(Montréal) Malgré le manque de personnel, il n’y a pas eu de perte de contrôle au CHSLD des Moulins, a soutenu jeudi un médecin qui soignait des patients dans cette première résidence pour aînés à être étudiée par la coroner lors des audiences publiques sur les décès qui y sont survenus lors de la première vague de COVID-19 au Québec.

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne

Les témoins qui défilent depuis lundi devant la coroner sont unanimes : il n’y avait pas assez de personnel, depuis un certain temps, pour bien s’occuper des résidants au CHSLD des Moulins de Terrebonne.

Le décès de Lucille Gauthier, survenu le 12 avril 2020, a été choisi pour examiner la situation de cette résidence pour aînés. Ses filles se demandent si elle est morte de soif et de faim, faute de soins.

Mais selon le médecin traitant de la dame de 87 ans, celle-ci n’a pas pâti du manque d’employés causé par la COVID-19, car elle est morte au premier jour de l’éclosion à cet endroit, a-t-il déclaré.

Ce CHSLD n’est que le premier d’une série de résidences ciblées, un peu partout au Québec, pour enquêter sur ce qui s’est passé quand la COVID-19 a frappé au printemps dernier. Environ la moitié des décès causés par cette maladie sont survenus dans des résidences pour personnes âgées, a rappelé la coroner qui préside l’enquête, Me Géhane Kamel.

Le Dr Maxime Bach était le médecin de Mme Gauthier depuis son admission au CHSLD des Moulins, un établissement privé situé au nord de Montréal. Il l’a qualifiée de « patiente très malade » avec de multiples diagnostics, dont une anémie, une condition respiratoire, des problèmes vasculaires, un important trouble anxieux et une démence majeure.

Comme les employés de ce CHSLD qui ont déjà témoigné, il a fait état du manque de personnel depuis des années. « La problématique principale » à cet endroit, juge le médecin qui y soignait des patients depuis 2015.

Lors de la première vague de COVID-19, il estime qu’il n’y a jamais eu de perte de contrôle, et que le personnel a plutôt agi rapidement, en mettant une cellule de crise en place dès le 13 mars, avec des réunions quotidiennes impliquant la direction de l’établissement, afin de planifier et d’appliquer les nouvelles directives du ministère de la Santé. Le contact avec le CISSS de Lanaudière a rapidement été établi, a-t-il ajouté.

On craignait le moment où le virus allait entrer dans le CHSLD, a-t-il expliqué. Ça risquait d’être explosif, puisque ce sont des gens vulnérables qui y habitent. Lui-même et un autre médecin qui travaillent dans ce CHSLD ont toutefois dû se placer en isolement du 3 au 13 avril, mais demeuraient disponibles sur appel.

Mais « on n’a pas perdu le contrôle », a-t-il soutenu : les médecins et la direction savaient ce qu’ils faisaient.

Il rapporte que le manque de personnel a été ressenti plus durement lorsque l’éclosion a été déclenchée : des employés ont dû se placer en isolement et certains en provenance des agences refusaient d’y travailler vu l’éclosion. Les patients étaient alors tous dans leur chambre et la priorité du personnel était de les nourrir et de les hydrater. Les médecins aussi ont mis la main à la pâte. Il y avait alors deux médecins par jour, « tous les jours », dit-il.

Pour lui, le changement était énorme : « j’avais l’impression d’être dans un hôpital. On a transformé un CHSLD en milieu hospitalier ».

Pour ce qui est de Mme Gauthier, elle est revenue affaiblie au CHSLD le 23 mars, après un séjour à l’hôpital, a-t-il rapporté jeudi à la coroner.

Il n’était pas au courant de sa perte de poids mais souligne qu’un « glissement » ou un « syndrome d’épuisement post-hospitalisation » se produit souvent chez les patients à leur retour de l’hôpital. D’un point de vue médical, il n’y a pas grand-chose à faire, dit-il. Ici, cela a été en plus exacerbé par la COVID-19 qui a entraîné son isolement et l’absence de contact avec ses filles, qui ne pouvaient plus la visiter. Sans oublier le coronavirus qui s’est attaqué à son corps déjà affaibli.

« Son décès est lié à un ensemble de facteurs », a-t-il dit. Elle a aussi reçu dans les dernières semaines précédant son décès des diagnostics difficiles, dont une pneumonie d’aspiration et une insuffisance rénale : « elle ne s’en est pas remis ».

La portion de l’enquête de la coroner portant sur le CHSLD des Moulins est terminée. Elle reprendra le 12 avril avec un examen de ce qui s’est passé à la résidence privée pour aînés (RPA) Manoir Liverpool de Lévis.