Les établissements correctionnels du Québec, relativement épargnés au printemps dernier, sont frappés de plein fouet par la deuxième vague de COVID-19. Trois d’entre eux sont placés en confinement complet.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

« Le feu est pris, mais on n’appelle pas les pompiers », décrit Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents en services correctionnels du Québec.

Samedi matin, il apprenait qu’un troisième établissement correctionnel, le Centre de détention pour les femmes de Québec, craignait une éclosion après qu’une détenue asymptomatique eut été déclarée positive.

« La personne avait fait plusieurs secteurs. Tout le centre est en confinement et ils vont procéder à un dépistage massif », indique M. Lavoie.

À la prison de Bordeaux, à Montréal, le nombre de cas enregistrés a dépassé celui de la première vague. En date de vendredi, 95 cas positifs ont été recensés parmi les détenus, répartis dans plusieurs secteurs de la ressource. L’éclosion y est telle que l’admission au corps policier a été suspendue, précise un communiqué émis par l’établissement. Selon M. Lavoie, les personnes incarcérées refusent pour la plupart d’être testées. Celles qui présentent des symptômes sont victimes de menaces de la part des autres détenus, qui les somment de ne pas déclarer leur état de santé pour éviter un confinement de leur secteur.

Par ailleurs, l’établissement Rivière-des-Prairies confirme 13 nouveaux cas positifs dans un secteur de 40 détenus. Rappelons aussi qu’une importante contamination à la prison de Saint-Jérôme était rapportée par La Presse le 21 janvier dernier. Il était alors question de 30 détenus infectés sur 48.

Réclamer plus d’outils

Les consignes sanitaires ne sont pas les mêmes à l’intérieur des établissements correctionnels. Comme les aires communes sont considérées comme des lieux de résidence, les détenus peuvent y circuler librement. Dans certains cas, une même salle peut accueillir jusqu’à 25 personnes, sans masque et sans distanciation physique.

Une situation « aberrante », dénonce le syndicat, qui demande à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, d’outiller les ressources pour assurer le respect des mesures sanitaires.

À Bordeaux, 17 agents correctionnels ont été déclarés positifs à la COVID-19 et une trentaine ont été retirés de manière préventive pour contact étroit avec un cas positif. Depuis plusieurs mois, l’établissement doit maintenir ses activités avec 30 % de son effectif absent. « Il y a une pression énorme sur le service correctionnel. Nos agents sont épuisés, découragés », poursuit M. Lavoie.

Le syndicat est toujours en attente de la réponse du ministère de la Santé et des Services sociaux concernant la vaccination des agents correctionnels.

Samedi soir, le ministère de la Sécurité publique n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue.

– Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse