Le report de l’enquête publique concernant les décès survenus au CHSLD Herron déçoit amèrement plusieurs proches des 47 aînés morts dans cet établissement qui a fait la manchette lors de la première vague de la pandémie.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Mardi, au palais de justice de Montréal, la coroner Géhane Kamel, qui préside l’enquête publique concernant les évènements survenus dans cet établissement de santé de Dorval, a dû reporter à « contrecœur » les audiences qui devaient se tenir cette semaine, en précisant que c’est l’option qui « minimise les retards pour les familles et la population ». Elle a donc suspendu les 11 jours d’audience concernant le volet Herron de son enquête et les a reportés au début de septembre.

Le report fait suite à une demande de la procureure qui représente cet établissement de santé, qui souhaitait que l’enquête soit suspendue jusqu’à ce que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) décide s’il porte des accusations criminelles contre les propriétaires de ce CHSLD, soit Samantha Chowieri et Andrei Sabin Stanica.

Avant de rendre sa décision, la coroner Kamel a expliqué qu’elle était confrontée à un « dilemme déchirant ». D’une part, si elle refusait la requête, une révision de sa décision à la Cour supérieure aurait pu être demandée, ce qui aurait repoussé l’enquête de plusieurs années. Alors que de l’autre côté, en acceptant la demande, elle savait qu’elle décevait ainsi les proches des personnes mortes, mais qu’elle reportait le début de l’enquête de seulement quelques mois. « Je considère que les familles ont assez attendu pour obtenir des réponses », a-t-elle dit.

PHOTO FOURNIE PAR MOIRA DAVIS

Stanley Pinnell est mort le 8 avril 2020 au CHSLD Herron.

Moira Davis, qui a perdu son père le 8 avril dernier, mort dans la chambre 225 de l’établissement de Dorval, est très déçue. Elle craint maintenant que cette enquête n’ait jamais lieu et qu’elle ne puisse pas savoir la vérité sur les circonstances de la mort de son père. Si des accusations criminelles sont portées contre les deux dirigeants du CHSLD et qu’ensuite, pour une raison ou une autre, aucune enquête publique ne se tient, ce sera une « grosse gifle ».

Je sais que des familles souhaitent que [les propriétaires du CHSLD] se retrouvent en prison, d’autres leur souhaitent rien de bon, mais personnellement, je suis beaucoup plus préoccupée de connaître la vérité », a confié sa fille.

MMaria Rita Battaglia, qui représente la famille de feu René Legault dans une autre poursuite judiciaire contre l’établissement de Dorval, a exprimé sa tristesse pour les familles endeuillées. « C’est complètement malheureux pour eux. Ça prolonge leur difficulté à surmonter les évènements, ça retarde leur guérison. »

MPatrick Martin-Ménard a aussi indiqué que ce report était « très frustrant » pour les familles qui attendent des réponses depuis près d’un an. « Ceci étant dit, c’est la réalité du système dans lequel on opère. Les personnes sous enquête qui font face à des accusations criminelles ont le droit à l’équité procédurale », a dit l’avocat, qui représente les familles de quatre résidants du CHSLD morts pendant la première vague.

En ce qui concerne les audiences publiques de la coroner pour les six autres milieux de vie, elles auront lieu aux dates prévues, de mars à juin.

Le DPCP a dit « prendre acte de la décision ». La porte-parole, Audrey Roy Cloutier, a ajouté que « l’analyse rigoureuse du dossier visant à déterminer si des accusations criminelles seront déposées en lien avec ces évènements se poursuit ».