Les vaccins déjà approuvés pourront-ils stopper les variants de la COVID-19 ? Bonne et mauvaise nouvelles se succèdent. L’Afrique du Sud a suspendu en fin de semaine l’administration du vaccin d’AstraZeneca, parce qu’il ne serait pas efficace contre le principal variant du pays. Puis, lundi, une autre enquête a affirmé que celui de Pfizer reste efficace contre les variants anglais et sud-africain.

Publié le 9 févr. 2021
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Pfizer et les variants

Une étude menée par l’Université du Texas et Pfizer, publiée lundi dans Nature Medicine, a permis au géant pharmaceutique d’affirmer que son vaccin n’est que « légèrement moins efficace » contre l’une des mutations du variant sud-africain de la COVID-19. Des tests en laboratoire sur des versions synthétiques du virus, dotées des trois principales mutations des variants britannique et sud-africain, ont révélé que le pouvoir de neutralisation du vaccin contre le virus baisse de 19 % en présence de l’une des mutations sud-africaines, relève Pei-Yong Shi, auteur principal de l’étude à l’Université du Texas. « Mais à mon avis, on est encore au-dessus du seuil minimum de neutralisation empêchant les formes modérée et sévère de la COVID-19. Nous publions la semaine prochaine dans le New England Journal of Medicine une étude sur l’efficacité du vaccin de Pfizer contre le variant sud-africain en entier, pas une version synthétique, et je suis optimiste, même si je ne peux pas en dévoiler les conclusions. » Les tests de l’étude de Nature Medicine ont été faits sur les sérums de 20 patients ayant reçu les deux doses du vaccin Pfizer.


Le variant brésilien

Les chercheurs de l’Université du Texas ont aussi testé deux autres mutations qui, à l’inverse, permettent d’augmenter la neutralisation du coronavirus par le vaccin de plus de 40 %. Ces deux mutations sont présentes dans les variants anglais, sud-africain et brésilien. Mais encore là, il n’est pas clair qu’un changement de neutralisation se traduise en un changement clinique, avec moins de risques d’avoir une COVID-19 avec des symptômes. « Il y a aussi d’autres mutations importantes sur le variant brésilien que nous sommes en train de tester », dit M. Shi.

AstraZeneca et les autres

La fin de semaine dernière, l’Afrique du Sud a annoncé la suspension de l’administration du vaccin d’AstraZeneca sur la base d’une étude non encore publiée, qui montrait une efficacité réduite de 78 %. Il s’agit d’un petit groupe de 2000 jeunes patients, d’une moyenne d’âge de 31 ans, dont la moitié ont reçu une seule des deux doses du vaccin selon AstraZeneca, d’après le site médical Statnews. Dans le groupe ayant reçu le vaccin, 19 personnes ont eu la COVID-19 avec des symptômes légers contre 23 dans le groupe placebo. Aucun des cobayes n’a eu des symptômes graves. Deux autres vaccins ont annoncé des données préliminaires inquiétantes pour la COVID-19, selon Statnews : Johnson & Johnson a rapporté une chute de 66 % à 57 % pour l’efficacité contre les formes « modérée à sévère » de la maladie, et Novavax, une chute de 89 % à 50 % pour les formes « légère à modérée ». Moderna a indiqué travailler à une troisième dose du vaccin comme « rappel » (boost) contre le variant sud-africain. « Un élément important de réponse viendra quand on aura les données complètes des essais cliniques dans les pays touchés par le variant sud-africain et celui du Brésil », dit M. Shi, de l’Université du Texas.

L’OMS à la rescousse

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tenu, lundi, à défendre le vaccin d’AstraZeneca, qui a été développé par l’Université d’Oxford et sera offert à bas prix dans plusieurs pays en voie de développement avec des ententes de production délocalisée. « Il est beaucoup trop tôt pour rejeter ce vaccin », qui est « une partie importante de la réponse mondiale à la pandémie actuelle », a dit à l’AFP Richard Hatchett, qui dirige le CEPI, la division recherche du mécanisme COVAX, mis en place par l’OMS, l’agence du vaccin Gavi et le CEPI, pour tenter de garantir une distribution équitable des moyens de lutte contre la COVID-19.

Études populationnelles

Un autre élément de réponse important pour mesurer l’efficacité des vaccins contre les variants se situe dans les « études populationnelles », selon M. Shi, de l’Université du Texas : c’est l’épreuve du réel, par opposition aux tests cliniques, avec des groupes contrôlés. Dans les études populationnelles, on compare les gens qui sont vaccinés en premier dans chaque pays et ceux qui refusent le vaccin ou ne l’ont pas encore reçu. Au Québec, une partie des travailleurs de la santé ainsi que les résidants des CHSLD et des résidences pour aînés qui se font vacciner sont actuellement suivis pour vérifier l’efficacité des vaccins contre la COVID-19 dans le monde réel. « À partir du moment où les gens sont vaccinés, on regarde ça », dit Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, qui supervise cette enquête, dont les résultats sont attendus « à la mi-février ».