La deuxième vague frappe durement la plus vieille prison du Québec : un sommet de 121 détenus ont été infectés plus tôt cette semaine

Publié le 13 févr. 2021
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

La moitié des quelque 800 personnes incarcérées actuellement à l’Établissement de Montréal sont confinées dans leur cellule, pour limiter la propagation de la COVID-19.

Plus du quart d’entre elles sont infectées et les autres sont confinées par mesure préventive.

C’est ce qu’a indiqué, en entrevue avec La Presse, Line Fortin, sous-ministre associée au ministère de la Sécurité publique du Québec et responsable des services correctionnels.

Vendredi matin, 119 détenus et prévenus de Bordeaux étaient infectés à la COVID-19, soit 14 % de la population carcérale de l’établissement. On dénombrait également 27 agents correctionnels infectés.

Plus tôt cette semaine, un nombre maximum de 121 personnes incarcérées infectées a été atteint, ce qui pourrait signifier que la situation commence à se stabiliser.

« Depuis les trois derniers jours, on n’a eu qu’un seul résultat positif et une cinquantaine de tests négatifs. On continue de tester massivement, car c’est la clé. Il y a plusieurs personnes positives asymptomatiques. C’est pour ça qu’on déploie des tests massivement. La Santé publique et le CIUSSS sont très présents, pour nous épauler », explique Mme Fortin, qui qualifie toujours la situation à Bordeaux de « préoccupante ».

Depuis le début de la pandémie, plus de 1300 détenus et prévenus ont été testés à Bordeaux.

« Environ 65 % de tous les détenus ont accepté de passer un test. Les détenus qui refusent de le passer sont confinés durant 14 jours. En aucun temps un détenu qui refuse de passer un test ne peut avoir accès au secteur de vie. Les risques sont trop élevés de propager le virus », dit Mme Fortin.

Nouveau sommet

La deuxième vague de COVID-19 frappe dur dans la plus vieille prison du Québec : 121 détenus infectés, c’est une trentaine de plus que le sommet de 93 personnes incarcérées malades atteint lors de la vague de mars 2020.

PHOTO FOURNIE PAR LE MINISTÈRE DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC

Line Fortin, sous-ministre associée au ministère de la Sécurité publique du Québec

Le personnel est à l’œuvre pour faire le maximum pour contrer le virus. Il y a plusieurs mesures prises auprès des personnes incarcérées. Des aumôniers circulent. Le personnel professionnel – criminologues, travailleurs sociaux, gestionnaires – circule pour s’assurer que tout le monde est correct.

Line Fortin, sous-ministre associée au ministère de la Sécurité publique du Québec

« Des trousses avec une radio et des jeux, des trousses d’hygiène, ont été offertes aux personnes confinées, poursuit Mme Fortin. On passe aussi avec des téléphones portables pour donner accès à certains appels à la famille. Nos milieux sont très particuliers. »

Celle-ci ajoute que le Ministère fait « le maximum » pour déployer le plus grand nombre de mesures et elle annonce qu’en vertu de la décision rendue cette semaine par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), les agents correctionnels et de soins de santé seront bientôt équipés de masques N95, qui assurent une protection supérieure.

Ces masques seront distribués aux employés qui travaillent dans les prisons où il y a des éclosions, dans les zones désignées comme chaudes.

Moins grave ailleurs

Outre Bordeaux, des éclosions de la COVID-19 ont eu lieu depuis le début de la deuxième vague à l’Établissement de Saint-Jérôme, à l’Établissement Rivière-des-Prairies et dans le secteur féminin de l’Établissement de Québec, mais elles seraient maintenant « relativement contrôlées », selon Mme Fortin.

À Saint-Jérôme, où l’on enregistrait 83 cas positifs chez les personnes incarcérées il y a deux semaines, on en dénombrait 7 vendredi matin. On en comptait 20 à la prison de Rivière-des-Prairies et 9 à celle de Québec.

Si on additionne les cas positifs dans les quatre établissements, c’est 4,33 % de toutes les personnes incarcérées dans les 18 prisons du Québec qui étaient infectées vendredi matin.

Depuis décembre, le ministère de la Sécurité publique demande que les agents correctionnels et les personnes incarcérées dans ses prisons puissent commencer à être vaccinés.

Mme Fortin a beau dire que « nos demandes sont entendues » et que les discussions avec le ministère de la Santé progressent, elle est incapable de dire quand et comment la vaccination à l’intérieur des murs débutera. Elle souhaite toutefois que les agents correctionnels soient vaccinés les premiers.

« C’est sûr, car il faut nous assurer de la garde et de faire des tournées fréquentes. On veut bien assumer notre rôle et on a besoin de personnel en santé », conclut-elle.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.