(Ottawa) Près de deux semaines après avoir instauré un système de quarantaine à l’hôtel, Ottawa est incapable de dire combien d’amendes ont été imposées aux voyageurs qui n’avaient pas de réservations à leur arrivée.

Catherine Lévesque
La Presse Canadienne

Quatre jours après la première demande de La Presse Canadienne, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a fini par admettre qu’elle ne disposait pas de ces données.

À leur arrivée au Canada, dans un des quatre aéroports internationaux désignés par le gouvernement fédéral, les voyageurs sont tenus de présenter leur plan de quarantaine aux agents frontaliers avant de se rendre à leur hôtel de quarantaine. S’il y a un pépin, le voyageur est renvoyé à un membre du personnel de l’ASPC.

Dans un récent courriel, l’Agence des services frontaliers du Canada a bien pris soin de préciser que « la décision de prendre ou non des mesures d’application liées aux ordonnances de santé publique incombe à l’ASPC ».

« Lorsque des questions se posent sur l’état de santé d’un voyageur ou sur ses documents, ou encore relativement à son plan de mise en quarantaine, le voyageur est renvoyé à un membre du personnel de l’ASPC qui prendra la décision définitive », a indiqué la porte-parole Rebecca Purdy.

Lundi, l’ASPC a reconnu qu’elle « inflige des amendes aux personnes qui refusent de se conformer aux exigences relatives à la quarantaine et aux tests ou porte des accusations contre elles » et que « plusieurs contraventions avaient été données pour de telles infractions ».

« Soulignons qu’il faut du temps pour traiter et diffuser l’information sur ces mesures d’application », a précisé la porte-parole Tammy Jarbeau.

Jeudi, toujours impossible de savoir combien de contraventions avaient été données aux voyageurs qui ne respectent pas les règles du gouvernement fédéral depuis l’entrée en vigueur de la quarantaine à l’hôtel.

« On n’a pas ces chiffres », a fini par admettre Éric Morrissette, responsable des relations avec les médias à Santé Canada, lors d’un appel téléphonique.

M. Morrissette a soutenu qu’il est difficile de suivre à la trace les contrevenants, parce que leurs cas sont souvent référés aux autorités compétentes dans la province où ils habitent. Et ils peuvent aussi recevoir des contraventions par la poste après coup.

L’ASPC n’a pas, non plus, un portrait complet de l’application de la Loi sur la quarantaine depuis le début de la pandémie.

Du 25 mars 2020 au 28 février 2021, elle dit être au courant de 186 contraventions, 25 infractions punissables par procédure sommaire, 362 avertissements verbaux et 46 avertissements écrits.

« Les forces de police locales ne sont pas tenues d’envoyer des informations à l’ASPC […]. Ainsi, il peut y avoir des mesures d’application de la loi qui ne sont pas prises en compte dans les données que l’ASPC possède dans ses dossiers », a écrit Mme Jarbeau.

Questionné au sujet de l’absence de données fédérales sur les amendes, le premier ministre Justin Trudeau a répondu que « le système n’est pas là pour punir les gens, le système n’est pas là pour donner des amendes et recueillir des fonds ».

« Le système est là pour s’assurer que les Canadiens sont en sécurité, qu’on est en train d’empêcher l’importation du virus et, à ce niveau-là, on est en train de se concentrer sur l’efficacité de ces mesures et d’assurer qu’effectivement, les gens sont protégés le plus possible. C’est ce à quoi tous les Canadiens s’attendent de leur gouvernement », a-t-il soutenu.

M. Trudeau a ajouté que son gouvernement publie régulièrement des données sur les mesures mises en place. « On va continuer de mettre la transparence et donc la confiance dans nos institutions de l’avant comme priorité pour notre gouvernement », a-t-il dit en guise de conclusion.