(Québec) Québec mise sur l’utilisation des tests rapides pour réduire le risque d’éclosions dans les milieux de travail. Les entreprises pourront désormais se doter d’une réserve de ces tests pour lancer un processus de dépistage dès l’apparition de symptômes chez un travailleur. Une mesure saluée par le secteur économique.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Le gouvernement Legault a annoncé mercredi qu’il mettait à la disposition des entreprises privées les tests rapides envoyés par le fédéral. Québec en possède quelque 2,6 millions, mais se montre très prudent depuis plusieurs semaines quant à leur utilisation, soulignant qu’ils « étaient moins fiables » que les tests « réguliers ».

« La Santé publique avait des inquiétudes sur la fiabilité des tests rapides depuis longtemps. Ce qui a été long à faire, mais c’est réglé depuis le début janvier, c’était de [déterminer] dans quelles circonstances on pouvait les utiliser de façon appropriée sans créer un problème », indiquait encore jeudi dernier le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Il promettait de revenir « avec un plan clair » dès cette semaine.

Selon la nouvelle stratégie de Québec, une entreprise qui le souhaite pourra donc adresser une demande au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) afin d’obtenir une trousse de tests rapides pour se constituer un stock. Une évaluation sera effectuée par la suite pour déterminer si l’entreprise respecte une série de conditions et de critères précis.

Notamment, « la pertinence, la faisabilité du projet et la vulnérabilité du milieu » seront évaluées par les autorités de santé publique. « L’entreprise devra également démontrer que toutes les mesures de prévention et de contrôle des infections sont déjà en place et respectées rigoureusement », a-t-on ajouté. Le milieu de travail doit aussi avoir accès à un professionnel de la santé « dûment habilité pour faire les prélèvements nasopharyngés et nasaux [chez] son personnel ».

Plus simple pour la grande entreprise

« C’était clair pour nous que l’entreprise doit avoir sur place des infirmières pour administrer le test », a réagi la présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx. « [En ce sens], c’est davantage la grande entreprise qui va pouvoir s’en prévaloir, parce que généralement la PME n’a pas nécessairement du personnel médical sur le site. Néanmoins, ça permet quand même à ceux qui ont de grands volumes de travailleurs d’y avoir accès s’ils le veulent », nuance-t-elle.

MEQ se réjouit de l’annonce alors que l’accès aux tests rapides était réclamé par ses membres. « Ça va prendre une certaine forme de flexibilité pour que les entreprises qui en ont besoin y aient accès. […] C’est vraiment un outil de plus de notre coffre pour faire de la prévention », illustre Mme Proulx.

Selon les données de l’INSPQ, les industries manufacturières demeurent à ce jour le secteur avec la plus forte proportion de milieux de travail en situation d’éclosion.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) affirme qu’il s’agit d’une « excellente nouvelle » pour prévenir et combattre la COVID-19 dans les milieux de travail. Le président-directeur général, Charles Milliard, estime que « le secteur privé peut jouer un rôle pour le dépistage ».

En cas d’éclosion majeure, il faut noter que les entrepreneurs peuvent toujours communiquer avec la Santé publique pour qu’une clinique mobile de dépistage soit déployée sur les lieux de travail. Dans ces cliniques, on utilise les tests PRC.

Une directive a été envoyée lundi à l’ensemble des établissements de santé afin de les préparer à accompagner les entreprises qui voudront obtenir des trousses. Cette nouveauté ne signifie pas, par ailleurs, la fin du télétravail obligatoire, souligne le MSSS, qui rappelle que les tests rapides sont un outil « complémentaire ».

Un site internet est aussi créé pour donner de l’information aux entreprises privées.

« Quatre mois perdus », selon les libéraux

Le Parti libéral du Québec qui réclame depuis plusieurs semaines que les tests rapides soient déployés massivement, notamment dans les écoles, déplore que « quatre mois » aient été « perdus » par Québec.

« Résultats ? Des conditions et un échéancier inconnus pour les entreprises. Rien pour les écoles. Ni pour les milieux de soins. Ni pour les asymptomatiques », a critiqué la porte-parole libérale en matière de santé, Marie Montpetit, sur Twitter.

Les tests rapides sont pour l’heure utilisés dans le cadre de « projets de démonstration » dans deux écoles secondaires de Montréal. Les travailleurs de la santé, y compris les vaccinateurs, auront bientôt droit à des tests de dépistage rapides, a fait valoir le MSSS. Les détails de ce déploiement seront dévoilés prochainement, indique-t-on.

En janvier, un comité d’experts créé par le gouvernement Legault avait recommandé de déployer progressivement, dans certaines circonstances, les tests rapides, qui « peuvent avoir une place de choix dans le contrôle de la pandémie ».