Ils sont les « nouveaux vulnérables ». Si le Québec connaît le même scénario que l’Europe, les jeunes seront les plus durement touchés par la troisième vague de la COVID-19. Une catastrophe annoncée pour le système de santé, mettent en garde des experts.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Ils sont plus téméraires, ils ont de grands cercles sociaux et ils ne sont pas vaccinés. Les jeunes pourraient être les prochains à subir les ravages du nouveau coronavirus. « C’est un groupe d’âge qui n’est pas inquiet de nature, qui se croit invincible », fait remarquer le Dr François Marquis, chef des soins intensifs de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Pour les jeunes, la troisième vague serait un « comportement à risque », comme les excès de vitesse au volant. Les accidents peuvent arriver, mais ils paraissent si improbables qu’ils sont rarement pris en compte.

Pourtant, face à la montée des variants, plus contagieux que la souche originale, le risque est bien réel. Le DMarquis parle d’une simple équation mathématique.

Plus il y aura de jeunes infectés, plus, nécessairement, dans le lot, il y aura des cas de maladie extrêmement sévères.

Le DFrançois Marquis, chef des soins intensifs de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

Le cas de la France lui donne raison. Ces dernières semaines, une hausse inquiétante des jeunes dans les lits des soins intensifs y a été signalée, de même qu’en Belgique et, plus près, en Ontario.

La Dre Nathalie Grandvaux, chercheure en infection virale au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, suit d’un œil attentif les régions frappées par la troisième vague. « Cela change le portrait des conséquences de la pandémie, et il faudrait rapidement communiquer cette information pour que chaque personne plus jeune prenne conscience des nouveaux risques », juge-t-elle.

Coup dur pour le système de santé

Pour la Dre Amélie Boisclair, ce n’est qu’une question de temps avant que la vague frappe son unité des soins intensifs à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne. En quelques jours, tous ses lits se sont remplis. Par des patients plus jeunes et très malades. « Au début, les personnes étaient malades parce qu’elles étaient vieilles, puis parce qu’elles avaient des comorbidités. C’est difficile d’accepter que des jeunes soient aussi malades. Tout le monde a le réflexe de se protéger », raconte-t-elle au bout du fil, au terme d’une autre journée difficile.

Elle a soigné des patients avec des enfants en bas âge, des patients pour lesquels elle devait en référer aux parents.

Ce n’est vraiment pas le fun. Quand c’est du monde de ton âge, ça te rentre dedans.

La Dre Amélie Boisclair, des soins intensifs de l’hôpital Pierre-Le Gardeur

Et pas seulement moralement. Le DFrançois Marquis s’inquiète de l’engorgement du système de santé par cette jeune clientèle.

« Un jeune aux soins intensifs a beaucoup plus de résistance qu’un patient âgé. À maladie égale, il va toujours encaisser plus », explique le DFrançois Marquis. Le jeune patient est malade plus longtemps et consume une quantité phénoménale de ressources. En additionnant cette situation à la pénurie de personnel soignant, le DMarquis craint le pire. Un triage avancé. « Ça, ce serait une catastrophe. Faire du triage avec des mères et des pères de famille, ça fait encore plus mal. Il y a un risque réel de dérapage », prévient-il.

Au front, le moral des troupes est à plat. Pour la Dre Amélie Boisclair, rien ne les préparait à une pandémie, et encore moins à une troisième vague. « La solidarité de groupe est d’une grande puissance, mais il nous faut un armistice. »