(Québec) Alors que la vaccination s’accélère, le gouvernement Legault évoque le retour des visites à la maison « une fois que tous les 65 ans » et plus auront reçu une première dose du vaccin contre la COVID-19. Un objectif qui serait atteint d’ici la mi-mai.

Mis à jour le 10 mars 2021
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

François Legault a ouvert mardi la porte à la possibilité d’autoriser de nouveau les visites à domicile, encouragé par les arrivages attendus de vaccins au Québec. « Je me dis, une fois que tous les 65 ans vont être vaccinés, j’espère qu’on va pouvoir commencer à avoir de la visite à la maison », a lancé le premier ministre.

Évoquant des discussions avec le directeur national de santé publique du Québec, le DHoracio Arruda, sur le sujet, M. Legault a ajouté : « [Le DArruda] semblait dire oui, avec des réserves, évidemment. »

La prise de rendez-vous pour la vaccination pourrait d’ailleurs être élargie aux 65 ans et plus — à Montréal seulement — « d’ici environ une semaine », a-t-on précisé au cabinet du premier ministre après la conférence de presse. À Montréal et à Laval, la vaccination des 70 ans et plus est déjà amorcée.

On veut aller aux 65 ans et plus le plus rapidement possible.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Des plages horaires seront aussi ajoutées cette semaine dans le Grand Montréal avec l’arrivée plus importante de vaccins. Partout dans la province, on vaccine les 75 ans et plus.

Le Québec doit recevoir encore 1,1 million de doses de vaccin d’ici la fin de mars, pour un total de 1,7 million de doses depuis décembre. C’est plus que prévu, alors que la province devait, initialement, en avoir reçu quelque 1,3 million en date du 31 mars.

Dans l’ensemble de la province, le groupe des 65 ans et plus pourrait ainsi être vacciné (première dose seulement) d’ici la mi-mai. « Si on est capables de battre ça […], j’aimerais ça », a ajouté le ministre Dubé.

Il est trop tôt, donc, pour envisager des visites à domicile afin de célébrer Pâques, au début d’avril, a affirmé le DArruda, voulant tempérer les attentes. « Dès qu’on va considérer que notre épidémiologie est assez contrôlée, qu’on a une couverture vaccinale qui est assez élevée, avec certaines consignes […], on va probablement permettre à deux familles de se voir », a-t-il nuancé.

Le bout du tunnel

La vaccination des 65 ans et plus viendra néanmoins changer la donne au Québec, s’est réjoui M. Legault, laissant entrevoir le bout du tunnel, notamment pour le Grand Montréal, qui est encore au palier d’alerte maximale.

« Quand on va avoir vacciné tous les plus de 65 ans, puis ces deux-là [le DArruda et le ministre Dubé] ne veulent pas trop mettre de date, là, mais, mettons, un gros mois, ça change la situation complètement. On espère qu’on va être capables d’annoncer des bonnes nouvelles à Montréal », a-t-il lancé.

Comme l’a évoqué M. Legault, le DArruda est d’avis qu’il serait possible d’autoriser certaines visites à domicile « avant qu’on ait reçu les deux doses » de vaccin.

Il réagissait ainsi à la décision des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux États-Unis, qui ont indiqué mardi que des groupes de personnes pourraient désormais se réunir sans porter le masque et sans respecter la distanciation physique après avoir reçu les deux doses du vaccin contre la COVID-19.

« Il y a moyen de se rencontrer en appliquant d’autres éléments » que ceux avancés par les CDC, a affirmé le DArruda.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, a pour sa part soutenu mardi que le Canada n’était pas encore prêt à imiter les CDC.

La Dre Tam estime qu’il y a encore trop d’inconnues, dont l’effet des variants de la COVID-19 et celui des vaccins sur la propagation du coronavirus. « Je pense que nous devons adopter une approche réfléchie, mais il est important de faire évoluer notre approche en matière de santé publique à mesure que de plus en plus de Canadiens se font vacciner », a-t-elle soutenu.

Des experts mitigés

Pour le virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM Benoit Barbeau, l’autorisation des visites sera éventuellement réaliste, mais il faudra encore patienter un moment. « Pour y arriver, on doit quand même s’assurer collectivement que la situation reste stable dans les 10 prochains jours, une fois qu’on aura une meilleure compréhension des impacts de la semaine de relâche », dit-il.

À l’École de santé publique de l’Université de Montréal, l’épidémiologiste Hélène Carabin l’appuie. « C’est certain que le risque est bien moindre chez une personne vaccinée, et plus on pourra vacciner [de personnes], moins le virus circulera. Mais il demeure qu’il y a un risque », soutient-elle.

En fait, tant que le virus ne sera pas éliminé, le risque zéro n’existera pas.

Hélène Carabin, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

« Tout dépend aussi des facteurs de risque de la personne qu’on visite. L’autoriser, c’est peut-être raisonnable dans certaines circonstances, quand on sera rendus là. Pour l’instant, je n’irai pas leur faire un gros câlin, à mes parents, même s’ils ont été vaccinés. Je veux d’abord qu’ils augmentent leur immunité », ajoute-t-elle.

« Un arsenal assez bien garni »

Québec doit recevoir cette semaine 200 000 doses de vaccin, dont 113 000 doses du vaccin d’AstraZeneca. Il s’agit du premier arrivage de ce troisième vaccin homologué par Santé Canada. De cette cargaison, quelque 20 000 doses serviront à vacciner les populations vulnérables directement à leur domicile.

« On commence à avoir un arsenal assez bien garni », a souligné M. Dubé. « [Les vaccins] de Pfizer, on va les prendre pour nos cliniques de masse ; Moderna, c’est pour nos pharmacies ; puis AstraZeneca, notamment à domicile. C’est vraiment la façon dont on va répartir nos trois fournisseurs pour le moment », a-t-il ajouté.

La vaccination doit s’accélérer considérablement partout dans la province au cours du mois. Dans la dernière semaine de mars, le Québec doit recevoir 440 000 doses.

Au sujet du vaccin de Johnson & Johnson, qui a obtenu le feu vert de Santé Canada le 5 mars dernier, le premier ministre Justin Trudeau a reconnu que le Canada avait été averti de problèmes de production. Le gouvernement n’a toujours pas de date pour la réception des premières livraisons.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse mardi

« Nous avons entendu dans de nombreuses conversations avec Johnson & Johnson qu’il exist[ait] des défis autour de la production du vaccin Janssen, mais nous continuerons à collaborer avec eux », a-t-il insisté.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, et Gloria Lallouz, résidante du CHSLD Maimonides, à Montréal, le 14 décembre dernier

Deuxième dose en cours au CHSLD Maimonides

À Côte-Saint-Luc, les résidants du CHSLD Maimonides, où s’est amorcée la vaccination à Montréal, ont commencé à recevoir la deuxième dose du vaccin mardi. « La première moitié de quelque 300 résidants [ont reçu] leur deuxième dose aujourd’hui. L’autre moitié [la recevra] demain », a indiqué un porte-parole du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Carl Thériault. De son côté, la porte-parole du groupe de défense des résidants de Maimonides, Joyce Shanks, a accueilli la nouvelle en demi-teintes. « C’est un soulagement et ça nous donne espoir, certes, mais est-ce qu’on est contents ? Disons que c’est un grand mot. Il a fallu se battre pendant des mois pour obtenir quelque chose pour lequel on avait signé un contrat, un consentement. On devait avoir cette deuxième dose 21 jours après la première, initialement », a-t-elle rappelé. Les résidants du CHSLD Saint-Antoine et du centre gériatrique Maimonides, qui ont été les premiers vaccinés en décembre dernier, reçoivent leur deuxième dose du vaccin comme prévu à la mi-mars, malgré le fait que Québec a choisi de reporter le délai d’administration de la deuxième dose.

Henri Ouellette-Vézina, La Presse