Coup d’envoi pour la campagne de vaccination de masse. À Laval, les premières doses de vaccin contre la COVID-19 ont commencé à être administrées aux usagers de 85 ans et plus, vers midi. Première à entamer l’opération, la Santé publique régionale s’attend à recevoir un achalandage important au cours des prochains jours.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On est l’une des régions qui a reçu le plus de doses, étant donné que notre niveau de contagion est l’un des plus élevés au Québec. C’est ce qui nous a permis de pouvoir commencer dès aujourd’hui », explique la directrice de la vaccination de Laval, Isabelle Parent. Jeudi, la région a enregistré 113 nouveaux cas.

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Isabelle Parent, directrice de la vaccination de Laval

Le CISSS prévoit de vacciner 322 personnes jeudi, puis 622 vendredi, samedi et dimanche. Dès lundi, on anticipe d’inoculer jusqu’à 800 personnes par jour, et ce jusqu’à la fin de la campagne. « Ce matin, on a eu des gens qui se sont présentés sans rendez-vous. Ça fait mal au cœur de les retourner, mais on ne peut pas les accepter. Le nombre de doses est calculé en fonction du nombre de rendez-vous. Et comme le vaccin est fragile, on ne peut pas se permettre de décongeler des doses », soutient Mme Parent.

Celle-ci assure que les personnes âgées plus « isolées » ou « vulnérables » ont été contactées, via une liste des usagers connus en soutien à domicile. « On a aussi un système en place pour le transport, avec les organismes communautaires », dit Mme Parent, ajoutant que le principal défi reste la pénurie de personnel. « On arrive, avec des bouts de chandelle, à combler nos quarts de travail. Mais on veut recruter le plus possible pour fonctionner à plein régime », insiste-t-elle.

« Je vais vers l’avant »

Gisèle Fortaich a été la première à recevoir une dose du vaccin contre la COVID-19, au Quartier Laval. « Je me sens très bien. C’était important pour moi, parce que j’ai eu la COVID-19, et j’avais hâte d’avoir le vaccin. Ça a très bien été », a commenté la femme de 85 ans, peu après avoir reçu la première dose.

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Gisèle Fortaich a été la première à recevoir une dose du vaccin contre la COVID-19, au Quartier Laval.

Mme Fortaich dit se compter « chanceuse » d’être encore en santé, malgré tout. Elle avoue d’ailleurs être « restée longtemps à l’hôpital » lorsqu’elle a contracté la maladie, mais envisage de plus beaux jours, avec l’arrivée de la vaccination populationnelle. « Je vois l’avenir pour le meilleur. Je l’ai passé, je me dis que c’est fait. Et là je vais vers l’avant », a-t-elle lâché avec le sourire.

À l’extérieur, Fernand Beaupré, 88 ans, patientait avec plusieurs autres dans la file d’attente pour recevoir son vaccin, lorsque La Presse l’a rencontré. « Ce sont mes enfants qui ont appelé et qui ont eu un rendez-vous pour moi, raconte-t-il. Ça protège tout le monde. Tout le monde doit se faire vacciner. »

Déjà des imperfections

Pour le directeur de santé publique de Laval, le DJean-Pierre Trépanier, il faudra forcément s’adapter au fil des prochains jours. « On doit roder le système, s’assurer que tout fonctionne bien. Dans tout système qui commence, il peut y avoir des éléments auxquels on n’avait pas pensé. Il faut être capable de s’adapter rapidement », avoue-t-il.

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Dr Jean-Pierre Trépanier, directeur régional de la santé publique de Laval

Sur les réseaux sociaux, des usagers ont d’ailleurs fait part jeudi des difficultés à inscrire un accompagnateur sur le portail Clic Santé, cette option ne se retrouvant nulle part. « Nous travaillons actuellement à régler ce problème », a dit la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

« On sait que la prise de rendez-vous pour les accompagnateurs a peut-être suscité des questionnements. La façon dont le questionnaire était fait, ça pouvait porter à confusion », a renchéri le ministre de la Santé, Christian Dubé, en point de presse. Il a promis que ce « petit ajustement » sera fait cette nuit, et que le problème sera résolu à compter de vendredi matin.

L’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, a aussi signalé un « problème informatique pour prendre rendez-vous », mais a ensuite remercié le gouvernement pour avoir « réglé la situation en moins de deux », ce qui lui a valu des critiques sur les réseaux sociaux. Contacté par La Presse, M. Coderre a fait valoir qu’il avait simplement signalé un problème informatique. Les équipes du ministre « ne m’ont pas donné de rendez-vous pour mes parents », a-t-il dit.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a pour sa part refusé l’étiquette de « favoritisme » envers l’ancien maire de Montréal, en confirmant néanmoins avoir reçu un appel de M. Coderre. « Vous devriez voir le nombre d’appels que j’ai reçus ce matin. À chaque fois, nous avons simplement indiqué comment faire », a soulevé l’élu caquiste. « Il n’y a pas eu de favoritisme du tout », a-t-il insisté.

M. Trépanier, lui, précise que ses équipes seront « tributaires » de l’approvisionnement en doses. « On veut que ça continue à arriver de façon régulière pour qu’on soit capables de maintenir la cadence », dit-il. Alors qu’aux États-Unis, des vaccins ont déjà commencé à être administrés en pharmacies, le Québec devra éventuellement « diversifier la façon dont sont administrées les doses », prévient le DTrépanier. « Je sais que c’est en réflexion. Ce type de milieu-là, donc les pharmacies et les grandes entreprises notamment, pourrait être appelé à contribuer », avance-t-il.

Pour ce qui est de vacciner à domicile, il va falloir attendre un vaccin dont la fiole a seulement une dose, parce qu’actuellement, les fioles ont six doses. Avec une personne qui habite seule, on serait mal pris. Et on n’a pas encore l’autorisation du fabricant de transporter le vaccin.

Isabelle Parent, directrice de la vaccination à Laval

Trois sites dédiés ont été mis sur pied dans le secteur, dont le principal est situé au Quartier Laval, sur le boulevard le Corbusier. Un autre se trouve au SmartCentres, boulevard Robert-Bourassa, puis un dernier au Méga Centre Notre-Dame, sur l’autoroute Chomedey.

Du « rodage » au Stade olympique

Dans l’est de la métropole, les équipes préparaient de leur côté le terrain, jeudi, en vue du lancement de la campagne populationnelle dans les prochains jours. « Nous avons commencé à roder notre site de vaccination du Stade olympique. Depuis ce matin, nos employés, des médecins âgés de 70 ans et plus ainsi que la clientèle qui reçoit des soins ou des services à domicile ont été invitées à se faire vacciner », précise le porte-parole du CIUSSS, Christian Merciari.

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Il affirme que « certaines clientèles jugées prioritaires, telles que les personnes habitants des HLM, sont aussi actuellement vaccinées dans le cadre de nos activités de rodage ». La vaccination des citoyens âgés de 85 ans, elle, débutera lundi dans le secteur.

À l’échelle du Québec, la prise de rendez-vous est pour le moment ouverte aux personnes âgées de 85 ans et plus, soit celles nées en 1936 ou avant. Les proches aidants de 70 ans et plus qui accompagnent ces usagers pourront en théorie être vaccinés en même temps.

D’ici un maximum de deux semaines, le gouvernement espère avoir terminé la vaccination dans ce groupe d’âge. L’opération s’étendra ensuite aux groupes d’âge sur une base décroissante.

- Avec Philippe Teisceira-Lessard et La Presse Canadienne