Tous ne sont pas égaux devant la COVID-19 : les personnes racisées semblent plus affectées que les autres par la maladie. Mais pour agir de façon efficace à ce sujet, il faut recueillir des données sur la race des personnes infectées par le virus, demandent des conseillers municipaux montréalais ainsi qu’une quinzaine d’organismes représentant des groupes minoritaires.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

« Les recherches ont commencé à démontrer les effets disproportionnés de la COVID-19 sur plusieurs couches de la population, notamment la population noire aux États-Unis et la population asiatique en Grande-Bretagne. Mais au Canada, nous n’avons pas de données recueillies de manière systématique à ce sujet », a déploré Fo Niemi, directeur exécutif du Centre de recherche-action sur les relations interraciales, en conférence de presse mardi matin.

Lundi prochain, le conseiller municipal montréalais indépendant Marvin Rotrand, qui représente le district de Snowdon, déposera au conseil municipal une motion pour que Montréal demande aux « autorités de santé publique provinciale et fédérale de recueillir et publier des données désagrégées incluant la race, le revenu, le handicap et d’autres déterminants sociaux de santé qui permettront de mettre en œuvre des interventions et des programmes sociaux documentés ».

« Pour moi, c’est primordial que le conseil municipal fasse ces demandes, parce qu’on n’a pas un portrait avec des données exactes et à jour, explique M. Rotrand. Les données peuvent montrer réellement qui est atteint de la COVID, qui est hospitalisé, qui meurt, et quel est le traitement des différents groupes. »

« La collecte de ce type de données désagrégées sur la race, l’ethnicité et d’autres facteurs socioéconomiques est nécessaire si nous voulons corriger concrètement les inégalités systémiques historiques en matière d’accès aux soins de santé pour les populations les plus vulnérables, notamment au niveau de l’accès à la vaccination », dit-il.

Les données de la Santé publique indiquent déjà que certains quartiers montréalais parmi les plus multiethniques sont les plus touchées par la pandémie, comme Montréal-Nord, Parc-Extension, Saint-Michel et Côte-des-Neiges-Notre-Dame de-Grâce, souligne le conseiller municipal.

Les personnes issues de l’immigration occupent souvent des emplois essentiels, dans des secteurs à risque, où le télétravail n’est pas possible, ajoute Giuliana Fumagalli, mairesse de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, qui a l’intention d’appuyer la motion de Marvin Rotrand.

Ils sont plus souvent en situation de pauvreté, ont parfois un statut d’immigration précaire, n’ont pas d’assurance médicale et sont nombreux à occuper un logement inadéquat avec plusieurs autres personnes, note aussi Jill Hanley, professeure en travail social à l’Université McGill et co-auteure d’une étude sur l’impact de la COVID-19 sur les communautés ethnoculturelles à Montréal.

« On sait que quand des personnes racisées ou membres de communautés autochtones se présentent dans les services de santé, ils ne sont pas reçus de la même façon que les personnes des groupes majoritaires », déplore Mme Hanley.

« La résistance du gouvernement du Québec à la collecte des données basées sur la race, en raison de son opposition au concept de racisme systémique, peut mettre en danger la vie des gens », conclut Marvin Rotrand.