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Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Les raisons pour recevoir le vaccin ne manquent pas, et tant le ministère de la Santé que l’INSPQ et la communauté scientifique en général martèlent que tous ceux qui sont en mesure de se faire vacciner devraient aller chercher leur dose.

Mais y a-t-il des cas où la vaccination n’est pas recommandée ?

La réponse courte : très, très peu. Le vaccin cause relativement peu de réactions allergiques graves et n’interfère généralement pas avec la prise de médicaments.

Mais voyons voir de plus près.

Allergies : des soupçons pour le polyéthylèneglycol

Lise Danis et Germain Dubois sont allergiques à la pénicilline. « Je lis différentes informations qui me suggèrent de ne pas recevoir le vaccin », dit M. Dubois. Nicole Blain, elle, a une intolérance aux œufs, une condition qui amène certaines personnes à craindre les vaccins cultivés à l’aide d’œufs – ce n’est toutefois pas le cas des trois vaccins disponibles contre la COVID-19.

Dans ces deux cas, il n’y a aucune contre-indication à recevoir le vaccin, assure le DNicholas Brousseau, président du Comité sur l’immunisation du Québec. C’est généralement le cas pour la presque totalité des allergies respiratoires, alimentaires ou aux médicaments.

La seule vraie contre-indication au vaccin contre la COVID-19, c’est une allergie à l’un de ses composants.

Le DNicholas Brousseau, président du Comité sur l’immunisation du Québec

Cette liste d’ingrédients n’est pas très longue (une dizaine d’éléments) et contient des substances peu susceptibles de causer des allergies. Le principal ingrédient susceptible de causer une réaction allergique (de la réaction cutanée peu sévère à l’anaphylaxie dans les cas les plus graves) est le polyéthylèneglycol (PEG), un produit relativement commun qu’on trouve notamment dans des laxatifs et des sirops contre la toux. « C’est très rare, mais les gens qui sont allergiques à ce produit ne devraient pas prendre le vaccin avant d’avoir une évaluation », dit le DBrousseau. Le vaccin d’AstraZeneca ne contient pas de PEG mais du polysorbate, un composé semblable.

> Consultez la liste des composantes du vaccin contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech

Mais même si elles sont « extrêmement rares », les réactions allergiques au vaccin à la COVID-19 sont un peu plus fréquentes qu’avec les autres vaccins, précise néanmoins le DBrousseau.

Selon une étude menée en décembre par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) aux États-Unis, la proportion de réactions allergiques au vaccin est de 1 réaction par 100 000 doses administrées, ou 11,1 chocs anaphylactiques par million de doses administrées. À titre de comparaison, les vaccins contre la grippe provoquent environ 1,3 choc anaphylactique par million de doses. Le temps moyen d’apparition des symptômes allergiques dans l’étude des CDC était de 13 minutes après l’administration de la dose. Toutes les 66 personnes qui ont fait une réaction allergique pendant la période étudiée par les CDC (du 14 décembre au 18 janvier) s’en sont remises – la grande majorité ont reçu une injection d’épinéphrine.

Ainsi, les autorités sanitaires américaines avisent les personnes qui ont déjà, par le passé, eu une réaction allergique à un vaccin ou un médicament injectable de rester un peu plus longtemps en observation que les 15 minutes habituelles. « Ce n’est pas une contre-indication, c’est une précaution », précise le DBrousseau.

La vaccination est recommandée par le Comité sur l’immunisation du Québec pour les personnes qui souffrent d’une maladie auto-immune ou démyélinisante (comme la sclérose en plaques) parce que les bénéfices surpassent les risques.

Même chose pour les personnes qui auraient souffert du syndrome de Guillain-Barré ou d’un syndrome oculo-respiratoire à la suite d’une vaccination contre la grippe. « Dans ce cas, les personnes doivent en effet prendre des précautions avec le vaccin contre la grippe. Mais le vaccin contre la COVID-19 est d’une technologie complètement différente », dit le DBrousseau. Il n’y a pas d’indication que ces personnes souffriraient du même type de réaction avec le vaccin contre la COVID-19, dit-il.

« Règle générale, résume le DMoshe Ben-Shoshan, allergologue au CUSM, les risques de développer une forme grave de la COVID-19 sont plus grands que celui de développer une réaction allergique au vaccin. »

Vacciner les immunosupprimés

Une lectrice, Marie-Hélène Gélineault, doit suivre une médication d’immunosuppresseurs pour soigner la maladie de Crohn. D’autres lecteurs qui prennent aussi des médicaments biologiques s’inquiètent d’une possible interférence avec le vaccin. « Je sais que les vaccins “vivants” peuvent poser problème et ne sont pas recommandés dans mon cas », écrit Mme Gélineault. Mais qu’en est-il du vaccin contre la COVID-19 ?

Les personnes dont le système immunitaire est affaibli, en raison d’une maladie ou d’une médication, ont avantage à recevoir le vaccin contre la COVID-19, dit le DNicholas Brousseau. « On veut bien protéger ces personnes », dit-il.

« Les déficits immunitaires sont très rares, et habituellement, ce n’est pas une contre-indication pour ne pas recevoir le vaccin », ajoute le DMoshe Ben-Shoshan.

Les personnes immunosupprimées doivent en effet éviter les vaccins « vivants », ces vaccins où le virus de la maladie est affaibli avant d’être injecté. C’est le cas notamment des vaccins contre la rougeole. « Ces vaccins sont plus dangereux pour les personnes qui ont un déficit immunitaire, puisque chez elles, même un virus faible peut provoquer une maladie sévère », dit le DBen-Shoshan.

« Mais les vaccins à ARN messager [la technologie utilisée dans les vaccins Pfizer et Moderna] ne sont pas des vaccins vivants », rappelle le DBrousseau. Ils ne contiennent pas non plus d’adjuvant, cet élément ajouté à certains types de vaccins pour augmenter la réponse immunitaire.

Par contre, les spécialistes ne s’attendent pas à voir le vaccin atteindre le même taux d’efficacité chez des personnes immunosupprimées que chez des personnes en bonne santé. « Plus leur système immunitaire est affaibli, plus il est possible que leur réponse au vaccin soit moins robuste, dit le DBrousseau. Mais le vaccin procurera quand même une protection, et c’est pourquoi on le recommande. »

Le cas des femmes enceintes

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une « maladie », mais la grossesse est une condition sur laquelle les autorités sanitaires n’ont pas émis de recommandation ferme en faveur de la vaccination, parce que les données à leur sujet sont encore à l’étude. En règle générale, les experts suggèrent aux femmes enceintes de discuter des risques et bénéfices de la vaccination avec leur médecin. Ce qui ne veut pas dire que la vaccination est à proscrire : des travailleuses de la santé enceintes, qui risquent donc d’attraper la maladie, ont reçu le vaccin. Par ailleurs, les experts s’entendent pour affirmer que les bénéfices de la vaccination surpassent les risques pour les femmes qui allaitent.

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