(Québec et Ottawa) Québec concentre ses efforts de vaccination à Montréal et retranche 6 % des doses destinées à la province pour les acheminer dans la métropole, où il veut « donner un grand coup » pour ralentir la propagation de la COVID-19. Montréal gagnera 13 620 doses supplémentaires d’ici deux semaines.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
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La métropole, qui récupère habituellement environ 31 % des doses de vaccin reçues à l’échelle du Québec, en touchera maintenant 37 %, et ce, pour au moins deux semaines, a-t-on indiqué au cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. La cible de 37 % pourrait par ailleurs évoluer selon les besoins et l’état de la pandémie.

Avec cette nouvelle répartition, qui a obtenu le feu vert de la Santé publique, la métropole recevra donc 84 000 doses de vaccin plutôt que 70 370 d’ici le début de mars. Ottawa doit livrer cette semaine 91 000 doses de vaccin au Québec, puis 136 000 doses la semaine suivante.

Le ministre Dubé a affirmé jeudi vouloir « accélérer » la vaccination à Montréal, « parce que c’est là que ça se passe » actuellement.

« On en discute avec l’équipe du D[Horacio] Arruda depuis quelques semaines, surtout avec la baisse des vaccins », a-t-il indiqué en conférence de presse, soutenant qu’il « y a[vait] une certaine logique » à distribuer davantage de vaccins dans l’épicentre de la pandémie, alors que la situation se stabilise dans la province.

La menace des variants n’est pas non plus étrangère à la décision du gouvernement Legault de « s’attaquer » à la métropole rapidement. Québec veut donner un coup d’accélérateur dans les résidences privées pour aînés (RPA) et chez les travailleurs de la santé. La vaccination dans les CHSLD est terminée depuis la fin de janvier (notons qu’il s’agit de la première dose seulement).

C’est une solution qui a « absolument du sens », estime la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva. « Il faut en donner plus à ceux qui en ont le plus besoin », assure-t-elle, rappelant le contexte de doses toujours limitées au Québec.

Il vaut mieux donner [plus de doses de vaccin] où il y a plus de transmission communautaire, contrairement à des endroits comme la Gaspésie où il y a un ou deux cas qui se perdent ici et là, et où ils n’[en] ont pas tellement besoin, si on respecte bien les consignes sanitaires.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Jusqu’à présent, les doses étaient distribuées au prorata de la population « malgré la situation épidémiologique différente » d’une région à l’autre, a indiqué le ministère de la Santé et des Services sociaux. Des ajustements sont apportés pour tenir compte des communautés isolées et autochtones qui sont jugées prioritaires ainsi que de la surreprésentation du nombre de travailleurs de la santé.

Dans les établissements régionaux consultés par La Presse lundi, on en est généralement à la vaccination des résidants de RPA et des travailleurs de la santé. On n’avait pas non plus reçu d’informations voulant que les arrivages prévus soient révisés à la baisse en raison des efforts concentrés à Montréal.

« Nous n’avons eu aucune information là-dessus pour l’instant », a indiqué le responsable des relations médias au CISSS du Bas-Saint-Laurent, Gilles Turmel. En Outaouais, le CISSS indique qu’on « ajuste le calendrier en fonction des doses reçues ». Idem au CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean : « Nous nous ajustons constamment afin d’utiliser toutes les doses dès leur arrivée dans les jours qui suivent. »

Fait à noter, sur la Côte-Nord, la vaccination est terminée dans les milieux de vie pour aînés, et on a commencé celle des personnes de 80 ans et plus.

Pfizer prend de la vitesse

Le rythme de l’opération de vaccination a légèrement augmenté au Québec, mais demeure encore loin de sa vitesse de croisière espérée. Ainsi, un peu plus de 35 000 doses ont été administrées en une semaine. N’ayant reçu aucune nouvelle dose depuis près d’une semaine, le Québec n’en a plus que 15 500 en réserve.

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Cependant, la cadence des livraisons de Pfizer reprendra de la vitesse dès cette semaine. Selon les données mises à jour sur un site gouvernemental, Pfizer franchirait le cap des 4 millions de doses d’ici la fin de mars — en incluant celles reçues jusqu’à présent (928 200) —, avec 403 650 doses cette semaine, 475 020 ensuite, et 444 600 les semaines suivantes. Du côté de Moderna, qui doit expédier 2 millions de doses au cours de la même période, il reste des zones d’ombre.

En additionnant les 515 200 doses reçues depuis décembre et les 168 000 à venir la semaine prochaine, le manque à gagner surpasse 1,3 million. Jusqu’à présent, 294 886 Québécois ont reçu une première dose, soit à peine 3,3 % de la population.

L’Inde à la rescousse

On pourrait aussi avoir droit à un coup de pouce de l’Inde ; le directeur général du Serum Institute of India, Adar Poonawalla, s’est montré disposé à voler au secours du Canada, qui a connu des retards sur le plan de l’approvisionnement depuis le début de l’année. « En attente des approbations réglementaires du Canada, je vous assure que le Serum Institute of India va envoyer par avion COVIDSHIELD [le vaccin d’AstraZeneca] en moins d’un mois. Je m’en occupe ! », a-t-il écrit sur Twitter, lundi. On ignore si l’homme d’affaires fait référence à une entente précise. Le bureau de Justin Trudeau ne l’a pas non plus précisé. On sait cependant que le premier ministre a parlé de vaccins avec son homologue de l’Inde, Narendra Modi, la semaine dernière. Le nombre de doses qui seraient expédiées n’a pas été révélé, mais le journal Hindustan Times a évoqué dans son numéro de dimanche une entente de principe sur une livraison de 500 000 doses du vaccin. L’approbation de Santé Canada se fait toujours attendre dans le cas d’AstraZeneca. Le gouvernement a conclu une entente lui permettant d’en toucher 20 millions de doses, lesquelles seraient produites aux États-Unis.