeure obligatoire pour tous, à l’exception des employés dont la présence est essentielle.

La Capitale-Nationale a enregistré jeudi 436 nouveaux cas. Le nombre de nouvelles infections a presque doublé ce jeudi, alors que le bilan s’élevait à 250 mercredi. La région affiche un taux de 38 nouveaux cas pour 100 000 habitants.

Rappelons que l’éclosion du Méga Fitness Gym est en partie responsable de cette soudaine hausse des cas. Plus de 400 cas de COVID-19 dans la région sont liés à cette éclosion.

La situation est également critique en Chaudière-Appalaches et en Outaouais, qui ont recensé respectivement 179 et 165 nouveaux cas jeudi. La moitié des nouveaux cas rapportés jeudi se trouvent dans la Capitale-Nationale, en Chaudière-Appalaches et en Outaouais.

Des régions fortement touchées

Devant la forte augmentation du nombre de cas, l’Estrie demeure également sous « haute surveillance », a indiqué M. Legault. « On ne peut pas exclure que si la tendance se maintient, on n’ait peut-être pas le choix de faire passer l’Estrie en zone rouge. » Jeudi, l’Estrie a recensé 59 nouveaux cas de COVID-19, mais aucun nouveau décès. Bien que le nombre de cas actifs demeure stable dans les Laurentides, Lanaudière et la Montérégie, ces régions sont également « surveillées de près ».