(Ottawa) Se disant très préoccupé de l’ampleur de la troisième vague, le premier ministre Justin Trudeau appuie les provinces qui imposent des mesures de confinement plus strictes pour freiner la propagation du virus.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

M. Trudeau s’est d’ailleurs entretenu mardi avec son homologue de l’Ontario, Doug Ford, afin de faire le point sur la situation qui s’aggrave dans la province. Depuis vendredi dernier, la province la plus populeuse du pays recense 3000 cas et plus par jour et une hausse constante des hospitalisations. Plusieurs intervenants du secteur de la santé réclament des restrictions supplémentaires à l’échelle de la province.

Mercredi, M. Trudeau doit s’entretenir avec l’ensemble des premiers ministres des provinces. Vingt-quatre heures avant cette rencontre, le premier ministre a laissé entendre que des mesures de confinement plus sévères pourraient être incontournables pour aplatir la courbe.

« La situation est très préoccupante », a laissé tomber M. Trudeau durant une conférence pour faire le point sur la situation de la pandémie au pays.

« Tant qu’on n’aura pas vacciné le plus grand nombre de personnes possible, il faudra continuer à se protéger les uns les autres en suivant les conseils de santé publique. [...] « L’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec ont déjà fait le choix difficile, mais nécessaire, de prendre des mesures plus strictes pour freiner la montée en flèche des cas. Ce n’est pas facile, et on sait que les mesures vont peut-être devenir encore plus strictes, mais c’est ce qu’il faut faire. On fait ça pour sauver des vies », a-t-il souligné.

10 millions de doses aux provinces en mars

M. Trudeau a affirmé que le gouvernement fédéral a déjà remis aux provinces et aux territoires 10 millions de doses des vaccins. Le Canada devrait recevoir des millions de doses d’ici la fin du mois de juin.

On n’a pas seulement atteint notre objectif pour mars, on l’a largement dépassé. Et à partir de maintenant, les doses vont continuer d’arriver de plus en plus vite.

Justin Trudeau

« Ce mois-ci et le mois prochain, on va recevoir plus d’un million de doses par semaine de Pfizer seulement, en plus des livraisons de Moderna et d’AstraZeneca. Plus tard ce mois-ci, Janssen va aussi commencer à livrer son vaccin au Canada », a-t-il précisé.

L’arrivée de ces millions de doses permettra aux provinces d’augmenter la cadence de la vaccination. Le premier ministre a aussi indiqué qu’Ottawa est prêt à donner un coup de main aux provinces, si elles le souhaitent, pour vacciner encore plus rapidement la population.

Trop tôt pour rouvrir les frontières

Interrogé au sujet des intentions de plusieurs pays d’exiger un passeport vaccinal aux voyageurs, M. Trudeau a indiqué que son gouvernement n’a pas encore arrêté sa décision et que les pourparlers se poursuivent.

Il a aussi avancé qu’il est trop tôt pour envisager la réouverture de la frontière canado-américaine, même si le président des États-Unis, Joe Biden, estime que tous les adultes seront admissibles au vaccin contre la COVID-19 d’ici le 19 avril, soit une dizaine de jours plus tôt que l’objectif précédent.

« On est dans une troisième vague qui est extrêmement sérieuse et les gens doivent faire énormément attention pendant les semaines à venir pour vraiment aplatir la courbe. C’est la grande priorité évidemment », a dit le premier ministre.

On espère tous pouvoir rouvrir les frontières et recommencer à voyager dans les mois à venir. On va continuer de travailler avec nos partenaires aux États-Unis et à l’international pour veiller à ce que ce soit fait comme il faut.

Justin Trudeau

M. Trudeau n’a pas voulu annoncer un nouvel échéancier, affirmant encore que tous les Canadiens qui le souhaitent pourront être vaccinés au plus tard d’ici la fin de septembre.

O’Toole promet une enquête publique

Également mardi, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, s’est engagé à tenir une enquête publique sur les ratés de la gestion de la pandémie sous la houlette du gouvernement Trudeau s’il prend le pouvoir aux prochaines élections fédérales.

Dans l’intervalle, M. O’Toole a soutenu qu’il faut nommer un moniteur spécial issu du bureau de la vérificatrice générale afin d’évaluer au quotidien le mérite de chacune des décisions prises par les autorités fédérales pour venir à bout de la pandémie de COVID-19.

Alors qu’une troisième vague plus sévère déferle déjà sur le pays, M. O’Toole a fait valoir que le gouvernement Trudeau doit porter l’entière responsabilité de la gestion déficiente de cette crise sanitaire.

La lenteur du gouvernement libéral à mettre la main sur les doses suffisantes pour vacciner la population est l’une des causes principales d’une troisième vague plus sévère, selon lui.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur

En conférence de presse, mardi, le chef conservateur a affirmé que le Canada fait piètre figure au chapitre de la vaccination comparativement aux autres pays du G7.

« C’est une honte nationale », a lancé M. O’Toole, soulignant que le Canada arrive au 44e rang pour ce qui est de la pleine vaccination (deux doses), derrière des pays tels que l’Azerbaïdjan et le Costa Rica, selon une liste compilée par le New York Times.

« Nous sommes dans une troisième vague de la pandémie à cause de l’approche lente et confuse du gouvernement Trudeau. C’est pourquoi on va avoir une troisième vague plus sévère que les pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni », a analysé M. O’Toole.

Une enquête publique dirigée par un ancien juge permettrait de tirer des leçons des ratés de la gestion de la présente pandémie et donnerait au Canada les outils pour mieux se préparer à affronter une autre pandémie, a-t-il argué.