La vitesse à laquelle augmenteront les cas de variants au Québec dépendra largement du respect des mesures sanitaires par la population, estime l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dans ses projections présentées mercredi matin.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Pour les prochaines semaines, l’INSPQ prévoit différents scénarios allant d’une stabilisation du nombre de nouveaux cas de COVID-19 à environ 1000 par jour à une hausse exponentielle pouvant atteindre 2000 cas par jour avec l’arrivée d’un nouveau variant qui deviendrait prédominant en mars.

« La suite de ce qu’on peut voir avec les variants, c’est encore incertain. Ça dépend du comportement de tout le monde. Et ça dépend aussi du nombre de variants qui circulent présentement », affirme Marc Brisson, qui dirige le Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses de l’Université Laval. Il estime que les gens doivent rester « très vigilants parce qu’on peut avoir une situation où ça monte très rapidement ».

Dans son analyse, l’INSPQ établit que le variant britannique est « de 1,2 à 1,8 fois plus transmissible que la souche de base » du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19. L’ampleur de l’augmentation des cas dans les prochaines semaines dépendra notamment de l’adhésion aux mesures sanitaires par la population, « particulièrement aux mesures [concernant] les visites et les rassemblements à domicile » et la distanciation au travail, explique Marc Bisson.

Selon l’INSPQ, les mesures mises en place par Québec depuis le 8 janvier ont permis de limiter la transmission d’un nouveau variant dans la région de Montréal.

Mais le virus est tout de même présent, notamment dans les écoles. « C’est dans ces milieux-là qu’on pourrait potentiellement voir le variant en premier », note M. Bisson.

Variants déjà présents

Mercredi matin, Québec a mis à jour le nombre de cas présomptifs de variants à travers la province. Ce nombre, qui était de 86 mardi, est passé à 135. « Il y a déjà des éclosions de variants. Il y a des cas à Laval. Plusieurs cas à Montréal. Quelques cas en Abitibi », dit la Dre Jocelyne Sauvé, vice-présidente associée aux affaires scientifiques à l’INSPQ.

M. Brisson souligne d’ailleurs que la baisse générale des cas de COVID-19 observée ces jours-ci au Québec « peut cacher une hausse de cas de variants ».

Le portrait exact de la présence de variants au Québec ne peut toutefois être établi avec précision puisque la province est en train d’étendre son programme de criblage. Les projections de l’INSPQ pour les prochaines semaines présentent des intervalles d’incertitude assez larges. Ces projections, en outre, ne tiennent pas compte des assouplissements aux mesures sanitaires présentées mardi par Québec et prévues pour la relâche scolaire.

L’INSPQ a toutefois tenu compte du fait que la vaccination a débuté et devrait s’accélérer dans les prochaines semaines. D’ailleurs, même si une hausse importante de cas survenait, l’INSPQ estime que la hausse des hospitalisations ne serait peut-être pas aussi importante puisque, justement, la vaccination de populations vulnérables est en cours.

L’importance de traquer les variants

Microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill, le DRaymond Tellier explique qu’il est actuellement « critique » d’identifier rapidement les cas de variants au Québec « parce qu’on a encore espoir de contenir ces variants plus contagieux ». « Sinon, il y a un risque de se retrouver comme le Royaume-Uni […] On a une petite fenêtre actuellement pour donner une chance à la vaccination et contenir le virus », dit-il.

Y a-t-il possibilité de voir un jour apparaître un variant résistant aux vaccins ? « On n’est pas à l’abri », affirme la Dre Sauvé. Jusqu’à maintenant, les vaccins de Pfizer et de Moderna fonctionnent contre les variants, note le DTellier. « Mais si on laisse le virus courir, on court le risque d’avoir un virus qui échappe à la couverture vaccinale », dit-il. Tant la Dre Sauvé que le DTellier soulignent que les vaccins à ARN messager utilisés contre la COVID-19 sont toutefois « plus faciles à mettre à jour pour s’adapter aux variants ».

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