(Ottawa) Si le ralentissement de la livraison des deux seuls vaccins autorisés au pays continue de plomber le début de la campagne de vaccination, on signale, à Santé Canada, que du renfort est sur le point d’arriver.

Mis à jour le 29 janv. 2021
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

La lueur d’espoir a jailli ici dans la foulée de l’approbation, par l’Agence européenne des médicaments, du vaccin d’AstraZeneca, à l’issue d’une rencontre à laquelle prenaient part des experts canadiens.

Santé Canada « termine actuellement son examen des données présentées et prévoit prendre une décision par rapport à l’homologation du vaccin contre la COVID-19 d’AstraZeneca au cours des prochains jours », a-t-on communiqué vendredi.

L’entrée en scène de ce vaccin, dont on pourrait recevoir jusqu’à 20 millions de doses, est attendue avec impatience ; il est moins cher et plus facile à entreposer – mais il fournira aussi au Canada des munitions supplémentaires pour la lutte contre le virus.

C’est que depuis plusieurs jours, les nouvelles sur le front de l’approvisionnement en vaccins sont mauvaises pour le Canada.

Et à ce sujet, Justin Trudeau en avait une autre à annoncer, vendredi.

« Nous avons appris [jeudi] qu’un retard affectera de nombreux pays, dont le Canada, pour la prochaine expédition du vaccin Moderna, la semaine prochaine », a-t-il fait savoir en conférence de presse à Rideau Cottage.

Plutôt que de recevoir 230 400 doses de ce vaccin, on aura droit à 180 000 doses, soit 78 % de la quantité prévue, a indiqué le premier ministre, précisant avoir toutefois obtenu l’assurance « qu’on va être de retour à la normale pour les prochains envois ».

Ce ralentissement s’ajoute à celui – nettement plus important – des livraisons du vaccin de Pfizer-BioNTech en février. Les envois de février seront plus légers de dizaines de milliers de doses de ce vaccin (40 % de moins que la quantité initialement prévue).

Là aussi, il y a malgré tout une lueur d’espoir : le groupe pharmaceutique suisse Novartis a signé un accord pour adapter la capacité manufacturière de l’une de ses usines afin d’aider Pfizer-BioNTech à produire ses vaccins contre la COVID-19.

De bons résultats pour Johnson & Johnson

En dépit de ces fluctuations, le gouvernement continue de s’attendre à l’arrivée de six millions de doses d’ici la fin mars (quatre de Pfizer, deux de Moderna), et de promettre que tous les Canadiens qui veulent être vaccinés pourront l’être d’ici septembre.

Après AstraZeneca, le prochain vaccin sur la liste d’approbation au Canada est celui de Johnson & Johnson – le seul censé être à une dose pour lequel une entente a été conclue par Ottawa.

Selon les résultats d’essais cliniques réalisés auprès de 44 000 personnes dans huit pays qui ont été déposés vendredi par Johnson & Johnson, le vaccin est efficace à 66 %, et à 85 % pour prévenir les formes graves de la maladie.

Le fait d’avoir un vaccin à une dose, qui est efficace à 66 %, et très efficace contre les formes graves de la maladie, reste un succès.

Le DAmesh Adalja, du Centre Johns Hopkins pour la sécurité sanitaire, en entrevue avec l’Agence France-Presse

Le vaccin de Johnson & Johnson, dont le Canada a commandé jusqu’à 38 millions de doses, est lui aussi plus facile à stocker ; il peut être conservé à des températures de réfrigérateur plutôt que de congélateur.

Plus tôt cette semaine, sur les ondes de CBC, la ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, a fait savoir que des doses de vaccins non approuvés pourraient arriver au Canada avant que le feu vert ne soit donné par les autorités sanitaires.

« J’ai soulevé [auprès des fabricants] la possibilité de prépositionnement de doses », a-t-elle mentionné. Pour l’heure, il n’y a cependant aucune dose des vaccins d’AstraZeneca ou de Johnson & Johnson dans des entrepôts canadiens, selon nos informations.

— Avec l’Agence France-Presse

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Les variants peuvent aussi émerger du Québec

Au moment où Ottawa a annoncé de nouvelles mesures pour restreindre les voyages non essentiels, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) rappelle que des variants pourraient aussi émerger dans la province. Une somme de 11,1 millions a été remise à l’organisme vendredi pour le déploiement d’un programme de surveillance des mutations de la COVID-19. « Oui, ça peut venir des voyages, mais ça peut aussi venir du Québec lui-même. Il ne faut pas non plus rejeter toute la faute sur les voyageurs. Les variants peuvent apparaître et émerger du Québec eux-mêmes », a insisté vendredi le microbiologiste en chef du Laboratoire de santé publique du Québec, Michel Roger, en marge d’un breffage technique tenu en matinée avec les médias. L’INSPQ demeure toutefois réaliste : l’incidence des voyages sur la transmission des variants est non négligeable. D’ailleurs, du « séquençage aléatoire » sera pratiqué sur les voyageurs revenant de l’étranger. Certaines régions « à risque de posséder des variants » seront aussi visées, notamment dans des cas d’éclosion ou de « super-transmission », tout comme les gens ayant contracté le virus après la vaccination, les résultats de tests « discordants » ou les « cas de maladie grave » liés à la COVID-19.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse