Les camps de vacances pourront-ils ouvrir leurs portes cet été ? Si le gouvernement demeure muet jusqu’ici, des organismes et des experts pressent les autorités de se positionner. Ils plaident que leur tenue est essentielle pour atténuer les impacts « les plus néfastes » de la pandémie sur la santé et le bien-être des jeunes.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« En termes d’interactions sociales, la dernière année a été vraiment faible pour nos jeunes. C’est pourtant une partie essentielle de leur développement psychologique et physique. Il faut agir », presse le directeur des maladies infectieuses pédiatriques à l’Hôpital de Montréal pour enfants, le DEarl Rubin.

Avec près de 90 spécialistes, médecins et pédiatres, M. Rubin signe ce lundi une lettre ouverte dans La Presse pour demander à Québec d’autoriser la réouverture des camps de vacances, qui sont restés fermés l’an dernier. « Après 12 mois de pandémie, nous croyons qu’il est en notre devoir, en tant que société, d’offrir à nos jeunes l’été qu’ils méritent, loin de l’angoisse de la crise sanitaire », implorent-ils.

Médecin dans les camps de vacances depuis plus de 30 ans, le DRubin dit être à même de constater qu’un protocole sanitaire strict peut être imposé dans ces installations. « On pourrait exiger que les enfants aient un test PCR négatif 48 heures avant leur arrivée au camp. Les jeunes pourraient aussi faire une quarantaine à un certain degré, de sept à dix jours avant de venir au camp. Quand l’école se termine, on pourrait minimiser leurs interactions avec d’autres enfants », soutient-il.

Je recommanderais aussi un autre test au jour 5. Il y aurait des bulles ou des cohortes jusqu’au jour 10. Ensuite, le camp pourrait fonctionner comme il l’a toujours fait, à l’exception que personne n’entre et personne ne sort.

Le DEarl Rubin, de l’Hôpital de Montréal pour enfants

Il n’est pas « essentiel » que les enfants portent le masque au sein de leur bulle, mais si une personne extérieure à celle-ci doit intervenir, elle devrait alors porter le couvre-visage, ajoute le médecin. « Je crois vraiment que c’est possible. Les enfants et les parents n’aimeront pas nécessairement, mais c’est une année unique. Et l’an dernier, nos enfants ont payé trop cher », dit-il.

Un indice, une consigne ?

À l’Association des camps du Québec (ACQ), le directeur général Éric Beauchemin se dit « touché » par la mobilisation des experts. « Un soutien pareil, pour nous, c’est remarquable. Ça montre qu’il faut se poser la question sérieusement. On a eu le feu vert pour scénariser nos camps de jour, maintenant on le veut pour nos camps de vacances. Nos protocoles seront stricts. Ce sera un modèle de zone rouge extrême », promet-il.

« Il va falloir qu’on ait un indice, à un moment donné. On aimerait savoir d’ici la mi-avril, si on a des chances de rouvrir. Nous, on pense que oui. Et tous les spécialistes sont d’accord », ajoute M. Beauchemin, qui promet toutefois de « rester réaliste » dans ses discussions avec le gouvernement. D’ailleurs, l’ACQ se prépare déjà, se disant persuadée que des allégements viendront éventuellement.

On est déjà en mode recrutement et on prend les intentions des parents. Ce qu’on veut, c’est d’avoir l’heure juste pour savoir si on continue ou si on arrête le train. Mais on est déjà sorti de la gare.

Éric Beauchemin, directeur général de l’ACQ

Appelé à réagir, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dit comprendre les préoccupations soulevées, mais affirme qu’aucune décision n’est prise pour le moment. « Nous comprenons tout à fait que la population se pose des questions sur les camps de vacances […] et nous sommes conscients que la population attend les recommandations », a écrit sa porte-parole, Marie-Louise Harvey.

Elle ajoute que la Santé publique « évalue quotidiennement la situation », mais « qu’il est encore trop tôt pour se prononcer ». Des annonces pourront être faites « en temps et lieu », soulèvent les autorités, sans vouloir s’avancer davantage.

« Ç’a été dramatique l’été dernier »

Pour Christiane Prince, mère de famille de Longueuil, la fermeture des camps de vacances, l’été dernier, a été « dramatique » pour sa fille de 12 ans. « Il y a deux ans, le camp Edphy avait été une révélation dans sa vie. Elle s’était beaucoup épanouie, avait découvert ce que c’était d’être loin de ses parents, ce qu’était la liberté. Ça lui a donné envie de voyager, bref ça a vraiment allumé quelque chose », résume la maman.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Christiane Prince et ses enfants, qui veulent aller au camp de vacances cet été.

Ostéopathe de profession, Mme Prince est « persuadée » que l’application des mesures est possible dans un camp de vacances, où l’encadrement est déjà assez strict. « C’est l’été et ils sont à l’extérieur, donc c’est aussi plus facile de l’appliquer. Malgré tous les arrêts, la seule chose qui a fait pleurer ma fille, c’était son camp de vacances. Plus que de ne pas aller à l’école », insiste-t-elle.

Dans l’île de Montréal, les deux enfants de Josée Chabot, un garçon de 13 ans et une fille de 16 ans, fréquentent depuis des années le camp de vacances Le P’tit Bonheur, dans les Laurentides. « Pour eux, ce moment de l’été, c’est sacré. C’est un rituel auquel ils sont très, très attachés », résume la Montréalaise.

Elle espère que le gouvernement réalisera l’importance de « donner de l’oxygène » à nos jeunes. « Ça me désole qu’on n’ait toujours pas de réponse, et ça me déprime pour la santé de mes enfants. Les camps sont prêts à prendre les mesures, quitte à devoir porter un masque, à être moins nombreux. Bref, il y a des accommodements. Adoptons-les et allons de l’avant », conclut Mme Chabot.