Devrait-on recevoir la première dose même si on ignore quand on recevra la deuxième ?

Publié le 10 févr. 2021
Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

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Alors que la très (très !) grande majorité des Canadiens attend d’avoir une première dose du vaccin, de nombreux lecteurs s’inquiètent du moment où ils recevront… la deuxième dose. Quitte à se demander s’il ne vaut pas mieux passer leur tour, s’ils ne sont pas assurés de recevoir la seconde dose dans un horizon rapproché et prévisible.

C’est le cas de Pierre Lesage. « Si une personne […] se voit offrir un vaccin à deux doses sans garantie que la seconde dose sera administrée avant 42 jours […], est-il préférable soit d’attendre de pouvoir obtenir cette garantie, soit de se voir offrir un autre type de vaccin ? »

Jocelyne Desbiens, elle, a reçu une première dose au début du mois. « Est-ce qu’il y a des conséquences graves si la deuxième dose tarde trop ? »

Annoncé en janvier, le report de l’administration de la seconde dose au Québec a suscité inquiétudes et questionnements sur l’efficacité de la réponse immunitaire pendant l’intervalle.

Récapitulons. Les vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna, les deux vaccins contre la COVID-19 homologués jusqu’ici au Canada, sont administrés en deux doses. Les études cliniques menées l’automne dernier par les fabricants ont déterminé que leur efficacité atteint 95 % une semaine après l’administration de la seconde dose. Le délai entre l’administration des deux doses, lors des essais cliniques, était de 21 jours (vaccin Pfizer/BioNTech) ou 28 jours (vaccin Moderna).

Confrontés à un approvisionnement limité de vaccins, certains territoires ont décidé d’étirer le délai entre les deux doses, question d’administrer une première dose au plus grand nombre de personnes possible.

C’est notamment le cas du Royaume-Uni, qui a annoncé en janvier qu’il pourrait s’écouler 12 semaines entre les deux doses.

C’est aussi le cas du Québec qui, depuis le début de l’année, a reporté les rendez-vous pour les secondes doses. Le délai pourrait atteindre de 42 à 90 jours (6 à 12-13 semaines), a averti le gouvernement Legault.

Voilà maintenant six semaines que les premiers résidants de CHSLD ont reçu leur première dose, constate la microbiologiste-infectiologue Caroline Quach. « Et ce groupe de personnes vaccinées semble encore bien protégé. Il n’y a pas de reprise d’éclosions dans les CHSLD qui ont été vaccinés en premier. »

Ce que signifie l’intervalle

La Dre Quach, qui préside également le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), est aux premières loges pour examiner les conséquences de l’allongement du délai. Le 12 janvier, ce comité qui conseille le gouvernement fédéral pour l’utilisation des vaccins homologués s’était dit d’avis que le délai pouvait s’étirer à 42 jours (6 semaines).

Mais à la lumière des observations sur le terrain en Grande-Bretagne et au Québec (de nouvelles données sur la population vaccinée au Québec sont d’ailleurs attendues à la mi-février), le Comité sera appelé à réévaluer ses recommandations d’ici la fin du mois, dit sa présidente.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Dre Caroline Quach

Avec la pénurie d’approvisionnement qui nous frappe depuis le 25 janvier, toutes les provinces se demandent si elles ne seront pas obligées d’étirer cet intervalle.

La Dre Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue

L’intervalle, précise-t-elle, ne doit pas nécessairement être lu comme un « maximum » de jours entre deux doses, mais plutôt un « minimum ».

La première dose permet au système immunitaire d’identifier l’ennemi et de bâtir sa défense. La seconde permet de renforcer sa défense, pour qu’elle dure plus longtemps. Pour que le vaccin soit efficace, le système immunitaire doit avoir le temps de bâtir sa défense entre les deux doses. « Quand on donne une seconde dose six mois ou un an après la première, le système immunitaire est beaucoup plus mature. La réponse est bien meilleure que lorsqu’on colle les deux doses. »

Il faut donc, résume la Dre Quach, considérer le délai de 21 ou 28 jours prescrit par les fabricants comme étant « le plus court » pour obtenir une bonne efficacité du vaccin.

Selon Pfizer et Moderna, la protection atteint d’ailleurs 92 % deux semaines après la première dose, mais le maintien de cette efficacité sur une longue période de temps n’a pas (encore) été démontré. Lundi, une étude a révélé que le vaccin Oxford-AstraZeneca était plus efficace si l’intervalle s’étirait à 12 semaines. La même étude estimait que la protection offerte par le vaccin était de 76 %, trois mois après la première dose.

Protéger tout de suite

Plusieurs pays ont néanmoins choisi d’adhérer aux protocoles mis de l’avant par les fabricants, dont les États-Unis, qui n’ont cependant pas les mêmes enjeux d’approvisionnement de vaccin que le Canada. D’autres questions suscitent encore des débats parmi les scientifiques, comme la crainte que le virus ait une chance de muter en étant exposé à des personnes insuffisamment protégées par le vaccin, ou que la durée de la protection de la première dose soit moins longue chez certains groupes d’âge.

Mais pour la Dre Quach, le report de la deuxième dose ne devrait pas être une raison pour ne pas aller chercher sa première dose dès que c’est possible.

« Tous les modèles mathématiques nous démontrent que pour limiter le plus possible les hospitalisations et les décès, il faut protéger le plus de monde rapidement, même si la protection n’est pas parfaite, dit la microbiologiste. Que ce soit en ne donnant qu’une première dose ou en utilisant des vaccins un peu moins efficaces.

« Il n’y a donc pas de désavantage à recevoir une première dose maintenant. Le pire qu’il puisse arriver, c’est que [quelques mois plus tard], la protection individuelle ait diminué. » Mais à ce moment-là, souligne-t-elle, il devrait aussi y avoir moins de transmission communautaire. « Même si on a une moins bonne protection individuelle, ça ne devrait pas paraître parce qu’on ne sera pas exposé au virus. »

Quel est l’avantage du vaccin chez les « guéris » de la COVID-19 ?

Une nouvelle étude parue lundi indique que les personnes qui ont eu la COVID-19 ont tout avantage à se faire vacciner et qu’une seule dose pourrait probablement suffire à les protéger même contre les variants. L’étude pilotée par des chercheurs américains de Seattle, en collaboration avec des chercheurs montréalais du CHUM, montre comment une seule dose de vaccin Moderna ou Pfizer administrée à des personnes dont l’infection au virus SARS-CoV-2 remontait parfois à plusieurs mois a engendré une réponse immunitaire impressionnante, au point de déjouer le variant sud-africain, et même le fameux SRAS qui avait sévi en 2003. « Ce qu’on voit ici, c’est que même si la rencontre avec le pathogène a eu lieu il y a plusieurs mois, on est capable de réveiller le système immunitaire à nouveau », observe le virologue Andrés Finzi, du CHUM.

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