Québec resserre la vis en zone rouge et revient sur plusieurs allégements, devant la hausse des cas et la menace des variants. Les gyms devront fermer et l’école pour les élèves de troisième, quatrième et cinquième secondaire se fera de nouveau en alternance. Dès le 8 avril, il sera interdit aux résidants des zones rouge et orange de se rendre en zone jaune.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On veut vraiment agir de façon préventive », a martelé mardi le premier ministre François Legault, ajoutant que « de façon assez surprenante, on ne voit pas d’augmentation importante du nombre de cas » à Montréal. « C’est probablement une question de jours ou de semaines », a-t-il toutefois précisé.

Il affirme que les lieux « qui inquiètent le plus la Santé publique » sont les écoles, les lieux de culte et les maisons, où de nombreux rassemblements ont eu lieu pendant le long congé de Pâques ; la police aurait d’ailleurs remis trois fois plus de constats d’infraction pour rassemblement illégal pendant cette période. Selon M. Legault, le mois d’avril sera un « mois critique et crucial ». « Ça va être le mois de tous les dangers », a-t-il prévenu.

Dès lundi, Québec ordonne le retour à l’école secondaire en alternance pour les élèves de troisième, quatrième et cinquième secondaire en zone rouge, qui devront de nouveau basculer en mode virtuel une journée sur deux. « Malheureusement, la Santé publique nous demande aussi d’annuler les activités parascolaires à partir de lundi », a indiqué M. Legault.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Les gyms fermeront leurs portes en zone rouge dès jeudi.

Les gyms, eux, fermeront leurs portes en zone rouge dès jeudi, tandis que les lieux de culte seront limités à 25 personnes. Pour le moment, le couvre-feu reste fixé à 21 h 30, mais le gouvernement reconnaît avoir « jonglé avec l’idée » de le faire commencer plus tôt, à 20 h. M. Legault assure qu’il « n’hésitera pas » à revenir sur sa position si le nombre de cas et d’hospitalisations augmente.

Accès aux zones jaunes limité

Il sera par ailleurs « interdit de se déplacer vers les régions » en zone jaune, soit le Nord-du-Québec, la Côte-Nord, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, pour les habitants des zones orange et rouge, dès jeudi. Le cabinet du premier ministre indique qu’il y aura des « contrôles aléatoires » effectués par les policiers. Les autres déplacements demeurent « non recommandés ».

Tous les cinémas québécois devront aussi « assurer le respect d’une distanciation de deux mètres entre les sièges des personnes » n’étant pas du même ménage, tandis que les zones intérieures des spas devront fermer, à l’exception des bassins d’eau et des soins personnels en zone rouge. Enfin, dès le 12 avril en zone rouge, l’enseignement se fera « uniquement à distance » dans les cégeps et les universités, à l’exception des activités « qui doivent absolument se tenir en présence ».

Je préfère que la Santé publique s’ajuste pour la santé des Québécois, plutôt que de tenir mordicus à défendre une position parce qu’elle avait été choisie la semaine passée. Je trouve ça même courageux, jusqu’à un certain point.

François Legault, premier ministre du Québec, interrogé sur l’« effet yo-yo » de ses mesures

En zone orange, le masque sera obligatoire au primaire, dès les premières années. « Je sais que certains parents sont inquiets de l’impact chez les jeunes enfants, mais on le fait déjà en zone rouge et ça se passe très bien », a dit François Legault. Les lieux de culte passeront quant à eux de 250 à 100 personnes autorisées maximum. Les activités parascolaires ne pourront se tenir qu’en groupe-classe seulement.

« Les vaccins ne dorment pas »

En ce qui concerne la vaccination, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dit comprendre qu’il est « frustrant de voir qu’il y a des rendez-vous qui n’ont pas été comblés » dans les derniers jours, alors que des citoyens et des élus ont déploré le fait que des vaccinateurs se « tournaient les pouces » dans plusieurs secteurs. Mais la réalité, dit le ministre, est que la campagne de vaccination a changé.

« On est à un moment charnière parce qu’on passe d’une vaccination axée sur l’âge […] à une vaccination à risque de propagation. C’est très différent », a plaidé l’élu, assurant que « les vaccins ne dorment pas dans les congélateurs ».

M. Dubé a aussi annoncé que la vaccination serait ouverte aux personnes âgées de 60 ans et plus dans toutes les régions « d’ici la fin de la semaine ».

Suivront les catégories 8 et 9, soit les gens qui ont des maladies chroniques. Dès jeudi, les Québécois de 55 ans et plus qui le désirent pourront aussi recevoir une première dose du vaccin d’AstraZeneca. Environ 355 000 doses seront réservées à cette opération.

Pas de retour en zone orange

Le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, a confirmé que les villes de Québec, Lévis et Gatineau, « mises sur pause » jusqu’au 12 avril, ne retourneront pas en zone orange dans l’immédiat. « Ça ne serait pas logique », a-t-il dit, jugeant qu’il y a « 98 % des chances » que ces municipalités basculent en zone rouge à la levée des mesures d’urgence.

C’est une mesure choc et temporaire, donc c’est certain qu’on ne s’attend pas à voir son effet immédiatement.

Le DHoracio Arruda, directeur de santé publique du Québec

Il a aussi promis que les directeurs de santé publique pourraient fermer des établissements réfractaires pendant sept jours. « S’il y a de la transmission, ce sera pour 21 jours », a-t-il noté.

« On agit de façon chirurgicale, là où il y a un problème, a aussi martelé le Dr Arruda lorsque questionné au sujet des nouvelles restrictions. C’est un équilibre qui n’est pas facile. Si on serre trop, le monde débarque. »

Mardi, le nombre d’hospitalisations en raison de la COVID-19 a continué sa tendance à la hausse, les hôpitaux québécois comptant 11 patients de plus en raison de la pandémie. Le Québec a aussi rapporté 1168 nouveaux cas et quatre décès supplémentaires. Avec 290 nouveaux cas rapportés mardi, la Capitale-Nationale poursuit sa forte tendance à la hausse. Elle affiche désormais une moyenne quotidienne de 33,7 nouveaux cas pour 100 000 habitants.

« Pas de coupable »

« Il n’y a pas de coupable en tant que tel » en ce qui concerne les problèmes observés dans le système de santé au cours de la pandémie, a soutenu mardi la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, qui mène une enquête sur la gestion de la crise et la performance du réseau en vertu d’un mandat que lui a confié Québec. Elle estime que le gouvernement Legault a raison « en grande partie », disant qu’il n’a pas erré dans ses décisions et qu’il a plutôt hérité d’un système de santé défaillant. « Ils ont pris les meilleures décisions à mon sens compte tenu de la structure et de ce qui était en place », a-t-elle soutenu en entrevue avec La Presse mardi. Elle a rendu public un rapport présentant ses constats à la lumière de 456 témoignages qu’elle a reçus de travailleurs de la santé au sujet des problèmes vécus pendant la première vague il y a un an. Des problèmes dénoncés bien avant la pandémie, mais jamais réglés. Un rapport préliminaire de son enquête est attendu en juin.

Tommy Chouinard, La Presse