L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) va administrer une douche froide aux promoteurs de la colchicine comme médicament efficace contre les complications causées par la COVID-19. Loin de la bénédiction espérée, l’organisme refuse de cautionner pour l’instant le produit et suggère aux médecins d’être prudents dans son utilisation.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Selon les informations réunies par La Presse, le rapport qui doit être rendu public mardi ou mercredi conclut que Québec n’a pas suffisamment de données pour recommander une utilisation étendue de ce médicament.

L’INESSS préconise que cet anti-inflammatoire fasse l’objet de davantage d’évaluations par les pairs. Pour l’heure, l’étude statistique des résultats ne montre pas les effets déterminants évoqués dans la déclaration faite par l’Institut de cardiologie de Montréal le 23 janvier. Du point de vue du ministère de la Santé, on résume rapidement les conclusions : pour l’ensemble des 4488 patients suivis dans l’étude, le recours à la colchicine a réduit d’un point de pourcentage les risques de décès ou d’hospitalisation (5,8 % pour les patients ayant reçu le placebo, contre 4,7 % pour ceux qui ont reçu le médicament), un résultat insuffisant pour qu’on puisse généraliser l’utilisation du médicament.

L’INESSS ne manque pas de rappeler les risques importants d’effets secondaires de la colchicine : des diarrhées qui risquent de déshydrater le patient ou, plus grave encore, des embolies pulmonaires.

Le DJean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de cardiologie, a été rencontré par l’INESSS la semaine dernière. Joint lundi soir, le DTardif a confirmé la rencontre, mais a soutenu ne rien savoir des conclusions de l’INESSS.

Ils nous ont demandé plusieurs précisions, la réunion s’est bien déroulée selon nous. On est 35 chercheurs dans six pays, je pense que nos résultats sont importants.

Le DJean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal

Depuis des mois, le DTardif exprimait l’espoir que ce médicament puisse « réduire fortement l’engorgement que connaissent les hôpitaux depuis le début de la pandémie ». L’enquête ColCorona avait démarré en mars 2020.

Après la publication du communiqué de presse de l’Institut de cardiologie, dans lequel les bénéfices de la colchicine étaient décrits comme « une découverte scientifique majeure », le premier ministre François Legault avait parlé d’une « grande nouvelle » et le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, avait soutenu que « l’utilisation de la colchicine pour combattre la COVID-19 pourrait être étendue partout au Québec avant longtemps ». Le Collège des médecins et d’autres groupes étaient plus circonspects.

Plusieurs éléments plaidaient en faveur d’un recours à ce « médicament oral efficace pour traiter les crises inflammatoires chez les patients non hospitalisés ». Le produit est connu depuis plus de 200 ans. Cet anti-inflammatoire à large spectre est notamment utilisé dans le traitement de la goutte. Son prix modique présentait un autre avantage.

L’étude devait à l’origine être faite sur 6000 patients, mais on a décidé de se limiter à 4500 pour des raisons logistiques et afin de pouvoir présenter des résultats plus rapidement, dans le contexte de la pandémie.

Nouveau rouge, nouvel orange

Le rapport devait tomber ce mardi, mais pourrait être reporté d’une journée pour ne pas porter ombrage à la sortie de François Legault, en fin de journée. Il doit annoncer comme prévu que le couvre-feu demeure en vigueur sur tout le territoire. Québec veut revenir à son système de couleurs pour évaluer le risque dans les régions, une méthode utilisée l’automne dernier. Mais le « rouge » et l’« orange » seront soumis à plus de contraintes qu’à l’automne.

On a déjà indiqué que la Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent, l’Abitibi et la Côte-Nord redeviendront « orange », mais à la dernière minute, Québec a décidé d’inclure le Saguenay, où les cas sont bien moins nombreux après la flambée de l’automne.

Un changement pour toutes les régions : plus question de morceler le territoire, la région administrative sera d’une couleur unique sans qu’on puisse délimiter des sous-régions plus ou moins frappées par la pandémie.

À l’automne, la possibilité de faire des distinctions à l’intérieur d’une région avait inutilement compliqué les choses, explique-t-on. Les bars resteront fermés partout. Les restaurants n’ouvriront pas en zone rouge, mais pourront le faire en zone orange, avec une limite de deux adultes et leurs enfants par table.

Les zones rouges et orange seront soumises à des contrôles un peu plus serrés qu’à l’automne. Le premier ministre Legault veut réduire la pression sur les propriétaires de commerces. Ils pourront rouvrir, de même que les centres commerciaux. Les responsables des centres commerciaux seront toutefois tenus d’assurer une surveillance étroite pour éviter les flâneurs. On devra visiter un centre commercial pour faire un achat précis, pas pour magasiner. Les soins personnels, les salons de coiffure notamment, seront aussi ouverts.

Dans les zones orange, il ne sera plus permis de se réunir à six personnes dans un lieu privé, ce qui était autorisé l’automne dernier. Plus question non plus de louer une salle pour se réunir. Pour les écoles, Québec maintient le statu quo.