(Ottawa) Une troisième vague plus violente que les précédentes guette le Canada si les provinces délaissent trop rapidement les mesures de confinement en vigueur, a averti vendredi l’Agence de la santé publique du Canada.

Mis à jour le 19 févr. 2021
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Des variants du nouveau coronavirus sont apparus dans toutes les provinces et une contamination communautaire a été signalée dans au moins cinq d’entre elles.

Une nouvelle explosion des cas est donc à prévoir au cours des prochaines semaines, si les autorités procèdent à un relâchement trop rapide des mesures de confinement, a indiqué l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique, la Dre Theresa Tam, notant que les nouveaux variants étaient 50 % plus transmissibles.

Alors que l’on voit le nombre de cas diminuer au pays depuis quelques semaines, la Dre Tam a invité les gouvernements à la plus grande prudence.

« Le nombre de cas quotidiens a diminué de façon régulière durant les dernières semaines, mais avec une moyenne nationale actuelle d’environ 2900 nouveaux cas déclarés chaque jour, le nombre de cas est encore 60 % plus élevé que lors de la première vague. Avec l’émergence et la propagation des nouveaux variants, nous savons que si nous ne maintenons pas des mesures de santé publique, nous pourrions ne pas être en mesure d’éviter une nouvelle accélération de l’épidémie au Canada », a indiqué l’administratrice en chef.

Le nombre de cas quotidien pourrait facilement dépasser les 8500 cas par jour qui ont été rapportés alors que la deuxième vague était à son sommet, a dit la Dre Tam. Selon les nouvelles modélisations, la troisième vague pourrait atteindre les 20 000 cas quotidiens. Et cela aurait pour effet de mettre à rude épreuve le système de santé à travers le pays et entraînerait une nouvelle augmentation des décès liés à la COVID-19.

Nous sommes à un point critique de la pandémie. Nos efforts ont commencé à faire pencher la balance en notre faveur alors que l’activité globale de la maladie est en déclin et que les premières campagnes de vaccination sont en cours. En même temps, les variants sont apparus et se répandent dans tout le pays et menacent nos progrès.

La Dre Theresa Tam, administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada

Certaines provinces, comme le Québec, ont entrepris d’assouplir les mesures de confinement. Mais plusieurs experts affirment qu’il est trop tôt pour le faire, alors que la campagne de vaccination au pays commence à peine.

Trudeau lance lui aussi un appel à la prudence

Le premier ministre Justin Trudeau a abordé la question du déconfinement durant sa conférence téléphonique avec ses homologues provinciaux jeudi.

M. Trudeau a repris à son compte l’appel à la prudence de l’Agence de la santé publique vendredi alors qu’il faisait le point sur la pandémie. Il a rappelé les graves conséquences de l’apparition d’un variant du virus à Terre-Neuve-et-Labrador, où le vote en personne des élections provinciales qui devaient avoir lieu samedi dernier avait dû être annulé.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« On a vu, comme à Terre-Neuve, à quel point ça peut se propager rapidement avec ces nouveaux variants. Donc, nous devons être prêts et avoir de nouveaux outils. Les provinces commencent à regarder à changer certaines mesures. On doit en ajouter d’autres, plus de tests de dépistage, par exemple, plus de réponses rapides quand il y a une éclosion dans un endroit particulier », a affirmé M. Trudeau.

Le premier ministre a soutenu que les provinces prenaient « ça très au sérieux » et que ses homologues étaient conscients du danger que représentent les variants. Mais il n’est pas question qu’Ottawa leur impose une ligne de conduite. « Ils cherchent toujours à trouver ce bon équilibre. Comme j’ai dit depuis le début, le gouvernement fédéral n’est pas là pour juger les efforts des provinces », a-t-il dit.

« Évidemment, c’est une situation difficile pour tout le monde. On est tannés, on est frustrés, on veut pouvoir voir la fin de cette COVID-19. On va devoir tenir bon encore plusieurs semaines. Ma priorité, c’est de continuer d’être là et de travailler avec les provinces pour pouvoir passer à travers », a-t-il aussi déclaré.