Depuis une semaine, 149 cas de COVID-19 sont recensés quotidiennement en moyenne chez les moins de 10 ans et 166 chez les 10 à 19 ans, selon des données de l’Institut national de santé publique du Québec.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Contrairement aux autres groupes d’âge où le nombre de cas fléchit, chez les jeunes, comme on s’y attendait avec l’ouverture des écoles, les cas sont en hausse.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Dans les écoles, selon une mise à jour faite par le gouvernement mercredi, 1975 élèves sont infectés, de même que 459 membres du personnel (réseaux public et privé confondus).

Au total, 857 classes sont fermées et 1450 écoles au Québec comptent un ou plusieurs cas actifs.

Le 14 janvier, la France annonçait son intention de tester jusqu’à un million d’élèves et d’enseignants chaque mois dans les écoles.

Au Québec, on n’en est pas là. En conférence de presse, Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, a réitéré jeudi que les tests rapides n’étaient pas suffisamment fiables (comme le dit aussi un groupe d’experts de la Santé publique) et qu’ils devaient être réservés à des endroits particuliers, par exemple des usines où les employés sont particulièrement à risque de transmission.

Comme le rapportait Le Devoir, jeudi, le Québec n’a utilisé que 13 000 de ces tests rapides, sur les 2,6 millions envoyés par le fédéral.

« C’est une approche trop conservatrice, qui ne suit pas la science, qui a fait rater l’occasion de diminuer le taux de transmission et qui, sûr et certain, a coûté la vie à des Québécois », a commenté dans ce quotidien Don Sheppard, microbiologiste-infectiologue au Centre universitaire de santé McGill.

S’entretenant avec La Presse, après avoir écouté jeudi la conférence de presse du premier ministre François Legault et du ministre de la Santé Christian Dubé, Benoît Mâsse, chef de l’Unité de recherche clinique appliquée au CHU Sainte-Justine et professeur de santé publique à l’Université de Montréal, avoue ne pas comprendre non plus.

Le gouvernement note que les tests rapides sont utiles dans des endroits comme les abattoirs, mais pourquoi pas aussi dans les écoles ?

Benoît Mâsse, chef de l’Unité de recherche clinique appliquée au CHU Sainte-Justine

En entrevue, à l’automne, Benoît Mâsse appelait de tous ses vœux le déploiement de ces tests rapides et il prévoyait qu’ils allaient tout changer dans les écoles quand ils entreraient en scène.

Ils ont fini par arriver et en décembre, en entrevue avec La Presse, Mona Nemer, la scientifique en chef du Canada, insistait sur le fait qu’il n’y avait aucune pénurie de tests rapides et se désolait qu’ils soient si peu utilisés.

Benoît Mâsse croit toujours autant qu’ils seraient précieux.

Non, contrairement aux tests classiques (PCR), ils ne détectent pas « la moindre parcelle de virus dans l’organisme, comme celles qui peuvent subsister des semaines plus tard sans que ce soit problématique », mais ils sont très utiles pour savoir qui est contagieux.

Les déployer massivement dans les écoles des quatre quartiers les plus problématiques de Montréal serait particulièrement judicieux, à son avis.

Pour l’instant, deux écoles ont été choisies pour l’utilisation de tests de dépistage rapide, soit l’école secondaire publique Calixa-Lavallée, à Montréal-Nord, et le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, un établissement privé d’Outremont.

Un manque de personnel ?

« J’ai l’impression que le problème, c’est le manque de personnel, avance M. Mâsse. Le gouvernement cherche des milliers de vaccinateurs, de tuteurs pour les élèves… À un moment donné, ça doit être difficile de trouver tant de monde. »

Pour l’heure, c’est à la grâce de Dieu. « Je suis père, je suis content que les enfants soient à l’école. Mais tous les jours, il nous reste à espérer que les cas ne tombent pas dans les classes de nos enfants. »

En conférence de presse la semaine dernière, le premier ministre Legault a résumé ainsi quelle était sa philosophie.

« C’est certain qu’en retournant les enfants à l’école, c’est un risque qu’on prend, il va y avoir plus de contagion. On va devoir fermer des classes. Au printemps, on s’est rendu à 3-4 % des classes. Mais si on réussit à maintenir la majorité des enfants à l’école, c’est une bonne nouvelle même si c’est moins bon pour la contagion. »