Les avantages du vaccin d’AstraZeneca demeurent bien plus grands que ses risques, a conclu l’enquête de l’Agence européenne des médicaments (EMA) jeudi en signalant toutefois des symptômes qui devraient inciter les patients vaccinés à consulter. Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, dit se fier d’abord à ses propres experts, alors qu’à Ottawa, on négocie un accord grâce auquel les États-Unis pourraient prêter 1,5 million de doses de ce vaccin au Canada.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

« C’est beau, l’expérience européenne, mais je me fie beaucoup à la Santé publique [du Québec] », a commenté M. Dubé après avoir été vacciné Palais des congrès de Montréal, jeudi après-midi.

Il n’y a « pas d’augmentation du risque général de caillots sanguins avec ce vaccin », mais « il y a encore des incertitudes », a résumé la présidente du comité d’évaluation des risques de l’EMA, la Dre Sabine Straus, jeudi.

Sur près de 20 millions de personnes vaccinées, l’enquête européenne a enregistré 18 cas de caillots dans des vaisseaux drainant le sang en provenance du cerveau (CVST en anglais) et sept cas de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD). Neuf de ces cas se sont traduits par des décès, en majorité de femmes dont la plupart avaient moins de 55 ans. Les cas rapportés chez les moins de 50 ans durant la période couverte par l’enquête sont plus nombreux que ce à quoi on se serait attendu chez des patients n’ayant pas reçu le vaccin, mais ce taux de référence est difficile à estimer, car il s’agit d’affections rares, a prévenu l’EMA.

Les données ne sont donc « pas suffisantes pour conclure si ces évènements indésirables sont causés par le vaccin ou non », mais la situation sera suivie de près, a indiqué la Dre Straus.

L’EMA a donc recommandé aux patients vaccinés de consulter immédiatement en cas de symptômes comme ceux-ci : souffle court, douleur à la poitrine ou au ventre, enflure ou froideur à un bras ou une jambe, vision embrouillée ou mal de tête grave ou qui empire après la vaccination, saignement persistant, multiples petites ecchymoses, taches rouges ou violacées, petites taches hémorragiques sous la peau (pétéchies).

Au Québec, quel que soit le vaccin reçu, « il y a un suivi qui est fait par la Santé publique sur ce qu’on appelle les exceptions, donc ce qui arrive quand quelqu’un fait une thrombose ou peu importe », a indiqué le ministre Christian Dubé en rappelant que ces cas « sont envoyés au registre central pour en tenir compte ».

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, après avoir reçu sa première dose du vaccin d’AstraZeneca, jeudi

Un cas de thrombose en Montérégie

Dimanche dernier, un homme de 79 ans de la Montérégie a reçu une dose du vaccin d’AstraZeneca en matinée et a dû quelques heures plus tard être transporté à l’hôpital, victime d’une thrombose veineuse cérébrale. Il est soigné aux soins intensifs, mais on ne craint pas pour sa vie, a fait savoir un de ses proches. Il devra toutefois se soumettre à un mois de réadaptation. L’homme en question a fait plusieurs AVC dans le passé, selon ce proche, qui ne comprend pas que, malgré ces antécédents, on ait tout de même décidé de lui administrer le vaccin d’AstraZeneca. « Ne devrait-on pas adopter le principe de précaution dans un cas comme ça ? », demande le proche du patient, qui mentionne qu’une déclaration d’incident indésirable a été faite à Santé Canada.

Questionné pour savoir si le cas de ce patient de la Montérégie incitait le gouvernement à réétudier le vaccin d’AstraZeneca, Christian Dubé a répondu jeudi après-midi : « Non, pas du tout. Il va y en avoir, des cas comme ça. La statistique qu’on suit, le chiffre qu’il faut retenir de ces effets-là qui peuvent arriver, c’est environ 4 cas sur 100 000. Donc, c’est sûr qu’il va y en avoir. » Le proche du patient de la Montérégie juge cette réponse « inacceptable ».

Ce n’est pas logique de ne pas prendre de précautions particulières.

Proche d’un patient ayant fait une thrombose après avoir reçu un vaccin

Au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, on indique que, jusqu’à maintenant, 82 204 doses du vaccin d’AstraZeneca, appelé Covishield, ont été administrées au Québec et qu’« aucune manifestation clinique inhabituelle (MCI), comme des cas de thrombose ou d’évènement grave », n’a été rapportée. Le Ministère affirme que « pour le moment, rien ne démontre que le cas de thrombose [dont a été victime le patient de la Montérégie] soit directement en lien avec l’administration du vaccin Covishield ».

À Santé Canada, on mentionne que jusqu’à maintenant « plus de 3,4 millions de doses de vaccins contre la COVID-19 ont été administrées au Canada et aucun problème d’innocuité n’y a été signalé ».

En tout, huit déclarations d’accidents thromboemboliques ont été faites à Santé Canada, soit six pour des personnes qui ont reçu le vaccin de Pfizer/BioNTech, une pour le vaccin de Moderna et une pour le vaccin d’AstraZeneca. « Il n’y a actuellement aucune preuve que ces accidents sont liés au vaccin », indique Santé Canada, qui ajoute que « aucun des effets signalés ne porte à croire que le vaccin présente un problème d’innocuité ».

Santé Canada mentionne que « ces types d’accidents thromboemboliques (comme les accidents vasculaires cérébraux) ne sont pas inattendus au sein de certaines populations clés qui ont été priorisées dans les premiers mois de la campagne de vaccination […] et qu’il n’y a actuellement aucune preuve que ces accidents sont liés au vaccin ».

Prêt américain en vue

Le vaccin d’AstraZeneca n’ayant pas encore été approuvé aux États-Unis, l’administration Biden travaille à un plan de « prêt » qui pourrait permettre au Canada de mettre la main sur 1,5 million de doses, a annoncé la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki, jeudi.

Essentiellement, le Canada recevrait 1,5 million de doses des États-Unis et leur rendrait la pareille plus tard. Le cabinet de la ministre fédérale de l’Approvisionnement, Anita Anand, a confirmé qu’un accord visant un « échange » était en négociation.

« La réalité est que la pandémie ne connaît pas de frontières. Faire en sorte que nos voisins puissent contenir le virus est une étape critique », a plaidé la porte-parole de la Maison-Blanche, sans fournir de précisions sur le calendrier de ces possibles livraisons.

Reprise de la vaccination en Europe

La France et l’Italie ont annoncé la reprise de la vaccination avec le vaccin d’AstraZeneca, suspendue le temps de l’enquête, dès ce vendredi.

La Norvège et la Suède ont pour leur part décidé d’attendre. Une équipe médicale norvégienne a indiqué jeudi avoir vu un lien entre le vaccin d’AstraZeneca et des caillots observés chez des patients tombés dans un état grave. Cet élément n’a pas été inclus dans l’enquête européenne terminée mercredi soir, mais fera partie du suivi, a indiqué l’Agence européenne des médicaments.

Avec l’Agence France-Presse