(Québec) Cinq voyants rouges sont allumés sur le tableau de bord du gouvernement Legault qui envisage d’imposer de nouvelles restrictions en Outaouais, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans le Bas-Saint-Laurent, dans Chaudière-Appalaches et dans la Capitale-Nationale. Des doses supplémentaires de vaccin leur seront aussi envoyées dans l’espoir de freiner le début de la troisième vague et la progression des variants.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Ces régions qui sont toutes colorées à l’orange « sont sous haute surveillance », a lancé le François Legault mardi affirmant « suivre d’heure en heure » la progression « très préoccupante » de la pandémie de la COVID-19 dans ces secteurs du Québec. Une mise à jour pourrait survenir dès mercredi ou jeudi.

« Je suis très franc avec vous, actuellement, on a des scénarios pour augmenter malheureusement les restrictions dans les cinq régions qui sont difficiles actuellement », a déclaré le premier ministre sans en préciser le détail.

Ça pourrait aller plus loin que le rouge actuel. On pourrait revenir au rouge qu’on avait avant, puis à un couvre-feu à 20 h, par exemple. Même à certains endroits dans le monde, il y a un couvre-feu à 18 h. […] Au-delà de ce qu’on a actuellement dans l’orange, puis le rouge, il y a toutes sortes de mesures qui existent.

François Legault

À l’exception de l’ouverture des salles à manger, bien peu de mesures différencient maintenant la zone orange de la rouge avec les derniers assouplissements autorisés dans le palier d’alerte maximale.

Québec s’est aussi dit inquiet à l’approche de la fête de Pâques et a annoncé que la présence policière sera accrue pendant le long congé pour faire respecter les consignes sanitaires en place, notamment le couvre-feu et l’interdiction de se rassembler dans les domiciles privés.

« Pour l’instant, ce qu’on pense qui est plus important que d’ajouter des mesures, c’est de s’assurer que les mesures qui sont en place soient davantage respectées », a-t-il nuancé. M. Legault a affirmé que « certains sondages » de l’INSPQ ont démontré que chez « les jeunes adultes, il y en a la moitié qui ne respectent pas les consignes dans les maisons ».

Gatineau « très préoccupant »

Gatineau préoccupe particulièrement les autorités québécoises en raison de ses liens naturels avec la capitale fédérale où le bilan est aussi à la hausse. François Legault a même évoqué la possibilité « de mettre des barrages routiers » entre le Québec et l’Ontario, une option qu’il n’a pas retenue pendant la deuxième vague.

On est en discussion avec le gouvernement de l’Ontario pour essayer d’harmoniser les mesures entre Ottawa et Gatineau. Mais, la situation est inquiétante […] c’est là que la situation nous inquiète le plus [au Québec].

François Legault

Et signe que la situation évolue rapidement, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, demeure prudent. Son cabinet a indiqué à La Presse que l’élu « a pris la décision de s’exprimer dans les médias » seulement « une fois que les mesures restrictives seront annoncées », le cas échéant.

Dans la Capitale-Nationale, qui a doublé son taux de propagation en une semaine, les autorités estiment qu’en raison de sa forte capacité hospitalière, la région pourrait échapper à un resserrement des mesures. On y recense 13 cas par 100 000 habitants, tout près de Montréal (15,2 cas par 100 000 habitants), où la situation demeure stable.

Dans Chaudière-Appalaches, c’est la région de la Beauce qui connaît une forte augmentation de ses cas. La région a aussi plus que doublé son taux, se trouvant désormais à 9,9 cas par 100 000 habitants.

Le Québec a enregistré mardi 864 nouveaux cas de COVID-19 avec un nombre plus bas de prélèvements avec 23 427. « On peut donc penser qu’on est sur un rythme de 1000, 1200 nouveaux cas par jour », a résumé le premier ministre. On rapporte 7 décès supplémentaires. Les hospitalisations sont à la hausse avec 487 (+10), dont 126 aux soins intensifs (+6).

Roberval est le point chaud surveillé au Saguenay–Lac-Saint-Jean. La ville s’est « mise sur pause » jusqu’après le congé de Pâques. Des commerces et restaurants ont choisi de fermer d’eux-mêmes pour endiguer la crise. « Personne ne veut revenir en zone rouge », a indiqué la porte-parole de la Ville, Julie Drolet.

« On a besoin d’aide »

La propagation s’est accélérée au Bas-Saint-Laurent depuis une semaine. On enregistre désormais quotidiennement 18 nouveaux cas par 100 000 habitants, soit cinq fois plus que la semaine précédente. Le secteur de Kamouraska – Rivière-du-Loup où toutes les écoles sont fermées jusqu’au 5 avril est particulièrement affecté.

« On a besoin d’aide, il faut qu’on reconnaisse qu’il se passe quelque chose ici », a lancé la mairesse de Rivière-du-Loup, Sylvie Vignet. « Depuis six jours, la transmission est très accrue, à 35-40 cas par jour, surtout dans la MRC de Rivière-du-Loup. Au moins 70 % des cas sont des variants, c’est majeur », prévient l’élue.

Mme Vignet s’est dite « rassurée » par les propos du premier ministre qui a reconnu mardi l’urgence de la situation dans sa région. Elle réclame plus de vaccins dès que possible.

On a pris des actions concrètes, mais malgré tout ça, les cas rentrent et rentrent. C’est important que la vaccination arrive vite.

Sylvie Vignet, mairesse de Rivière-du-Loup

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a confirmé mardi que plus de doses de vaccin seront redirigées rapidement de Montréal vers les cinq régions les plus touchées, d’abord l’Outaouais et le Bas-Saint-Laurent. « On est en discussion […] mais je vous dirais que ça va être entre 15 000 et 20 000 doses qui vont être déplacées là-[bas] », a-t-il précisé.

Lorsque la pandémie prenait de la vitesse à Montréal à la mi-février, Québec avait aussi ordonné qu’on envoie plus de doses de vaccins dans la métropole.

Et malgré de nouveaux aléas avec le vaccin d’AstraZeneca, Christian Dubé a assuré garder le cap sur l’objectif d’avoir vacciné tous les Québécois qui le souhaitent d’ici le 24 juin prochain. En entrevue avec La Presse lundi, le DArruda indiquait que cette cible serait « compromise ». Il s’est finalement ravisé mardi, s’excusant de « la confusion » que ses propos ont pu semer.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse