La vaccination prévue cette semaine dans une des plus grandes résidences pour aînés du Québec est reportée à cause d’une éclosion de COVID-19. Une décision qui « n’a pas de sens », selon la direction de l’établissement, qui ne comprend pas pourquoi ses résidants n’ont pas déjà été vaccinés alors qu’ils auraient dû être prioritaires.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

« La vaccination, c’est l’arme contre la COVID-19. Et là, c’est comme si on n’avait pas d’arme », dit Katarina-Darkise Marcil, vice-présidente Expérience Client aux Résidences Soleil, propriétaire de l’établissement.

Après plusieurs semaines d’attente, les locataires des 706 appartements du Manoir Laval, une tour de 23 étages sur le boulevard de L’Avenir, devaient recevoir leur première dose les 4 et 5 mars.

Mais voilà que depuis quelques jours, l’établissement est aux prises avec une éclosion. Selon le CISSS de Laval, il y avait 14 cas positifs chez les résidants et les membres du personnel en date de mardi. Un dépistage massif est en cours. Tous les locataires et les employés sont testés.

Résultat : pas de vaccin. « Le CISSS de Laval a pris la décision de reporter la vaccination afin de protéger les résidants et de diminuer la propagation possible du virus », explique la porte-parole, Marie-Eve Despatie-Gagnon.

Dépister ou vacciner, pourquoi choisir ?

Une décision accueillie avec stupéfaction par la direction, qui aurait souhaité profiter du dépistage pour vacciner en même temps. « C’est plus que de la déception. On ne comprend pas », dit Mme Marcil. Selon elle, les protocoles de tests, pour lesquels des employés font du porte-à-porte d’appartement en appartement, sont exactement les mêmes que pour la vaccination. Pourquoi ne pas en profiter pour faire les deux ?

Mais surtout, on ne s’explique pas que la vaccination n’ait pas été complétée avant même la nouvelle éclosion.

Le dossier tarde énormément. On est prêts depuis au moins huit semaines. Les formulaires de consentement sont signés. Les familles sont avisées. Nos chariots mobiles sont prêts. On appelle le CISSS tous les jours pour leur dire qu’ils peuvent venir n’importe quand. Ça n'a pas de sens que la vaccination soit ouverte à la population, mais que notre résidence ne soit pas vaccinée.

Katarina-Darkise Marcil, vice-présidente Expérience Client aux Résidences Soleil

Selon l’ordre officiel de priorisation publié sur le site du gouvernement du Québec, les habitants des résidences pour aînés (RPA) viennent après ceux des CHSLD et des ressources intermédiaires et après les travailleurs de la santé en contact avec les usagers, mais avant la population générale. Or, à Laval, la vaccination de masse est commencée depuis une semaine chez les gens de 85 ans et plus, et depuis quelques jours pour ceux de 70 ans et plus.

Respecter la séquence

Le CISSS de Laval assure procéder à la vaccination sur son territoire « en respectant la séquence gouvernementale, en fonction de la disponibilité des ressources humaines et des doses », dit Marie-Eve Despatie-Gagnon. D’autres régions procèdent encore à la vaccination dans les RPA même si la vaccination a commencé dans la population.

Aux Résidences Soleil, propriétaire de 14 établissements au Québec, le Manoir Laval est le seul où l’immunisation n’est pas entamée, sauf à deux étages sur 23 réservés à une clientèle particulièrement vulnérable. « On a des résidences qui sont vaccinées depuis janvier », dit Mme Marcil.

Denise Bélanger, résidante du Manoir, a accueilli la nouvelle du report avec frustration. Elle non plus ne comprend pas pourquoi des amis qui vivent hors résidence ont pu avoir un rendez-vous pour un vaccin alors qu’elle n’a pas eu le sien.

« On se sent un peu délaissés. On s’occupe de nous quand le feu est pris », dit-elle.

Après un an de stress. Après un an passé à s’inquiéter de se retrouver à l’hôpital, ou pire, si elle attrapait le virus, elle voyait arriver l’injection avec un grand soulagement. « Disons que je suis un peu à bout. Ma ressource émotive est à son minimum. »