Patients qui inscrivent un faux code postal pour se faire vacciner à Montréal, portail qui propose d’aller dans une autre région, possibilité d’inscrire une fausse date de naissance : le système de prise de rendez-vous pour la vaccination n’est pas à toute épreuve.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Des personnes […] ont contourné délibérément le mécanisme. Pour se faire vacciner à Montréal, ils donnent un faux code postal montréalais », nous a indiqué une porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Annie Dufour. « C’est un enjeu très délicat pour nous. »

Montréal n’a pas de chiffres sur le phénomène, qui a été détecté sur des lieux de vaccination lorsque des patients ont révélé leur stratégie. « Nous sommes en discussion avec le Ministère pour pallier le problème », a dit Mme Dufour la semaine dernière.

« Il est difficile de quantifier ce problème », a reconnu le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) par courriel. La vaccination ayant démarré dans toutes les régions, « on peut s’attendre à ce que ce problème disparaisse de lui-même », fait-il valoir.

Montréal a cependant des critères plus larges. Depuis vendredi dernier, les personnes de 65 ans et plus peuvent y prendre rendez-vous, contre 70 ans et plus ailleurs. Le portail Clic Santé demande de faire partie du groupe prioritaire, sans quoi, « une fois rendu sur place, vous vous verrez refuser l’accès au vaccin ». Les sites de vaccination ne demandent toutefois pas de preuve de résidence.

« L’obligation de présenter une preuve de résidence signifierait que les personnes “sans-papiers”, les itinérants et les visiteurs ne pourraient obtenir le vaccin », explique le MSSS.

Invités et découragés

Dans certains cas, c’est le système lui-même qui invite le résidant à aller ailleurs.

Lorsque Diane Binette, d’Inverness, dans le Centre-du-Québec, a inscrit son code postal, Thetford Mines est apparue comme ville la plus proche — alors que c’est en Chaudière-Appalaches. Allait-on l’accepter sur place ?

Mme Binette a téléphoné au CISSS de Chaudière-Appalaches, où, au terme d’une longue attente, on lui a donné un rendez-vous non seulement à Thetford Mines, mais également à une date rapprochée.

Belle surprise et service impeccable ! Mais la question demeure pour toutes les personnes qui, comme moi, habitent à la frontière de deux régions.

Diane Binette

Cela peut notamment arriver aux résidants à proximité de la Capitale-Nationale, du Bas-Saint-Laurent, de l’Estrie et de la Mauricie–Centre-du-Québec, nous a indiqué le CISSS de Chaudière-Appalaches.

Le MSSS dit être « conscient que, dans de rares situations », des centres de vaccination d’autres régions sont proposés. Mais « nous décourageons [les] gens de prendre des rendez-vous en dehors de leur région administrative pour une question d’équité », souligne le Ministère, rappelant que les doses sont attribuées en fonction de la population et de la situation épidémiologique. « Des travaux sont en cours afin de corriger la situation dans le système. »

Les Québécois qui ont pris rendez-vous dans une autre région par erreur, ou à la suite d’un problème du système, « pourront être vaccinés », note le MSSS.

À Montréal, les résidants de l’extérieur qui ont inscrit un faux code postal n’ont pas été refusés, dit Mme Dufour.

Contrat moral pour l’âge

Pour l’âge, déclaré au moyen d’une date de naissance, le système de rendez-vous dépend aussi de la bonne foi.

Il n’y a pas de moyen, pour nous, de vérifier sur l’internet si vous nous donnez la vérité.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, en point de presse la semaine passée

Il a demandé « aux gens d’avoir le contrat moral de bien donner leur âge lorsqu’ils réservent ».

Le système demande d’inscrire le numéro d’assurance maladie, qui confirme la date de naissance, mais offre aussi une case permettant d’indiquer qu’on ne possède pas de carte d’assurance maladie.

Les personnes qui ne satisfont pas au critère d’âge du groupe prioritaire « seront refusées », indique le site. Mais si la carte d’assurance maladie est demandée aux sites de vaccination, « elle n’est pas obligatoire », reconnaît le Ministère. « Presque toutes les personnes qui ont un rendez-vous pour la vaccination ont un numéro d’assurance maladie et présentent leur carte », affirme toutefois le MSSS.

Au cabinet du ministre Dubé, on estime qu’il n’y a pas d’enjeu avec l’âge et on n’envisage pas de contrôles supplémentaires aux sites de vaccination. « On se fie sur la bonne foi des citoyens. Le ministre rappelle que les Québécois ont été exemplaires et solidaires tout au long de la pandémie », a indiqué par courriel son attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau.