Présence d’un variant plus contagieux qu’on peine encore à détecter rapidement, assouplissement imminent des mesures sanitaires, retard dans la campagne de vaccination : les prochaines semaines seront périlleuses – et cruciales –, selon des experts, tandis que le Québec rapportait samedi 1204 nouveaux cas et passait sous le cap des 1000 hospitalisations.

Mis à jour le 7 févr. 2021
Antoine Trussart
Antoine Trussart La Presse
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« On n’est vraiment pas chanceux », commente Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM) au sujet de notre situation actuelle. Selon lui, le Québec aurait pu mieux affronter l’arrivée de nouveaux variants plus contagieux du virus si la campagne de vaccination avait été plus avancée.

« On n’est pas dans les 10 % à 15 % de gens qui ont reçu une dose, ce qui permettrait de ralentir un peu la transmission, explique-t-il. On a quatre ou cinq semaines tendues qui s’en viennent. » Seulement 2,5 % de la population a reçu au moins une dose de vaccin.

Pour faire face à l’arrivée de variants plus contagieux au Québec, le gouvernement Legault a annoncé deux mesures vendredi : augmenter le séquençage du virus détecté dans des tests positifs de 8,5 % à 10 % et avoir davantage recours à des tests PCR dits de criblage.

Les tests PCR de criblage permettent de déterminer rapidement si un test positif est associé à un variant connu du virus. Cette façon de faire permet d’obtenir un résultat beaucoup plus rapidement qu’avec le séquençage, qui prend de 8 à 10 jours. L’Ontario prévoit y avoir recours pour la totalité de ses cas positifs.

Au Québec, les efforts de détection des nouveaux variants ne seront pleinement opérationnels que dans « quelques semaines », a déclaré Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, vendredi.

D’ici à ce que ces mesures soient prêtes, le gouvernement devrait mettre en place des mesures plus strictes de traçage et d’isolement chez les personnes en attente d’un résultat, afin de garder une « longueur d’avance » sur les variants plus contagieux, affirme Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales au Centre de recherche du CHUM.

On doit isoler les gens en attendant leur résultat et informer toutes les personnes avec qui ils ont été en contact qu’elles doivent elles aussi être en quarantaine. On doit les sortir de la possibilité de transmettre le virus. On ne peut pas attendre d’avoir le résultat. Il faut faire comme la mesure pour les gens arrivant à l’aéroport.

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales au Centre de recherche du CHUM

Le ministre Christian Dubé a d’ailleurs exhorté la population à aller se faire dépister au moindre symptôme, pour augmenter les chances de détection de nouveaux variants.

L’Ontario rapportait jeudi que pour la journée du 20 janvier, 5,5 % des nouveaux cas étaient associés au variant britannique. La province compte 152 cas de ce variant et un cas du variant sud-africain.

Ce chiffre de 5,5 % n’est pas représentatif de l’ensemble des cas de l’Ontario, explique Nathalie Grandvaux. Il est gonflé par une éclosion dans une résidence pour personnes âgées. Le pourcentage dans toute la province est probablement beaucoup plus bas.

Cette éclosion montre bien comment les nouveaux variants plus contagieux pourraient donner lieu à de « grandes flambées rapides » de cas, comme on l’a vu récemment à Saint-Jean-sur-Richelieu, affirme Benoît Mâsse. On ne sait toujours pas si cette éclosion était liée à un nouveau variant.

« Il va falloir être extrêmement prudent dans ce qu’on déconfine, pour s’assurer de ne pas donner au variant de chances de prendre le dessus », conclut-il.

Des efforts qui portent leurs fruits

Malgré ces inquiétudes et ces « moments de nervosité » dont parlent nos experts, le Québec s’en va dans la bonne direction, selon eux.

Samedi, les autorités ont rapporté 1204 nouvelles infections à la COVID-19 et 27 décès supplémentaires.

En ce qui concerne le nombre d’hospitalisations, il était de 982 samedi, soit 58 de moins que la veille. Parmi celles-ci, le nombre de personnes se trouvant aux soins intensifs a baissé de 9, pour un total de 159.

« On est dans une zone de continuité de ce qu’on a vu ces dernières semaines, constate Nathalie Grandvaux. On commence à voir un impact sur les hospitalisations et les décès, et c’est ça, la bonne nouvelle. »

Le message que je vois dans tout ça, c’est que les efforts que les gens ont faits, ils fonctionnent. C’est important que les gens sachent qu’ils ne font pas tout ça pour rien.

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales au Centre de recherche du CHUM

Ces nouvelles données portent le total de personnes contaminées dans la province à 268 977. La moyenne sur sept jours, quant à elle, monte légèrement, atteignant 1088 cas quotidiens.

Sur les 27 nouveaux décès recensés par les autorités, 9 étaient survenus au cours des 24 dernières heures. Avec le retrait d’un décès qui n’était finalement pas attribuable à la COVID-19, 9999 Québécois ont succombé au virus depuis le début de la pandémie.

Québec a réalisé 33 710 prélèvements le 4 février, avec un cumul de 6 052 891. Finalement, 4373 doses de vaccin ont été administrées dans la journée de samedi, soit 253 904 en tout.

Au Québec, 246 695 personnes sont rétablies du virus.

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