Dans les pénitenciers, la deuxième vague a déferlé plus brutalement que la première. Au pénitencier Archambault, à Sainte-Anne-des-Plaines, on recense 54 cas actifs de COVID-19.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

De la fin mars à la fin mai 2020, 361 détenus ont été infectés à travers le Canada, alors qu’entre novembre 2020 et février 2021, 880 cas étaient recensés.

Lorsqu’ils ne représentent pas de risque excessif pour la sécurité, les détenus âgés ou présentant des problèmes médicaux devraient obtenir des libérations anticipées.

C’est entre autres ce que recommande MIvan Zinger, enquêteur correctionnel du Canada, qui publie aujourd’hui un rapport faisant le point sur la deuxième vague de COVID-19 dans les pénitenciers fédéraux.

Que ce soit dans les pénitenciers fédéraux visés par ce rapport ou dans les prisons provinciales, la COVID-19 a été particulièrement difficile pour les détenus, qui ont vu les divers programmes visant leur réinsertion dans la société être annulés.

À divers endroits, les prisonniers ont souvent été confinés 23 heures sur 24 dans une cellule exigüe à vivre dans une grande oisiveté et sans recevoir de visite. Encore aujourd’hui, dans les pénitenciers fédéraux, « l’assouplissement des restrictions, la reprise des programmes, le rétablissement des visites ainsi que l’ouverture des gymnases, des cours et des bibliothèques se font lentement, de manière incohérente et inégale », écrit MZinger.

Les programmes n’ont pas largement repris et « les listes d’attente sont longues pour accéder à toute une série de services en santé, en particulier les soins dentaires ».

Comme la deuxième vague a été particulièrement virulente dans les Prairies, « le nombre et la proportion d’Autochtones ayant contracté le virus ont augmenté de façon spectaculaire, peut-on lire. Plus précisément, alors qu’ils ne représentaient que 21,5 % des infections lors de la première vague, les détenus autochtones comptent pour 57,1 % des personnes ayant reçu un résultat positif au cours de la deuxième vague ».

Mince consolation, « les six établissements qui ont connu une éclosion lors de la première vague n’ont pas signalé de réinfection ».

L’enquêteur correctionnel relève par ailleurs que la vétusté relative des établissements semble y être pour quelque chose. Au Pénitencier de Saskatchewan, dans le secteur à sécurité moyenne – la plus ancienne section – le virus s’est répandu comme une traînée de poudre, tandis que la transmission dans le plus neuf secteur à sécurité maximale « a été plus lente, moins virulente et plus contenue ».

« Dans ce secteur, le système de ventilation est plus moderne, les cellules sont munies de portes et les milieux de vie collectifs sont plus petits », précise MZinger.

Comme déjà mentionné dans La Presse, on compte au Canada plus de 3800 cellules vides, « soit l’équivalent de sept pénitenciers de taille moyenne », relève MZinger.

Le grand nombre de cellules vides s’explique en partie par la COVID-19, qui a notamment ralenti la cadence des tribunaux, mais pas uniquement.

L’ancien gouvernement de Stephen Harper, qui avait promis de serrer la vis en matière de crimes, avait promulgué des lois prévoyant entre autres des peines plus sévères et des libérations conditionnelles plus difficiles à obtenir. Estimant que cela amènerait de plus longues peines et un accroissement du nombre de détenus, le gouvernement avait allongé plusieurs millions pour faire agrandir des pénitenciers. Or, la mise en application des lois n’a pas entraîné, dans les faits, d’augmentations significatives du nombre de prisonniers.

« Il est temps de réaffecter le personnel et les ressources afin de mieux soutenir une réinsertion sociale sûre, saine et en temps opportun des délinquants et d’examiner la fermeture progressive de certains pénitenciers vétustes ».