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Publié le 6 févr. 2021
Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Il y a le vaccin de Pfizer-BioNTech et celui de Moderna, les seuls qui soient homologués à ce jour au Canada. Mais il y en aura probablement d’autres dans les prochains mois, comme ceux d’Oxford-AstraZeneca, de Novavax, de Johnson & Johnson, voire le russe Spoutnik V ou le chinois Sinopharm, qui sait ?

Alors, si tous ces vaccins sont offerts en même temps, devrions-nous « magasiner » notre vaccin, par exemple, en prévoyant le moment et le lieu de notre vaccination en fonction du vaccin qui y sera distribué ? Autrement dit, devrions-nous préférer recevoir le vaccin d’un fabricant en particulier plutôt qu’un autre ?

Pour le chercheur Alain Lamarre, spécialiste en immunologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), la réponse courte est bien simple : « La priorité est de se faire vacciner, et le plus rapidement possible. » « Je ne pense pas que le choix d’un fabricant devrait être une considération majeure pour qui que ce soit. Je ne pense pas que ça vaille le coup de retarder sa vaccination parce qu’on aimerait mieux avoir le vaccin X plutôt que le vaccin Y. Les risques [de retarder sa vaccination] sont plus grands que les bénéfices marginaux potentiels. »

Il n’est pas possible de choisir son vaccin actuellement. « Tous les vaccins disponibles sont achetés par le ministère de la Santé », rappelle Marie-France Raynault, chef du département de médecine préventive et santé publique au CHUM. Le Ministère distribue les doses selon des considérations logistiques. Le vaccin de Pfizer, qui doit être conservé à très basse température, est distribué dans les centres de vaccination qui disposent de l’équipement nécessaire. Le vaccin de Moderna, quant à lui, est plus souvent envoyé dans les régions éloignées.

La possibilité de choisir un vaccin ou l’autre rendrait plus complexe la gestion des doses et augmenterait les risques de perte. Lorsqu’une fiole est entamée, il faut que toutes les doses soient utilisées rapidement.

Marie-Hélène Émond, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux

« Pour la première vaccination, on n’aura pas le choix, dit Mme Raynault. Mais on peut prévoir que la COVID-19 ne disparaîtra pas de la surface de la planète, et que probablement, l’immunité ne durera pas pour l’éternité. » L’émergence de variants qui déjoueraient les vaccins actuels [ce qui ne semble pas être le cas jusqu’ici] pourrait nécessiter une nouvelle vaccination, un peu comme le vaccin de l’influenza qui doit être répété chaque année. Dans quelques années, il y aura peut-être plusieurs vaccins sur le marché et plusieurs fournisseurs pour les offrir, ce qui permettra au « consommateur » de « magasiner » son vaccin.

S’il en a envie, évidemment. « Je conçois mal l’idée de “magasiner” son vaccin, dit Mme Raynault. Il faudrait d’abord en discuter avec son médecin. »

« Peut-être que, par exemple, certains vaccins seront considérés comme plus efficaces chez les personnes âgées », dit-elle. Ou encore, si des vaccins avec adjuvants sont proposés, des personnes allergiques voudront pouvoir les éviter.

Recevoir le « meilleur » vaccin

Les deux vaccins actuellement homologués au Canada – ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna – affichent des taux d’efficacité de 95 %. D’autres vaccins sont en cours d’évaluation par Santé Canada, comme celui de Novavax (89 %), celui de Johnson & Johnson (66 %) et celui d’Oxford-AstraZeneca (60 %).

Comment faut-il interpréter ces taux d’efficacité ? Signifient-ils qu’un vaccin est « meilleur » qu’un autre ?

Oui et non, dit Marie-France Raynault. « Quand on parle d’efficacité globale, il faut regarder qui a participé à l’étude clinique, précise-t-elle. Chez Pfizer, l’étude clinique comptait très peu de participants âgés de plus de 80 ans. On s’est ainsi aperçu, dans plusieurs pays, que cette efficacité vaccinale était moins bonne chez les personnes très âgées. »

Il est donc possible qu’un vaccin soit plus efficace dans une tranche d’âge que dans une autre.

En Europe, plusieurs pays recommandent maintenant que le vaccin d’Oxford-AstraZeneca soit administré seulement aux moins de 65 ans. L’étude clinique menée par le fabricant a démontré une efficacité de 60 % en observant un groupe de 11 000 volontaires qui étaient très majoritairement âgés de 18 à 55 ans. Seuls 450 volontaires étaient âgés de plus de 70 ans, un nombre jugé insuffisant pour évaluer correctement la performance du vaccin dans cette tranche d’âge.

« Si on est plus âgé, ou plus jeune [que le groupe suivi dans l’étude clinique], ça ne donnera pas les mêmes niveaux d’efficacité », dit Alain Lamarre. Pour avoir une idée plus précise de l’efficacité du vaccin chez les différents groupes d’âge, il faudra se fier davantage aux études sur les populations vaccinées. « Pour l’instant, on n’a que les études cliniques. »

Mais en attendant, insiste Marie-France Raynault, « l’urgence, c’est de se faire vacciner ! » « Si vous avez la chance de vous faire vacciner, peu importe le fabricant, il faut y aller au plus tôt. » Quant aux différences de pourcentage d’efficacité, il faut les relativiser. « Un vaccin considéré comme “moins bon” sera peut-être “excellent” pour votre groupe d’âge. Ça ne vaut pas la peine de rater la protection qu’un vaccin va vous apporter. »

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